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Yvonne SANSON (1926 / 2003)

Yvonne Sanson

Actrice franco-grecque, née le 29 août 1925 [1er janvier 1926 selon d'autres sources moins probables], à Salonique (Macédoine centrale, Grèce). Décédée le 23 juillet 2003, à Bologne (Émilie-Romagne, Italie).

Les origines et la vie privée d'Yvonne Sanson, pourtant rivale à ses plus hautes heures de Sophia Loren et Gina Lollobrigida, restent entourées de pas mal de mystères difficilement accessibles aux communs des mortels, fussent-ils chroniqueurs du dimanche. Née d'un militaire français d'origine russe et d'une mère grecque ayant des racines turques et polonaises, la jeune fille passe sa petite enfance dans les casernes où son père est successivement affecté.

En 1943, la guerre civile faisant rage en pays héllène, la famille s'installe en Italie où l'adolescente termine ses études dans un institut tenu par des religieuses. L'atmosphère ne dut guère plaire à l'ingénue qui se montre bientôt fugueuse. Rendue au monde vivant, elle travaille alors comme mannequin pour une maison de couture.

Sa silhouette méditerranéenne – cheveux bruns, courbes pulpeuses, regard hautain – ne tarde pas à attirer l'attention des dénicheurs de talents péninsulaires et c'est tout naturellement qu'elle pénètre en Cinecittà – dont elle a si souvent cherché la porte – par l'entrée des figurantes, son apparition dans «L'aquila nera» (1946) ne lui ouvrant pas encore celle des artistes. Plus intéressant, son rôle dans «La grande aurora» (1947) nous permet de découvrir ses deux petits grains de beauté en bas de la joue droite qu'elle s'attachera, le temps venu, à mettre davantage en valeur.

Mais c'est Alberto Lattuada, avantageusement conseillé par Federico Fellini, qui lui offre sa grande chance, lui donnant la vedette féminine de «Le crime de Giovanni Episcopo» (1947) en épouse plantureuse du timide Aldo Fabrizi dont elle ne tarde pas à faire son jouet. Impériale dans «Le cavalier mystérieux» (1948) qui n'est autre que Vittorio Gassman, elle se permet une parenthèse blonde dans ses deux compositions suivantes, «L'imperatore di Capri» (1949) et «Le tocsin» (1949).

La même année, Raffaello Matarazzo, cinéaste aux redondances populaires, choisit le couple Yvonne Sanson / Amedeo Nazzari comme héros de son mélodrame réaliste «Le mensonge d'une mère». Cette histoire d'une épouse qui sacrifie son honneur pour sauver son mari fait pleurer toute l'Italie et remporte un succès inattendu. Dès lors, le réalisateur réitèrera ses excitations des glandes lacrymales dans des succédanés aux titres évocateurs, réunissant le même couple dans «Bannie du foyer» (1950), «Le fils de personne» (1951), «Qui est sans péché ?» (1952), «Lettres d'amour» (1954), «La femme aux deux visages» (1955) et «Malinconico autunno» (1958). Snif ! Snif ! Il serait toutefois injuste de résumer la carrière de l'actrice à ce duo sentimental et ses compositions dans «Le manteau» d'Alberto Lattuada (1952), «Wanda la pécheresse» de Duilio Coletti (1952) ou «Nous les coupables» (1953) lui permettent d'affirmer sa présence sensuelle dans un registre de plus grande ampleur.

Au rang des curiosités, rappelons qu'Yvonne Sanson reprit, dans la version italienne, le personnage d'Yvonne Le Guen, soeur de Mouloudji, l'un des condamnés à mort de «Nous sommes tous des assassins» d'André Cayatte (1952), beaucoup plus arrondie que Jacqueline Pierreux sans doute jugée trop “hexagonale” pour des convoitises transalpines. Ses autres apparitions dans le cinéma (italo-)français se résument à «Quand tu liras cette lettre» (Jean-Pierre Melville, 1953) et «Les trois mousquetaires» (André Hunebelle, 1953) en Milady de Winter aux charmes suffisamment appétissants pour détourner de son assiette ce fin gourmet de D'Artagnan. Improbable Messaline dans «Néron, tyran de Rome» (1953) tant elle fut plus souvent victime que manipulatrice, fugitive en sa tardive apparition dans «Pain, amour et Jalousie» (Luigi Comencini, 1954) où elle vient à point nommé remplacer Marisa Merlini, sage-femme qui souhaite l'être un peu moins, on la vit encore faire «Barrage contre le Pacifique» (1957) dans ce film cosmopolite réalisé par René Clément, laissant libre cours à ses problèmes d'embonpoint qui ne vont pas tarder à entraver son avenir artistique.

En effet, les “sixties” se montreront moins généreuses pour notre vedette. Si Roberto Rossellini l'emploie avantageusement dans «Âme noire» (1962), ce ne sera pas «La bande à César» (1967), malgré la présence de Vittorio De Sica, qui lui rendra la grandeur de Cléopâtre. Mère de Stefania Sandrelli dans «Le conformiste» (Bernardo Bertolucci, 1970), elle sera également celle de Paola Senatore dans «Caresses à domicile» pour une dernière contribution au grand écran qui n'ajoutera rien à sa gloire passée.

Rattrapée par le fisc au milieu des années soixante, tenue de reprendre des activités plus conventionnelles de traductrice, elle se retirera définitivement – nonobstant deux concessions au petit écran – «Le avventure del barone Von Trenck» (1972/1973) et «Tentativo di corruzione» (1982) – pour se retirer à Bologne auprès de sa fille Gianna, née d'une liaison avec un cavalier servant aussi mystérieux que celui qui l'emporta, un quart de siècle plus tôt, vers ce pays des alouettes saisonnières que fut et demeure l'art cinématographique.

Christian Grenier

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1947
LA GRANDE AURORA
2
1947
IL DELITTO DI GIOVANNI EPISCOPO (Le crime de Giovanni Episcopo)
3
1948
IL CAVALIERE MISTERIOSO (Le chevalier mystérieux)
4
1949
L'IMPERATORE DI CAPRI
5
1949
CAMPANE A MARTELLO (Le tocsin)
6
1949
CATENE (Le mensonge d'une mère)
7
1950
TORMENTO (Bannie du foyer)
8
1951
I FIGLI DI NESSUNO (Le fils de personne)
9
1951
NOUS SOMMES TOUS DES ASSASSINS [Version italienne]
10
1952
CHI È SENZA PECCATO… (Qui est sans péché?)
11
1952
IL CAPPOTTO (Le manteau)
12
1952
MENZOGNA (L'île des passions)
13
1952
WANDA LA PECCATRICE (Wanda la pécheresse)
14
1953
NOI PECCATORI (Nous... les coupables)
15
1953
NERONE E MESSALINA (Néron, tyran de Rome)
16
1953
QUAND TU LIRAS CETTE LETTRE
17
1953
LES 3 MOUSQUETAIRES
18
1954
TORNA! (Larmes d'amour)
19
1953
STELLA DELL'INDIA / STAR OF INDIA (L'étoile des Indes)
20
1954
PANE, AMORE E GELOSIA (Pain, amour et jalousie)
21
1955
FLUCHT IN DIE DOLOMITEN / IL PRIGIONIERO DELLA MONTAGNA
22
1955
LA MOGLIE E UGUALE PER TUTTI
23
1955
IL CAMPANILE D'ORO, de Giorgio SIMONELLI
 
24
1955
LA BELLA MUGNAIA (Par-dessus les moulins)
25
1955
L'ANGELO BIANCO (La femme aux deux visages)
26
1957
ULTIMA VIOLENZA
27
1957
LA DIGA SUL PACIFICO / THIS ANGRY AGE (Barrage contre le Pacifique)
28
1958
MALINCONICO AUTUNNO / CAFE DE PUERTO
29
1958
MIA ZOI TIN EHOUME, de Giorgos TZAVELLAS
 
30
1962
IL GIORNO PIÙ CORTO (Le jour le plus court)
31
1962
LO SMEMORATO DI COLLEGNO
32
1967
I GIORNI DELL'IRA (Le dernier jour de la colère)
33
1967
THE BIGGEST BUNDLE OF THEM ALL (La bande à César)
34
1969
IL RAGAZZO CHE SORRIDE
35
1969
PENSANDO A TE
36
1970
IL CONFORMISTA (Le conformiste)
37
1972
A.A.A. MASSAGGIATRICE BELLA PRESENZA OFFRESI (Caresses à domicile), de Demofilo FIDANI
 
Éd. 9.1.4 : 20-3-2020