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Werner HERZOG (1942)

Werner Herzog

Producteur, réalisateur et scénariste allemand, né Werner Stipetic, le 5 septembre 1942, à Munich (Bavière, Allemagne).

Déclaré, comme son frère cadet, sous le nom de jeune fille de sa mère d'origine yougoslave, le petit Werner Stipetic se distingue ainsi de son aîné qui a conservé le nom paternel d'Herzog (en français, "Duc"). Plus tard, celui-là reprendra ce patronyme pour faire la carrière de réalisateur et producteur que l'on sait. Jusqu'à la séparation des époux, la famille vit pauvrement dans le petit hameau bavarois de Sachrang, sur la commune d'Aschau im Chiemgau.

L'enfant a tout juste onze ans lorsque la maman s'installe, avec ses trois garçons, dans la grande Munich, troisième ville d'Allemagne par le nombre de ses habitants. C'est là qu'il assiste pour la première fois à une projection cinématographique, un documentaire sur la vie des esquimaux que sa connaissance de la vie en montagne l'amène à remettre fortement en cause. Solitaire, renfermé, il se montre réfractaire à l'effort scolaire, même si l'on a senti précocement chez lui une intelligence vive, les mathématiques le passionnant déjà (et l'amusant encore). Attiré par la musique, il s'en éloigne après qu'un professeur l'ait obligé à chanter devant toute sa classe.

L'adolescent qu'il est devenu s'adonne avec passion au football sous l'égide d'un prêtre dont la compagnie fait naître chez lui une courte crise mystique. Converti à la religion catholique romaine, il s'en éloigne définitivement quelques mois plus tard et se déclare aujourd'hui agnostique. Sportif, il pratique le saut à ski et envisage déjà une pratique au plus haut niveau, jusqu'à ce que son meilleur ami soit victime d'un grave accident. Voyageur “compulsif”, il traverse très jeune la Grèce, la Yougoslavie, le Soudan… travaille en Angleterre (docker à Manhattan) puis aux États-Unis (ouvrier en usines, gardien de parking,…).

Jeune homme, il écrit ses premiers scénarii qu'il propose en vain à des producteurs de cinéma ou de télévision. Devenu soudeur dans une aciérie, il travaille de nuit pour pouvoir produire ses premiers films. À cet effet, il dérobe une caméra de 35 mm dans une école de cinéma munichoise dont il se servira pour ses premiers films. Rapidement, il fonde la Werner Herzog Filmprodukion et commence à tourner des courts métrages documentaires sans avoir suivi la moindre formation technique : «Herakles» (1962), «Spiel im Sand» (1964), etc.

En 1965, étudiant à l'Université de Pittsburgh, il travaille parallèlement pour une station de télévision, puis la célèbre N.A.S.A. (1966), avant de rentrer au pays. En 1967, il épouse Martje Grohmann qui lui donnera un fils, Rudolph (1973) et dont il divorcera en 1985. La même année, il se fait remarquer pour la première fois avec un court métrage, «Letzte Worte», honoré par les jurés du Festival d'Oberhausen. Enfin, en 1968, il dirige son premier long métrage de fiction, «Lebenszeichen», histoire d'un soldat envoyé sur une île crétoise pour garder un dépôt de munitions et qui sombrera dans un délire meurtrier.

En 1970, le réalisateur acquiert une notoriété internationale avec «Les nains aussi ont commencé petits», une oeuvre difficile, tournée en noir et blanc, dont il prendra lui-même en charge la distribution, mais qui sera longtemps ostracisée en Allemagne. En 1971, voyageant au Camerou pour le tournage de son premier documentaire de long métrage, «Fata Morgana», il est emprisonné plusieurs semaines en compagnie de son chef opérateur. Là, il contracte la malaria et la bilharziose,maladies dont il réchappe par miracle.

1972 marque la première collaboration de Werner Herzog avec celui qui deviendra, au fil des ans, son acteur fétiche et son "ennemi intime", Klaus Kinski. Sur «Aguirre, la colère de Dieu», Werner sait utiliser la mégalomanie et les délires de Klaus pour illustrer l'odyssée de ce “conquistador” parti à la recherche de son Eldorado (nomination au César français dans la catégorie du meilleur film étranger). «L'énigme de Kaspar Hauser» (1975), basée sur la véritable histoire d'un “enfant sauvage” apparu sur la place de Nuremberg en l'an 1828, attirera suffisamment l'attention des jurés du Festival de Cannes 1975 pour que ceux-ci lui accordent leur grand prix spécial. L'acteur principal, Bruno "S." (pour Schleinstein), handicapé physique et mental, sera reconduit dans «La ballade de Bruno» (1977), une histoire dramatique assez proche de sa propre existence. L'oeuvre marque également la rencontre de Werner Herzog et de l'actrice Eva Mattes, à l'aube d'une liaison sentimentale qui donnera un fruit en la personne de la petite Hanna (1980).

Entre-temps, apprenant que Lotte Eisner, mémoire vivante du cinéma allemand, est atteinte d'une maladie grave, le réalisateur entame une marche entre Munich et Paris, arrivant épuisé au chevet de la mourante… qui guérit rapidement : "C'était un pacte avec son destin", résumera-t-il dans son ouvrage, «Sur le chemin des glaces» (1979).

Remake du film de Murnau (1922), «Nosferatu, fantôme de la nuit» (1978), co-production germano-française réunissant Isabelle Adjani, Klaus Kinski et Bruno Ganz, marque les débuts de son auteur dans la catégorie des super-productions délibérément ouvertes au marché international. Tournage difficile au sujet duquel Werner déclarera : "Les rats se sont mieux comportés que Klaus Kinski"! Pour autant, il en fait le héros de son «Woyzeck», tourné en moins d'un mois, encore une histoire de soldat que l'isolement et les humiliations amèneront à la folie sanguinaire. Intermède amusant, en 1980, le réalisateur mange une de ses chaussures devant les caméras de Les Blanc («Werner Herzog Eats His Shoe») à la suite d'un pari lancé lors d'une conférence universitaire !

«Fitzcarraldo» (1981), nouvelle aventure sud-américaine, devait réunir Jason Robards Jr et Mick Jagger. Mais ceux-ci, rebutés par les conditions des premières semaines de tournage et l'accumulation des retards compromettant des contrats signés, finissent par jeter l'éponge. Remaniant son texte, Herzog en propose l'unique rôle principal masculin à Kinski, que viendra rejoindre la lumineuse Claudia Cardinale. Tournage difficile qui ne se terminera pas sans une menace de mort à l'égard de l'acteur qui s'apprêtait à quitter prématurément le plateau !

En 1985, nouvelle exentricité, Herzog entreprend de faire à pied le tour des 2 Allemagne dans un souci de répandre l'idée de réunification. Malade, il doit s'arrêter au bout de 800 kilomètres ! Deux années plus tard, le 19 août 1987, il prend pour épouse Christine Ebenberger, preneuse de son sur quelques uns de ses documentaires, mère de leur enfant à venir (Simon, 1989) et l'un de ses assistants sur le tournage de «Cobra Verde» (1987). Contremaître dans une plantation, le surnommé Cobra Verde est le héros d'une épopée africaine vouée à l'échec et dont la démesure n'a d'égale que celle de son interprète, l'inévitable Klaus Kinski. Façon de rendre une chien de sa chienne, ce dernier, selon le témoignage d'un technicien, aurait vraiment tenté de tuer son metteur en scène dans une de ces crises de démence dont il est désormais coutumier.

L'échec commercial de ce dernier film éloignera longtemps Werner Herzog du cinéma de fiction et la décennie suivante s'égrenera pour lui au rythme d'une douzaine de documentaires plus ou moins exotiques. Il la terminera, ayant divorcé de Christine en 1997, en compagnie de sa nouvelle épouse, la photographe, essayiste et écrivain Elena Pisetski, de 28 ans sa cadette, au côté de laquelle il s'installera à Los Angeles.

Revenu aux affaires “sérieuses” en 2001 avec «Invincible», puis en 2005, avec «The Wild Blue Yonder», il ne renouera véritablement avec le succès que grâce au docu-drame «Grizzly Man» (2005), histoire d'un aventurier vivant au milieu des ours. En 2015, «Queen of the Desert», biographie romancée de la femme de lettres et espionne britannique Gertrude Bell, ne rassemblera pas le public espéré, au point de ne pas être jugé digne d'une distribution française. Mais le cinéaste ne s'est pas pour autant définitivement endormi sur ses lauriers de Cannes : "C'est peut-être parce que je ne rêve jamais que je fais des films".

Christian Grenier

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Filmographie sélective

Réalisations
Lg
An
Titre
 
 
1
1962
HERAKLES, de Werner HERZOG (Court métrage)
 
2
1967
LETZTE WORTE, de Werner HERZOG (Court métrage)
 
3
1968
LEBENSZEICHEN (Signes de vie)
4
1970
AUCH ZWERGE HABEN KLEIN ANGEFANGEN (Les nains aussi ont commencé petits)
5
1971
FATA MORGANA, de Werner HERZOG (Documentaire)
 
6
1972
AGUIRRE, DER ZORN GOTTES (Aguirre, la colère de Dieu)
7
1975
JEDER FUR SICH GOTT GEGEN ALLE (L'énigme de Kaspar Hauser)
8
1976
HERZ AUS GLAS (Coeur de verre)
9
1977
STROSZEK (La ballade de Bruno)
10
1978
NOSFERATU, PHANTOM DER NACHT (Nosferatu, fantôme de la nuit)
11
1978
WOYZECK
12
1981
FITZCARRALDO
13
1983
WO DIE GRÜNEN AMEISEN TRÄUMEN (Le pays où rêvent les fourmis vertes)
14
1987
COBRA VERDE
15
1991
SCHREI AUS STEIN (Cerro Torre, le cri de la roche)
16
2001
UNBESIEGBAR (Invincible)
17
2005
GRIZZLY MAN, de Werner HERZOG
 
18
2005
THE WILD BLUE YONDER
19
2006
RESCUE DAWN
20
2009
THE BAD LIEUTENANT: PORT OF CALL-NEW ORLEANS (Bad Lieutenant, escale à la Nouvelle-Orléans)
21
2009
MY SON, MY SON, WHAT I HAVE YE DONE (Dans l'oeil d'un tueur), de Werner HERZOG
 
22
2015
QUEEN OF THE DESERT
23
2016
SALT AND FIRE, de Werner HERZOG
 
Éd. 9.1.4 : 10-2-2019