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Mona DOL (1901 / 1990)

Mona Dol

Actrice française,  née Amélie Delbart, le 28 mai 1901, à Lille (Nord, France). Décédée le 29 décembre 1990, à Paris (France).

Avec une cinquantaine de films à son actif, cette comédienne de second plan, très présente à l'écran tout au long des années 40, n'en a pas moins disparu de nos mémoires, d'autant que, l'homonymie aidant, il n'est pas rare de trouver son pseudo écrit avec 2 "L" comme celui de la pulpeuse Dora Doll, y compris au générique de certains de ses films. Le "Dictionnaire des comédiens français disparus" de notre collaborateur et ami Yvan Foucart nous apprend qu'elle débuta dans l'opérette et qu'on la vit chanter et danser sur la scène des Folies-Bergères. Au cinéma, qu'elle aborde en 1933, la trentaine révolue, ce ne sera pas vraiment son emploi…

Silhouette de second plan, elle paraît volontiers en servante, de «L'école des contribuables» (1934) à «La symphonie fantastique» (1941), en infirmière – elle remonte le moral de Gaby Morlay dans «Le voile bleu» (1942) – ou en religieuse dans «Marie-Martine» (1943) et «La symphonie pastorale» (1946). Épouse de l'horloger du village dans «L'assassinat du Père Noël» (1941) ou mère résignée d'Odette Joyeux dans «Messieurs Ludovic» (1945), on ne lui réserve pas toujours son compte de répliques mais elle sait sortir son épingle du jeu lorsque l'occasion se présente : dans «Une si jolie petite plage» (1948), en estivante qui s'ennuie en ménage, elle exaspère Gérard Philipe de ses bavardages ineptes avant qu'Yves Allégret ne lui laisse, ironiquement, le mot de la fin. Jean Anouilh n'est pas en reste dans «Deux sous de violettes» (1951) où il lui demande de croquer une bourgeoise snob qui se plaît à débiner son “amie” Jane Marken mais ne se rend pas compte que sa fille est une grue en puissance…

Très logiquement, elle se montre piquante dans le rôle d'une courtisane nommée La Vespa (la guêpe !) dans «Lucrèce Borgia» (1935) d'Abel Gance et participe à d'autres fresques costumées, «Remontons les Champs-Elysées» (1938) ou «Madame Sans-Gêne» (1941), un film où elle porte le titre de baronne comme dans «Le joueur» (1958) d'Autant-Lara. Est-ce sa voix grave, son manque de coquetterie apparent ? On la préfère dans les personnages contemporains qui connaissent les tristes réalités de la vie comme l'épouse d'un montagnard dans «Premier de cordée» (1943) de Louis Daquin, un cinéaste qui lui sera fidèle puisqu'on l'aperçoit aussi dans «Le voyageur de la Toussaint» (1942), «Les frères Bouquinquant» (1947) et «Le parfum de la dame en noir» (1949). Pour Christian-Jaque, qui la dirige trois fois, elle porte, dans «Boule de suif» (1945), un surnom choisi par Maupassant (et non par Goscinny !) : si la Sœur Ran-Tan-Plan affiche la démarche virile de la religieuse qui a écumé les champs de bataille, elle n'hésite pas à partager le pique-nique d'une fille légère (Micheline Presle), contrairement aux hypocrites bourgeois qui l'accompagnent.

Après-guerre, elle se spécialise dans le doublage des films américains, prêtant son organe aux vieilles filles («Monsieur Verdoux»), aux commères («Sunset Boulevard») ou aux femmes à poigne (comme Aline MacMahon dans «La flèche et le flambeau») mais sa “voix” la plus fameuse reste sans conteste celle de Mama (Hattie McDaniel) pour la VF d'«Autant en emporte le vent» : hélas, elle a beau s'évertuer à crier "Ma'me Sca'lett, Ma'me Sca'lett !" tout au long du film, on ne distribue pas d'oscar du meilleur doublage ! Alors qu'elle ne semble pas portée sur la gaudriole, on la découvre à cette époque dans des films plus légers : épouse sourcilleuse de Berval dans «Si ça peut vous faire plaisir» (1948), mère de Jean Richard dans «Le portrait de son père» (1953) ou directrice dans «Des quintuplés au pensionnat» (1952). On sent, dès 1950, que le cinéma ne lui importe guère, d'autant qu'elle partage alors la grande aventure du TNP et des débuts du Festival d'Avignon sous l'égide de Jean Vilar : on la voit dans «Ruy Blas» et «Le Prince de Hombourg» avec Gérard Philipe en 1954, dans «Macbeth» avec Maria Casarès en 1956. Plus tard, elle jouera Brecht ou Gorki à Chaillot sous la direction de Georges Wilson. Entre temps, elle aura participé à la création du «Dialogue des Carmélites» de Georges Bernanos et, passant de la nonne à la sorcière, joué la servante rouée Flatatita dans «César et Cléopâtre» de George Bernard Shaw avec Jean Marais.

En 1941, au Théâtre des Noctambules, elle créait avec succès, auprès d'Alain Cuny, «Le bout de la route» de Jean Giono ; sept ans plus tard, elle retrouvait au cinéma ce rôle fort de veuve autoritaire qui aurait pu imprimer durablement la mémoire des spectateurs ; hélas la mise en scène fut confiée à l'ineffable Émile Couzinet qui, entre autres idées de génie, remplaça Cuny par le ténor José Luccioni et ce fut une mesure pour rien… La carrière cinématographique de Mona Dol s'achève au début des années 60 avec «Le feu follet» (1963) de Louis Malle et «Les aventures de Salavin» (1964) de Granier-Deferre – elle y joue la mère de Maurice Biraud – sans que cette incursion auprès d'une nouvelle génération de cinéastes ne débouche sur d'autres propositions.   

Mona Dol fut la compagne du sculpteur René Collamarini qui réalisa en 1933 son buste en marbre, exposé en 1934 au Salon des Indépendants. Unis pendant un demi-siècle, jusqu'à la mort de “Colla”, ils passèrent, à mi-parcours, devant Monsieur le maire en 1959. Mouloudji évoque le couple dans son livre de souvenirs, se souvenant d'avoir posé, pendant la guerre, en Apollon alors que Mona, sa partenaire chez Dullin en 1939, s'affichait en Diane chasseresse !

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11934L'ÉCOLE DES CONTRIBUABLES
21935LUCRÈCE BORGIA
31941L'ASSASSINAT DU PÈRE NOËL
41941LA SYMPHONIE FANTASTIQUE
51942LE VOILE BLEU
61943PREMIER DE CORDÉE
71945BOULE DE SUIF
81945MESSIEURS LUDOVIC
91946TOMBÉ DU CIEL
101947PAR LA FENÊTRE Sorti en 1948
111948SI ÇA PEUT VOUS FAIRE PLAISIR
121948UNE SI JOLIE PETITE PLAGE
131948LE BOUT DE LA ROUTE
141949MANÈGES
151951DEUX SOUS DE VIOLETTES
161953LE PORTRAIT DE SON PÈRE
171963LE FEU FOLLET
Éd.8.1.3 : 17-11-2017