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Mike MAZURKI (1907 / 1990)

Mike Mazurki

Acteur américain, né Mikhail Mazuruski, le 25 décembre 1909, à Tarnopol (Galicie, Autriche-Hongrie, aujourdhui Ukraine). Décédé le 9 décembre 1990, à Glendale (Californie, U.S.A.).

Haut de près de deux mètres et lourd de ses 120 kilos, cette belle trogne de brute avait de quoi impressionner, d'autant que sous le nom prometteur de Iron Mike il fut champion poids lourd de lutte, une activité sportive qu'il continua de pratiquer tout au long de sa carrière hollywoodienne.

Emigré issu de l'empire austro-hongrois, il débarque aux États-Unis avec sa famille à l'âge de sept ans. Les apparences étant parfois trompeuses, il fait de sérieuses études et obtient son "Bachelor of Arts" en 1930 avant d'entamer une licence de droit tout en pratiquant assidûment le football, le basket et la lutte. La Grande Dépression des années 30 lui fait comprendre qu'il gagnera davantage comme lutteur professionnel qu'en tant qu'avocat.

Il a vingt-cinq ans lorsqu'il rejoint Mae West, toujours prompte à repérer les fortes carrures, sur le plateau de «Ce n'est pas un péché» (1934) où il se contente d'applaudir la belle dans son tour de chant. Sept ans plus tard, Joseph Von Sternberg recherche un costaud capable de parler russe et le voilà coolie dans les bas-fonds de «Shanghai» (1941). Après une apparition dans «Gentleman Jim» (1942) –  le temps de se faire démolir par Jim Corbett (Errol Flynn), l'étoile montante de la boxe – voilà sa carrière lancée avec onze films pour la seule année 1943 et presque autant en 1945. Au total, il en alignera près de cent en un demi-siècle, devenant une belle exception parmi les sportifs ayant tâté de la pellicule, d'autant que sa filmographie est de qualité avec, à la réalisation, de belles signatures de l'écran hollywoodien.

Certes on ne le recrute guère pour débiter du Shakespeare – il sera même sourd-muet dans «Pavillon noir» (1945) de Frank Borzage  – mais on apprécie sa science de la clé de bras et de la strangulation. Pour ses premières apparitions, il se contente d'assumer la scène de baston du film, son personnage n'apparaissant au générique de «L'ange perdu» (1943) ou de «Swing Fever» (1943) que sous l'appellation de “fighter” ou “wrestler”. Quand l'occasion s'en présente, il drague Myrna Loy à l'heure où «L'Introuvable rentre chez lui» (1944) ou joue les G.I. déstabilisés par les mœurs anglaises dans «Le fantôme de Canterville» (1944). La vogue du film noir lui vaut de nombreux engagements comme homme de main ou gangster. Dans le classique de Raymond Chandler, «Adieu ma belle» (1944), il impressionne le public pour la première fois dans le rôle du malfrat Moose Malloy, d'autant qu'Edward Dmytryk s'est ingénié à accentuer le contraste avec le fluet Dick Powell qu'il n'a pas grand mal à corriger. Dans l'excellent «Les forbans de la nuit» (1950) de Jules Dassin, il s'appelle carrément L'Étrangleur et son combat contre le vieux lutteur intègre (Stanislas Zbyszko) demeure un grand moment du film. Dans «Le charlatan» (1947), un autre classique signé Edmund Goulding, il joue Bruno, le colosse de cirque jaloux de la beauté de Tyrone Power.

"Iron Mike" ne pouvait ignorer l'importance d'un surnom fracassant pour impressionner l'adversaire : les scénaristes y songèrent aussi et c'est ainsi qu'on le nomma tour à tour Tough Bill, Big Man, Big Foot, Hercule ou Ape Danowski. Dans le serial «Dick Tracy» (1945), on le voit, la joue balafrée, en Splitface. Plus ironiquement, il s'appelle Little Joe dans «Killer Dill» (1947) où, s'il apprécie toujours les bourre-pifs, il s'amuse à parodier ses personnages de tueurs psychopathes. Billy Wilder ne pouvait que l'inviter comme sbire patibulaire de George Raft pour la Saint-Valentin sanglante et comique de «Certains l'aiment chaud» (1959) et Frank Capra remettra le couvert dans «Milliardaire pour un jour» (1961).

L'âge venant, il diversifie ses prestations et c'est ainsi qu'on le découvre en commandant de la garde philistine dans «Samson et Dalila» (1949) de Cecil B. de Mille qui l'avait recruté, deux ans plus tôt, pour «Les conquérants du nouveau monde» (1947) : trafiquant de fourrures et d'alcool, il en rajoute en se mêlant aussi du commerce des esclaves et on peut le voir, l'air sadique, se réjouir à l'idée de flageller le dos dénudé de la belle Paulette Goddard. Certains personnages sont carrément folkloriques comme ceux qu'il interprète dans «Sinbad le marin» (1947) ou «Espionne de mon coeur» (1951). Il est vrai qu'à la même époque, il n'hésite pas à chanter et danser sur scène dans «Guys and Dolls». Sa haute stature trouve naturellement sa place dans l'univers du western. Adoubé par John Wayne dans «La femme du pionnier» (1945), il tourne pour John Ford dans «Les Cheyennes» (1964) où il écope d'un rôle de sergent à la Victor McLaglen. Il participe d'ailleurs aux trois derniers films du cinéaste. Dans «La taverne de l'Irlandais» (1962), il joue un pilier de bar, accessoirement chargé du maintien de l'ordre ; transformé en roi mage polynésien, il paraît torse nu à la messe de minuit dans une relecture cocasse du rituel chrétien. Dans un registre plus inquiétant, il incarne Tunga Khan, le redoutable chef des bandits mongols qui oblige Anne Bancroft à se donner à lui, dans «Frontière chinoise» (1966), le dernier chef d'oeuvre du maître.

Invité récurrent du petit écran, on le verra dans une trentaine de séries aussi célèbres que «Les incorruptibles», «Batman», «Bonanza» ou «Kung Fu». Guest star pour un épisode la série «Davy Crockett» (1955) et du show télévisé du duo Dean Martin-Jerry Lewis dans les années 50, il s'invite dans trois comédies signées Jerry Lewis : «Jerry chez les cinoques» (1964), «Ya, ya, mon général !» (1970) et surtout «Le zinzin d'Hollywood» (1961) où il semble vouloir prendre la relève d'Esther Williams, son personnage se nommant la sirène blonde !

Sa santé déclinant, il ne tourne plus autant mais on peut noter qu'il joue, en toute simplicité, son propre rôle dans «Détective comme Bogart» (1979). Warren Beatty lui propose un ultime clin d'œil dans «Dick Tracy» (1990) : en souvenir de Splitface, il fait une apparition en vieillard patibulaire. Exceptionnellement, il obtint la vedette de «Challenge To Be Free» (1975), un film inédit en France : trappeur en Alaska désireux de continuer à vivre en harmonie avec la nature, il livre, selon la critique, une "… performance puissante".

Depuis 1992, un "Iron Mike Mazurki Award" est décerné chaque année mais il ne s'agit pas d'un prix d'interprétation : la récompense est destinée à un champion de lutte. Il faut dire que notre homme avait créé le Cauliflower Alley Club, un club de lutte dont les bénéfices étaient destinés à financer les études des jeunes combattants et les retraites des vieux lutteurs dans le besoin. Pour son action philanthropique, il fut honoré à titre posthume en 2005. L'emblème du club est reconnaissable entre tous puisqu'il s'agit de la fameuse oreille en feuille de chou de Mike Mazurki !

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1934
BELLE OF THE NINETIES / IT AIN'T NO SIN (Ce n'est pas un péché) [Non crédité]
2
1941
THE SHANGHAI GESTURE (Shanghaï)
3
1942
Dr. RENAULT's SECRET [Non crédité]
4
1942
THE MOON AND SIXPENCE (L'envoûté) [Non crédité]
5
1943
THANK YOUR LUCKY STARS (Remerciez votre bonne étoile) [Non crédité]
6
1943
HENRY ALDRICH HAUNTS A HOUSE, de Hugh BENNETT [Non crédité]
 
7
1943
LOST ANGEL (L'ange perdu) [Non crédité]
8
1944
SUMMER STORM (L'aveu) [Non crédité]
9
1944
THE CANTERVILLE GHOST (Le fantôme de Canterville)
10
1944
MURDER, MY SWEET / FAREWELL MY LOVELY (Adieu ma jolie)
11
1944
THE THIN MAN GOES HOME (L'Introuvable rentre chez lui) [Non crédité]
12
1945
THE SPANISH MAIN (Pavillon noir)
13
1945
DICK TRACY
14
1945
DAKOTA (La femme du pionnier)
15
1946
MYSTERIOUS INTRUDER, de William CASTLE
 
16
1947
SINBAD THE SAILOR (Sinbad le marin)
17
1947
KILLER DILL
18
1947
UNCONQUERED (Les conquérants d'un nouveau monde)
19
1947
NIGHTMARE ALLEY (Le charlatan)
20
1948
RELENTLESS
21
1948
THE NOOSE HANGS HIGH (36 heures à vivre)
22
1949
NEPTUNE's DAUGHTER (La fille de Neptune)
23
1949
ROPE OF SAND (La corde de sable)
24
1949
ABANDONED
25
1950
NIGHT AND THE CITY (Les forbans de la nuit)
26
1950
DARK CITY (La main qui venge)
27
1950
HE's A COCKEYED WONDER, de Peter GODFREY
 
28
1951
PIER 23, de William BERKE
 
29
1951
CRIMINAL LAWYER
30
1951
TEN TALL MEN (Dix de la légion)
31
1951
MY FAVORITE SPY (Espionne de mon coeur)
32
1954
THE EGYPTIAN (L'Égyptien) [Non crédité]
33
1955
NEW YORK CONFIDENTIAL
34
1955
BLOOD ALLEY (L'allée sanglante)
35
1956
AROUND THE WORLD IN 80 DAYS (Le tour du monde en 80 jours)
36
1957
HELL SHIP MUTINY
37
1959
SOME LIKE IT HOT (Certains l'aiment chaud)
38
1959
ALIAS JESSE JAMES (Ne tirez pas sur le bandit) [Non crédité]
39
1963
DONOVAN's REEF (La taverne de l'Irlandais)
40
1964
CHEYENNE AUTUMN (Les Cheyennes)
41
1965
REQUIEM FOR A GUNFIGHTER (Le glas du hors-la-loi), de Spencer Gordon BENNET
 
42
1966
SEVEN WOMEN (Frontière chinoise)
43
1975
CHALLENGE TO BE FREE, de Tay GARNETT
 
44
1981
ALL THE MARBLES/CALIFORNIA DOLLS (Deux Filles au Tapis) [Non crédité]
45
1987
AMAZON WOMEN ON THE MOON (Cheeseburger Film Sandwich) [Sk."Reckless Youth"]
Éd. 9.1.4 : 2-3-2020