La bibliothèque de L'Encinématheque

Suzanne DEHELLY (1896 / 1968)

Suzanne Dehelly

Actrice française, née le 1er octobre 1896, à Paris. Décédée le 12 octobre, 1968 à Paris.

Elle avait l'humour et le dynamisme d'une Lucille Ball ou, aujourd'hui, d'une Florence Foresti. Certes, elle fut l'une des comédiennes les plus appréciées du public des années 30, de celles que l'on appelle fantaisistes, mais ses choix artistiques n'ayant pas toujours été judicieux, sa carrière, riche d'une soixantaine de titres, a presque intégralement sombré dans l'oubli.

Suzanne Dehelly fait ses classes à l'Odéon auprès de Firmin Gémier ; accessoirement, elle y rencontre son premier époux, le comédien Robert Pizani. Ses dons comiques s'affirment sur les planches où elle passe sans problème du vaudeville à l'opérette. Sur scène, elle tient la dragée haute à Milton, Dranem ou Gabaroche ; en 1936, dans l'opérette «Normandie», elle crée un tube célèbre de Paul Misraki, «Ça vaut mieux que d'attraper la scarlatine…»

A l'exception de «La crise est finie» (1936) de Siodmak, où elle se la joue blonde platine, cette asperge au joyeux bagout tourne surtout des comédies sans importance mais plaisantes comme «La fine combine» (1931) – sa première rencontre avec Fernandel – ou «Tout s'arrange» (1931) avec le flegmatique Armand Bernard. Pour le sex-appeal, on compte plutôt sur ses partenaires Dolly Davis ou Colette Darfeuil, Suzanne se chargeant volontiers des caricatures cocasses de femmes légères, d'épouses envahissantes ou de vieilles filles. Féministe pour rire, elle forme avec Paulette Dubost le duo vedette de «La brigade en jupons» (1936) lancé sur la piste de trafiquants de drogue. Dans «La reine des resquilleuses» (1936) – un film qui aurait pu s'appeler «Victor Victorine» – elle sème le trouble en changeant de prénom et d'apparence pour trouver un emploi. Dix ans plus tard, c'est Rellys qui devient «Le roi des resquilleurs» (1945) ; quant à Suzanne, elle répond alors au joli pseudo d'Arlette Sycleton. Est-ce par goût des allitérations ? Notons qu'elle fut tour à tour Zozo dans «Gargousse» (1938) où Bach et Saturnin Fabre la complimentent sur ses belles gambettes, Tante Zoé dans «Marseille mes amours» (1939), Baronne de Crochezoet dans «Pension Jonas» (1941) et Madame d'Éguzon dans «La belle aventure» (1942)… «Une de la cavalerie» (1938) – où elle s'appelle Léonie Vigoulette – la met en vedette mais le film n'est qu'une pitrerie menée par le filmeur stakhanoviste Maurice Cammage, dont elle fut en quelque sorte la muse pour rire : rien à voir avec le tandem Marlène-Sternberg évidemment même si notre homme la distribue à neuf reprises dans des films vite faits et vite oubliés aux titres presque interchangeables : «Une nuit de folies» (1934) n'aurait-il pas pu tout aussi bien s'appeler «Un soir de bombe» (1935) ?

Dans le genre loufoque, elle chante «Il a mal aux reins… Tintin !» dans «Cinderella» (1937) et joue Totoche dans «Titin des Martigues» (1937). Pour le prestige, il vaut mieux chercher du côté de «Premier rendez-vous» (1941) où elle joue Mademoiselle Christophine, professeur de l'indocile Danielle Darrieux. Quelques titres surnagent encore : «Arsène Lupin, détective» (1937) avec le tandem Jules Berry-Suzy Prim, «L'homme qui cherche la vérité» (1939) où elle croise Raimu et «Croisières sidérales» (1941) où elle vieillit d'un demi-siècle pendant que son mari se la coule douce sur Vénus ! Dans «À vos ordres, Madame» (1942), une bonne comédie de Jean Boyer, elle joue les comtesses et oblige son mari très docile (Jean Tissier) à endosser le costume de chauffeur de maître. 

Après guerre, «Pas un mot à la reine mère» (1946) – la reine Catherine de Neustrie, c'est elle ! – et «Ma tante d'Honfleur» (1948) – où elle met au pas son neveu Jean Parédès – semblent ses dernières concessions à la comédie légère. Elle s'essaie alors au récit policier façon «Rouletabille» (1947) ou «Cinq tulipes rouges» (1948) : dans ce film écrit par son second mari, Marcel Rivet, elle joue la journaliste Colonelle, spécialiste du vélo, qui enquête sur les routes du Tour de France aux côtés du bon commissaire Ricoul (Jean Brochard) : obligés de partager la même chambre d'hôtel, ils proposent un amusant décalque de la cohabitation Clark Gable/Claudette Colbert de «New York Miami». Elle épaule Yves Montand, le jeune boxeur devenu «L'idole» (1947), et rencontre Jean Gabin dans «La nuit est mon royaume» (1951) : religieuse malvoyante, elle y dispute néanmoins une partie d'échecs, l'occasion de rappeler qu'en 1943 elle avait remporté la coupe féminine du championnat de France dans cette discipline. Dans le registre dramatique, on la retrouve aussi dans «Au grand balcon» (1949) ou «Les amours finissent à l'aube» (1952). Son goût nouveau pour un cinéma considéré comme plus respectable l'amène à paraître en vieille dame condamnée aux Enfers dans le prologue de «Huis clos» (1954). À la même époque, elle oublie l'opérette pour jouer au théâtre «Pygmalion» de George Bernard Shaw ou «Don Juan» de Montherlant.

Comme on ne se refait pas, les vieilles filles sont toujours au rendez-vous : ainsi, dans «Le rosier de Madame Husson» (1950), avec la caution de Maupassant et de Pagnol, elle se déchaîne à l'harmonium et colporte des ragots sur le pauvre Bourvil. Amoureuse de l'animateur Zappy Max dans «Quitte ou double» (1952), elle lui déclare sa flamme mais en joignant à sa missive la photo de la plus jolie fille du village… Dans «La garçonne» (1957) de Jacqueline Audry, elle est l'incarnation même du bon sens et, toute Tante Sylvestre qu'elle est, n'hésite pas à dire à sa nièce adorée (Andrée Debar) tout le mal qu'elle pense de son mariage d'argent.

La comédie lourdingue garde tout de même ses droits comme le prouve «Ils sont dans les vignes» (1952) où elle milite avec son mari Lucien Baroux, président de la ligue antialcoolique, pour le remplacement de l'alcool par le koku-colu… Elle se fend d'une dernière rencontre avec Fernandel dans «Sénéchal le magnifique» (1957) et croise les nouvelles vedettes comiques comme Fernand Raynaud dans «La bande à papa» (1955) ou Darry Cowl qu'elle traite de “minus habens” dans «Le temps des œufs durs» (1957) où elle épouse à nouveau son ami Carette. Dans son dernier film, «Cadavres en vacances» (1961), sous-titré «Pas si folles, les guêpes !», on voyait notre Suzanne associée à Jeanne Fusier-Gir dans le rôle des sœurs Bodin, deux vieilles filles enquêtant sur une série de meurtres au Touquet et finissant par empocher le gros lot : ce ne fut pas le cas du film qui sortit avec deux ans de retard dans une totale indifférence…
Jean-Paul Briant

Cliquez sur les iconespour accéder aux illustrations.

Cliquez sur les iconespour accéder à la fiche technique du film.

Cliquez sur les mots soulignés de la fiche technique pour faire apparaître les illustrations.

Cliquez sur la fiche technique pour la faire disparaître.

English translation

Click on the iconsto reveal the pictures.

Click on the iconsto reach the data sheet of the film.

Click on the words underlined of the data sheet to reveal the pictures.

Click on the data sheet to remove.

Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11931LA FINE COMBINE Moyen métrage
21934UNE NUIT DE FOLIES
31934LES BLEUS DE LA MARINE
41934LA CRISE EST FINIE
51936LA BRIGADE EN JUPONS
61936PRÊTE-MOI TA FEMME
71937ARSÈNE LUPIN DÉTECTIVE
81939MARSEILLE MES AMOURS
91941PREMIER RENDEZ-VOUS
101941CROISIÈRES SIDÉRALES
111943FEU NICOLAS
121945LE ROI DES RESQUILLEURS
131946PAS UN MOT À LA REINE-MÈRE
141947ROULETABILLE [Ep.Rouletabille joue et gagneEp.Rouletabille contre la dame de pique]
151947L'IDOLE
161948CINQ TULIPES ROUGES
171950LE ROSIER DE MADAME HUSSON
181951LA NUIT EST MON ROYAUME
191951MA FEMME EST FORMIDABLE
201952QUITTE OU DOUBLE
211952LES AMOURS FINISSENT À L'AUBE
221954HUIS CLOS
231957LA GARÇONNE
241957SÉNÉCHAL LE MAGNIFIQUE
251957LE TEMPS DES OEUFS DURS
261959LA VALSE DU GORILLE
Éd.8.1.3 : 15-12-2017