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Michèle ALFA (1911 / 1987)

Michèle Alfa

Actrice française, née Joséphine Blanche Alfreda Bassignot, le 20 août 1911, à Gujan-Mestras (Gironde, France). Décédée 24 août 1987, au Vésinet (Yvelines, France).

À quinze ans, la jeune Joséphine eut la révélation du théâtre à en assistant, au Théâtre du Gymnase, à une représentation de «Félix», une pièce de Henry Bernstein, mettant en vedette la très populaire Gaby Morlay. Sûre que son avenir ne pouvait passer que par les planches, après avoir effectué une belle tentative de suicide parce qu'on lui refusait l'autorisation l'entrée au Conservatoire National supérieur d'Art Dramatique de Paris – elle fut heureusement sauvée à temps –, elle suivit alors, avec énormément de sagesse et d'application, les cours de Raymond Rouleau qui devait devenir, à plusieurs reprises, son metteur en scène à l'écran.

À vingt ans, devenue Alfa, elle entama une tournée dans l'Hexagone, participant à de très bonnes pièces, comme «Mademoiselle de Panama» de Marcel Achard (1942) sur une mise en scène de Marcel Herrand, «La machine à écrire» de Jean Cocteau (1941), sur une mise en scène de Rouleau, «Andromaque» de Racine (1944) sur une mise en scène, décors et costumes de Jean Marais, «Je vivrai un grand amour» de Steve Passeur (1947), «Le bal du lieutenant Helt» de Gabriel Arout (1950) sur une mise en scène de Marcel Herrand, «L'héritière» de Ruth et Augustus Goetz (1951) d'après l'ultime nouvelle de Henry James adaptée par Louis Ducreux, «Médée» de Jean Anouilh (1953) au Théâtre de l'Atelier face à un tout jeune comédien de vingt ans appelé Jean-Paul Belmondo, couple talentueux qui ne put éviter un lourd déficit de fréquentation.

Parallèlement, la jeune femme aborda le cinéma dès 1932, oscillant entre drame et comédie. Le visage énigmatique, les lèvres tristes, la chevelure blonde, les yeux s'échappant à droite et à gauche, la voilà parmi les cinq jeunes filles de «La poule», une farce d'Armand Dranem (1933). Standardiste dans «Trois… six… neuf…» de Raymond Rouleau (1936), elle y cotoie Bernard Blier dans son premier rôle au cinéma. Les projecteurs des «Lumières de Paris» (1938) se braquèrent ensuite vers son doux visage serré entre les mains ardentes du beau Tino Rossi, chanteur à la mode, esclave de son métier. «Paix sur le Rhin» (1938) clame-t-elle enfin avec Françoise Rosay dans un film de Jean Choux, mais il ne semble pas qu'elle furent entendues…

Le 22 mai 1942, déjà las d'Édith Piaf, le ténébreux Paul Meurisse s'offrit à Michèle devant Monsieur le Maire pour une union qui devait se délier en 1946 devant Monsieur le Juge. Entre-temps, leur rupture effective depuis avril 1944, l'épousée semblait avoir déjà donné sa préférence à Bernhardt Radermecher, trompettiste au charme de crooner du "Melody Bar" de Pigalle et neveu de Joseph Goebbels, lequel n'hésita pourtant pas à le faire envoyer sur le front russe.

Malgré quelques fredaines sentimentales de passage, l'actrice fut retenue par le prolifique André Berthomieu pour incarner «L'ange de la nuit» (1942), trop hâtivement tombé en amour pour un jeune artiste rentré aveugle de la guerre et auquel, sens du devoir oblige, elle sacrifiera son bonheur. Serveuse de charme, elle oeuvra ensuite «À la belle frégate» (1942), le bistroquet d'un port méridional fréquenté par quelques marins en goguette. Promise à Pierre Richard-Willm, elle nous apparut, beauté espagnole impatiente de vivre, dans «Le comte de Monte-Cristo» (Robert Vernay, 1942) qu'elle n'eut pas la patience d'attendre. Guère plus heureuse dans «Le lit à colonnes» (1942), elle y perdra son fiancé qui, de sa prison, jetait déjà ses regards intéressés vers une Odette Joyeux plus vivante.

Sujet malheureux de l'un des récits de «La femme que j'ai le plus aimée» (1942), elle fait preuve, en sculptrice abandonnée, d'une tout aussi grande résignation. Les choses s'arrangeront mieux entre elle et René Dary, marin revenu à son «Port d'attache» (Jean Choux, 1942) auprès duquel nul ne doute qu'elle saura traverser les plus fortes tempêtes de la vie. Associée à son mentor, ils ne furent pas trop de deux pour découvrir «Le secret de Madame Clapain» (1943) au coeur d'une bien mystérieuse et hostile petite cité de province. «L'aventure est au coin de la rue» nous prévient Jacques Daniel-Norman (1943), la faisant chanter en vamp dans une robe inévitablement pailletée. Jeune et belle salutiste, elle n'en tombe pas moins amoureuse de «L'homme qui vendit son âme» (1943), un banquier sur le point de se déclarer en faillite. «Jeannou» de Léon Poirier (1943), tourné en Dordogne, en zone libre, dans un petit hôtel de La Roque-Gageac, lui offre l'un de ses plus beaux rôles en la personne d'une jeune femme solitaire qui finira par découvrir l'amour dans les bras d'un bel ingénieur parisien.

Le Second Conflit Mondial terminé, Michèle Alfa devient l'une des victimes de l'«Erreur judiciaire» (1947) diaboliquement orchestrée par Lucienne Lemarchand, joueuse terriblement diabolique. «Sombre dimanche» (1948) que celui où notre vedette choisit de se suicider pour avoir abandonné son amoureux, un jeune musicien hongrois, une malheureuse aventure qui dut lui rappeler quelque chose. En 1949, elle fait ses «Premières armes» dans l'univers impitoyable des courses hippiques où les coups bas sont monnaie courante. C'est avec «Agence matrimoniale» (Jean-Paul Le Chanois, 1951) que Michèle Alfa termine sa carrière cinématographique, retrouvant à cette occasion Bernard Blier, son ami de jeunesse qu'elle n'a jamais perdu de vue. À 38 ans, l'actrice tira trop tôt sa révérence, laissant place à une nouvelle génération de blondes demoiselles dont la plupart ne devaient pas lui arriver à la cheville. Ainsi en est-il souvent dans l'histoire de cet art gros consommateur de beautés éphémères.

En juillet 1959, Michèle Alfa prit pour la vie et pour époux Philippe Plouvier, un administrateur de sociétés, qui sut apparemment suffire à son bonheur. Le temps venu, le couple prit une retraite bien méritée dans l'Yonne, lieu de repos et de plénitude qu'elle appréciait beaucoup et où elle repose encore, dans un petit cimetière de campagne entouré d'arbustes, de lavande et de bruyère, assez facile à retrouver pour les promeneurs nostalgiques de ce temps-là.

Yvan Foucart

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Filmographie sélective

Interprétations
LgAnTitre  
11937RAMUNTCHO
21938LUMIÈRES DE PARIS
31941LE DERNIER DES SIX
41941LE PAVILLON BRÛLE
51941LA NEIGE SUR LES PAS Sorti en 1942
61942LA FEMME QUE J'AI LE PLUS AIMÉE
71942LE LIT À COLONNES
81942LE COMTE DE MONTE-CRISTO
91942PORT D'ATTACHE
101942À LA BELLE FRÉGATE
111942L'ANGE DE LA NUIT
121943LE SECRET DE MADAME CLAPAIN
131943L'HOMME QUI VENDIT SON ÂME
141943JEANNOU
151943L'AVENTURE EST AU COIN DE LA RUE
161948SOMBRE DIMANCHE
171951AGENCE MATRIMONIALE
Éd.8.1.3 : 30-1-2018