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Valentine TESSIER (1892 / 1981)

Valentine Tessier

Actrice française, née le 5 août 1892, à Paris (France). Décédée le 11 août 1981 à Vallauris (Alpes maritimes, France).

Pour Denys Amiel qui écrit pour elle en 1936 «La femme en fleur», Valentine Tessier incarne l'image idéale d'une féminité épanouie : "Cette incomparable artiste jouit d'un crédit illimité et d'une admiration sans réserve. En elle, les femmes se retrouvent entièrement car elle est la plus exactement “femme” de toutes nos artistes". Ces beaux compliments valent avant tout pour la comédienne de théâtre car le cinéma n'utilisa qu'avec parcimonie le talent de la “terrestre” Valentine, ainsi que l'appelait Giraudoux.    

Par un "… hasard extraordinaire" – raconte-t-elle dans un long entretien télévisé en 1973  – ses parents, russes émigrés, se rencontrent à Paris où elle est élevée dans une ambiance bohème. Sa vocation naît à la lecture d'«Athalie» : elle a quatorze ans et rêve de grands rôles tragiques. Dans l'espoir d'entrer au “Français”, elle suit pendant quatre ans les cours du comédien Paul Mounet : hélas, "… admissible mais jamais admise", elle échoue à chaque fois au concours d'entrée du Conservatoire. Miracle, elle réussit son audition devant Jacques Copeau qui l'intègre à la troupe du Vieux-Colombier : en 1914, elle joue Grouchenka dans «Les frères Karamazov» avec Charles Dullin et Louis Jouvet. Plus tard, elle sera Célimène et Copeau Alceste dans «Le misanthrope». À cette époque, elle a déjà débuté à l'écran sous la direction de Camille de Morlhon dans une série de bandes muettes tournées en 1911-1912 en Algérie sous des titres surannés comme «Vengeance kabyle», «La fiancée du spahi», «La haine de Fatimeh» ou «La belle princesse». Ajoutons-y une adaptation de «Britannicus» (1912) et voilà toute sa carrière de jeune première de cinéma.

En 1917, elle rejoint Jacques Copeau à New York et joue Musset, Molière et Marivaux au Garrick's Theatre pendant deux saisons. À son retour, Louis Jouvet la met en scène en Périchole dans «Le carrosse du Saint-Sacrement» de Mérimée. En 1924, elle le suit à la Comédie des Champs-Elysées où elle crée à ses côtés deux œuvres célèbres de Marcel Achard, «Jean de la Lune» (1929) avec un irrésistible Michel Simon et «Domino» (1932). Jean Giraudoux écrit pour elle, Pierre Renoir et Jouvet les rôles principaux de «Siegfried» (1928) puis deux autres futurs classiques : elle sera Alcmène, la mortelle aimée de Jupiter dans «Amphitryon 38» (1929), et Isabelle, l'institutrice rêveuse d'«Intermezzo» (1933). À chaque fois, les éloges pleuvent : elle est "… la grâce, la finesse, la féminité tendre" ; on célèbre son "… art de comédienne qui aurait dû depuis longtemps lui ouvrir les portes de la Comédie Française".

À l'exception d'une apparition en cliente à la belle allure dans «Un chapeau de paille d'Italie» de René Clair (1927), le cinéma semble le cadet de ses soucis. Il faudra l'insistance de Jean Renoir pour qu'elle y revienne, sans trop de conviction : ce sera «Madame Bovary» (1933), un premier rôle auprès de son ancien compagnon, Pierre Renoir, mais un échec public. Si son metteur en scène la trouve "… délicieuse, vraiment adorable", Valentine est "… épouvantée" de se voir sur grand écran. Abel Gance l'anoblit –  le rêve d'Emma Bovary ! – dans «Jérôme Perreau» (1935) où elle joue Madame de Chevreuse. Solide second rôle auprès de Danielle Darrieux dans «Club de femmes» (1936) et «Abus de confiance» (1937), elle campe une aimable capitaine de l'Armée du Salut dans «La charrette fantôme» (1939) et l'épouse résignée d'un sinistre directeur de prison (Fernand Ledoux) dans «Le lit à colonnes» (1942).

Après guerre, le théâtre reprend ses droits avec «Lucienne et le boucher» (1948), une création truculente de Marcel Aymé. Elle ne cesse alors de paraître sur les planches, entre autres dans «Chéri» avec Jean Marais, «Madame Filoumé» d'Eduardo de Filippo ou, pour un retour à ses racines familiales, «La mouette» de Tchekhov. En 1961, Luchino Visconti en fait l'entremetteuse Putana de «Dommage qu'elle soit une putain» avec Alain Delon et Romy Schneider, avant un dernier rôle prestigieux, celui de Clara Zahanassian dans «La visite de la vieille dame» en 1967.

«Justice est faite» (1950), où elle joue Marceline Micoulin, l'antiquaire qui siège aux assises, donne un nouveau départ à sa carrière cinématographique. Tout au long des années 50, elle campera volontiers les grandes dames comme Simone de Tainchebraye, la mère de «Nez de Cuir» (1951), Aloyse de Gondelaurier dans «Notre-Dame de Paris» (1956) ou, dans «Lucrèce Borgia» (1953), la sensuelle Julie Farnèse, tuée sauvagement sur ordre des Borgia pour le plus grand plaisir de son bouffon (Piéral). Dans «Maigret et l'affaire Saint-Fiacre» (1959), elle sera la comtesse assassinée, amour d'enfance du commissaire Gabin, ce qui nous vaut un beau dialogue nostalgique au début du film. Lorsqu'elle oublie ses atours aristocratiques, elle garde toute son autorité en directrice d'un foyer de jeunes filles dans «Les enfants de l'amour» (1953) ou en tenancière de maison de rendez-vous dans «La neige est sale» (1953) et «Élisa» (1956), deux films où elle porte le nom de Madame Irma. Pour de belles retrouvailles avec le Paris de son enfance revisité par Jean Renoir, elle joue la mère de Françoise Arnoul, Madame Olympe, qui tient une blanchisserie à Montmartre dans «French Cancan» (1954).  

On ne l'a plus vue sur grand écran depuis douze ans lorsque Jean-Claude Brialy lui demande de tenir le rôle titre de son premier film, «Églantine» (1971). Si elle hésite à paraître sans maquillage, elle ne le regrettera pas : la charmante grand-mère, à qui Claude Dauphin fait tendrement la cour, va conquérir la France entière et redonner à son interprète le désir de renouer avec le cinéma mais seuls deux titres suivront dont «Grandeur nature» (1974) de Luis Berlanga où elle campe la mère autoritaire d'un Michel Piccoli amoureux d'une poupée gonflable. Alors que Brialy appréhendait la scène de la mort d'Églantine, Valentine lui répondit que jouer sa mort, c'était un gage de dix ans de vie supplémentaires pour une comédienne… De fait, dix ans plus tard, elle disparaissait à l'âge de 89 ans. Elle repose au cimetière de Pressany-L'orgueilleux, dans l'Eure, non loin de l'éditeur Gaston Gallimard dont elle fut l'amie de cœur et qui produisit pour elle «Madame Bovary».

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11927UN CHAPEAU DE PAILLE D'ITALIE [Non créditée]
21933MADAME BOVARY
31936CLUB DE FEMMES
41937ABUS DE CONFIANCE
51939LA CHARRETTE FANTÔME
61939L'EMBUSCADE
71942LE LIT À COLONNES
81946DÉSARROI
91950JUSTICE EST FAITE
101951NEZ DE CUIR
111953LUCRÈCE BORGIA
121953LES ENFANTS DE L'AMOUR
131953MADDALENA (Une fille nommée Madeleine)
141953LA NEIGE ÉTAIT SALE
151954FRENCH CANCAN
161956NOTRE-DAME DE PARIS
171959MAIGRET ET L'AFFAIRE SAINT-FIACRE
181971ÉGLANTINE
191974GRANDEUR NATURE
Éd.8.1.3 : 18-10-2017