La bibliothèque de L'Encinématheque

Milena VUKOTIC (1935)

Milena Vukotic

Actrice italienne née à Rome (Lazio, Italie), le 23 avril 1935.

Ruban d'Argent de la meilleure actrice dans un second rôle en 1994 et Prix Eleonora-Duse en 2002, Milena Vukotic demeure, en Italie, une comédienne des plus populaires. En France, après des débuts remarqués, cette silhouette gracile semble s'être éclipsée du paysage cinématographique.

Fille d'un diplomate du Monténégro et d'une pianiste italienne, elle connaît une enfance itinérante au gré des affectations paternelles. Elle étudie la danse à Paris avant d'intégrer l'Opéra où elle travaille sous la direction de Roland Petit. Après trois années exaltantes au sein du Ballet du Marquis de Cuevas, elle opte pour l'art dramatique. Ses débuts à l'écran remontent à 1960 : en guise d'encouragement, le cinéaste Renato Castellani lui conseille aussitôt de renoncer puisqu'elle n'a ni le physique de Gina Lollobrigida ni la profondeur d'Anna Magnani

Certes, étrange et décalée, elle ne cadre pas vraiment avec le type de pin-up en vogue mais, à 18 ans, elle est bien charmante en voisine de Walter Chiari dans une comédie de Dino Risi, «Il giovedi» (1963). On ne commence vraiment à la repérer qu'au milieu de la décennie grâce à deux œuvres maîtresses de Fellini : dans «Juliette des esprits» (1965), elle tient un petit rôle de femme de chambre auprès de Giulietta Masina, une comédienne qu'elle vénère depuis «La strada» ; dans «Toby Dammit», l'une des «Histoires extraordinaires» (1967) inspirées d'Edgar Poe, elle interviewe Terence Stamp. Fellini, qui restera son ami, regrettera de ne pas lui avoir proposé de personnages plus consistants. De même, si elle croise le couple terrible Taylor-Burton, elle n'a qu'un rôle de soubrette dans «La mégère apprivoisée» (1966).

Une autre rencontre décisive est celle de Luis Buñuel qui la distribue à trois reprises, dans des rôles secondaires certes mais marquants : elle sert à table l'impossible dîner qui fait «Le charme discret de la bourgeoisie» (1972) et croise dans un train Fernando Rey tourmenté par «Cet obscur objet du désir» (1977), le dernier opus du maestro ; surtout, dans «Le fantôme de la liberté» (1974), on ne peut oublier la rencontre dans une auberge espagnole (!) de cette fragile jeune femme aux mines d'oiseau effarouché avec une troupe de moines patibulaires campés par Marcel Pérès, Paul Le Person et Bernard Musson !

À partir des années 70, la sage Milena s'émancipe : alors que son physique juvénile lui permet d'interpréter pour la télévision le rôle d'«Alice au pays des merveilles» en 1974, elle joue une prostituée dans «Bianco, rosso e verdone» (1981) et pose nue dans l'édition italienne de Playboy. Les maîtres du cinéma italien ne l'oublient pas : «Venez donc prendre le café chez nous» (1970) suggère-t-elle à Ugo Tognazzi dans une excellente comédie d'Alberto Lattuada où trois sœurs disgraciées s'ingénient à mettre le grappin sur un célibataire endurci. Si elle l'épouse dans «Mes chers amis» (1975) de Monicelli (et sa suite en 1982), on ne peut pas dire que le mariage soit une réussite (mais les films, oui !).

Domestique sourde et muette dans «Gran bollito» (1977) de Mauro Bolognini, elle retrouve Dino Risi et Ugo Tognazzi pour «Les séducteurs» (1980) et croise à la même époque la fine fleur des acteurs italiens – Marcello Mastroianni, Vittorio Gassman et toujours Tognazzi – dans «La terrasse» d'Ettore Scola (1980) où elle se laisse séduire par Jean-Louis Trintignant, déjà croisé sur le plateau de «L'agression» de Gérard Pirès (1974). Elle paraît dans «La lune dans le caniveau» de Beineix (1983), croise Christopher Reeve devenu «Monsignore» (1982) et tourne même pour la télévision un «Giuseppe Verdi» signé Renato Castellani (1982) qui a dû oublier ses prédictions pessimistes d'antan. Elle travaille pour des cinéastes prestigieux comme Andreï Tarkovski pour «Nostalghia» (1983) ou Nagisa Oshima pour «Max mon amour» (1986), un film écrit par Jean-Claude Carrière dans la veine de Buñuel, où la relation singulière de sa fille (Charlotte Rampling) avec un gorille ne semble guère la déconcerter !

Disparue des écrans français depuis «Terre étrangère» (1987) de Luc Bondy, Milena Vukotic n'a cessé de tourner en Italie. Son personnage de référence, la signora Pina Fantozzi, elle l'a tenu sept fois auprès du comique Paolo Villaggio, son encombrant époux dans une série qui va de «Fantozzi contra tutti» (1980) à «Fantozzi 2000» (1999). Le plus souvent signée Neri Parenti, cette saga familiale ne manie pas toujours l'humour le plus léger mais, en épouse discrète et parfois infidèle, Milena devient quasiment une institution nationale, d'autant qu'elle enchaîne sur un feuilleton très populaire, «Un medico in famiglia» où elle personnifie une grand-mère un peu snob. Régulièrement, la télé française nous a donné de ses nouvelles par le biais d'une série fameuse, «Une famille formidable», où elle joue la sœur d'Anny Duperey de 1992 à 2008, se fendant même d'une apparition lors de la saison 2015.

Toujours menue, toujours mutine, malgré le passage des ans, Milena clame à l'envi son amour du cinéma et son désir de travailler avec Nanni Moretti ou Woody Allen. Pour ne retenir que la dernière décennie, elle affiche une quinzaine de titres dont «La sedia della felicita» (2013) et «Vittima degli eventi» (2014), deux films où on la découvre en adepte du spiritisme. Côté théâtre, après la grande époque des Giorgio Strehler ou Franco Zeffirelli, elle n'a pas dit son dernier mot et c'est ainsi qu'elle créait en 2012 la version italienne de «Fugueuses», une pièce d'un certain Pierre Palmade, où elle reprenait le rôle créé en France par… Muriel Robin !

Jean-Paul Briant

Cliquez sur les iconespour accéder aux illustrations.

Cliquez sur les iconespour accéder à la fiche technique du film.

Cliquez sur les mots soulignés de la fiche technique pour faire apparaître les illustrations.

Cliquez sur la fiche technique pour la faire disparaître.

English translation

Click on the iconsto reveal the pictures.

Click on the iconsto reach the data sheet of the film.

Click on the words underlined of the data sheet to reveal the pictures.

Click on the data sheet to remove.

Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11960IL SICARIO (Le tueur)
21963IL GIOVEDI de Dino RISI [Sous le nom de Milena Wukotich] 
31965QUESTA VOLTA PARLIAMO DI UOMINI [Sk."Il lanciatore di coltelli"]
41965GIULIETTA DEGLI SPIRITI (Juliette des esprits)
51967THE TAMING OF THE SHREW/LA BISBETICA DOMATA (La mégère apprivoisée) [Sous le nom de Milena Vuchotic]
61969ROSOLINO PATERNÒ, SOLDATO
71970VENGA A PRENDERE IL CAFFE DA NOI (Venez donc prendre le café chez nous)
81972LE CHARME DISCRET DE LA BOURGEOISIE
91974LE FANTÔME DE LA LIBERTÉ
101974L'AGRESSION
111975AMICI MIEI (Mes chers amis)
121977CET OBSCUR OBJET DU DÉSIR
131978LE BRAGHE DEL PADRONE de Flavio MOGHERINI 
141980LA TERRAZZA (La terrasse)
151980FANTOZZI CONTRO TUTTI
161981BIANCO, ROSSO E VERDONE de Carlo VERDONE 
171981CORNETTI ALLA CREMA (Croissants à la crème)
181983LA CASA DEL TAPPETO GIALLO
191983ARS AMANDI (L'art d'aimer)
201983FANTOZZI SUBISCE ANCORA de Neri PARENTI 
211986MAX MON AMOUR
221987ROBA DA RICCHI
231988FANTOZZI VA IN PENSIONE de Neri PARENTI 
241990FANTOZZI ALLA RISCOSSA de Neri PARENTI 
251993ABISSINIA de Francisco RANIERI MARTINOTTI 
261994ITALIA VILLAGE de Giancarlo PLANTA 
271994ANCHE I COMMERCIALISTI HANNO UN'ANIMA de Maurizio PONZI 
281995CAROGNE d'Enrico CARIA 
291996FANTOZZI, IL RITORNO de Neri PARENTI 
301999FANTOZZI 2000, LA CLONAZIONE de Domenico SAVERNI 
312004A GOOD WOMAN (La séductrice) de Mike BARKER 
322007SATURNO CONTRO de Ferzan OZPETEK 
332007ALL'AMORE ASSENTE d'Andrea ADRIATICO 
342010LETTERS TO JULIET (Lettres à Juliette) de Gary WINICK 
352010SCONTRO DI CIVILTÀ PER UN ASCENSORE A PIAZZA VITTORIO d'Isotta TOSO 
362013LA SEDIA DELLA FELICITÀ de Carlo MAZZACURATI 
372014NOI 4 de Francesco BRUNI 
382014VITTIMA DEGLI EVENTI de Claudio Di BIAGIO 
392016L'AQUILONE DI CLAUDIO d'Antonio CENTOMANI 
Éd.8.1.3 : 10-11-2017