La bibliothèque de L'Encinématheque

Anicée ALVINA (1953 / 2006)

Anicée Alvina

Actrice française, née Aniseh Schahmaneche, le 28 janvier 1953, à Boulogne-Billancourt (Seine/Haut-de-Seine, France). Décédée le 11 novembre 2006, à Paris (Île-de-France, France).

Fille d'un ingénieur d'origine iranienne et d'une mère française, la jeune Anicée (version francisée de son prénom perse) concrétise son ambition de devenir comédienne en s'inscrivant au Cours d'Art Dramatique du Conservatoire de Saint-Germain en Laye. Elle n'est pas majeure – 21 ans à l'époque – que Michel Audiard l'engrosse pour une courte scène de sa deuxième comédie insolente, «Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas… mais elle cause !».

À cette occasion, son joli minois crève déjà l'écran de télévision, suffisamment en tout cas pour que le réalisateur-producteur britannique Lewis Gilbert – celui-là même qui venait de tourner le 5ème "James Bond", «On ne vit que deux fois» (1966) – voit en elle l'archétype de la pré-adolescente française capable d'incarner Michelle Latour, une jeune fugueuse française héroïne de «Deux enfants qui s'aiment» (1970) : sujet et rôle délicats pour l'époque, la belle enfant, à peine rangée des poupées, se retrouvant à nouveau dans un état "avantageux" à l'âge où nombre de ses copines enfilent encore de perles. Le film donnera lieu à une suite, «Paul and Michelle» (1974), qui fera moins de bruit, malgré un avortement non encore autorisé.

Anicée Alvina acquiert bientôt une petite notoriété en embrassant Nicole Courcel sur la bouche dans l'adaptation du roman de Françoise Mallet-Joris, «Le rempart des béguines». Comment n'aurait-elle pas attiré l'attention du sulfureux Alain Robbe-Grillet qui lui propose de céder aux «Glissements progressifs du plaisir» (1974) partagé avec Michel Lonsdale ? Séduite, la jeune actrice ne dédaignera pas davantage «Le jeu avec le feu» (1974) attisé par un Philippe Noiret peu accoutumé à souffler sur les braises. On aime ou on n'aime pas ce genre de films – se pose avec le temps la question essentielle : qu'en reste-t-il au-delà de la provocation ? – mais l'on peut comprendre que de telles opportunités ne se refusèrent pas.

Si Jacques Doniol-Valcroze se montre plus mesuré, faisant tout de même d'elle «Une femme fatale» (1974), Jean-Pierre Berckmans enfonce le clou en plaçant délibérément «Isabelle devant le désir» (1974). Certes, l'éclatante beauté de la jeune femme lui permet ces troublantes exhibitions, mais il n'empêche que le temps, plus conforme aux remarques de Voltaire qu'à la réplique de Brassens, l'emmène vers une impasse dont elle ne tarde pas à prendre conscience.

Décidée à donner un tournant à sa carrière, elle participe à l'hommage donné par une troupe de comédiens aux membres du réseau de résistants Manouchian dont les portraits figurèrent sur «L'affiche rouge» (1976) placardée sur les murs de la capitale par l'occupant allemand en 1943. Si elle s'égare maladroitement dans «Le trouble-fesses» (1976) de Raoul Folon – sans toutefois montrer les siennes –, elle se rachète parmi les «Âmes perdues» (1976) de Dino Risi dans une composition davantage dramatique. Bien sûr, elle figure encore parmi les pensionnaires du «122, Rue de Provence» (1978) où l'on ne pratique pas que le baise-main, mais trouve «Un second souffle» sous les caméras de Gérard Blain (1978) qui l'entraînera 17 ans plus tard «Jusqu'au bout de la nuit» (1995). Persévérante, Anicée Alvina nous aura montré avec le temps que son talent ne se résumait pas à la courbure de ses reins, qu'elle avait d'ailleurs fort gracieuse.

Mutine et espiègle, elle mène avec bonheur, en compagnie de son mari de comédie, «Les 400 coups de Virginie» (1979) tout au long des 6 épisodes de cette mini-série de télévision dont beaucoup se souviennent encore avec une tendre nostalgie. Cela ne l'empêchera pas de faire peu après la une (et quelques pages intérieures) du magazine de l'homme moderne (1980). On ne la revit que rarement par la suite (le téléfilm «Diane Lanster» en 1983, le court métrage corse «L'hétaïre» en 2004, etc).

En 1984, elle prend pour époux, dans la petite cité de Boncourt (Eure-et-Loir), M. Jean-Bernard Grupper. Le couple aura 4 enfants : Shirzane, Azadée, Rostam et Yassamine, tous aujourd'hui plongés dans la musique. En effet, en 1982, Anicée s'est lancée dans les variétés, remplaçant la chanteuse Marie Alcaraz, trop timide pour monter sur scène, au sein du groupe rock Ici Paris. Bien que nous ayant expliqué malicieusement qu'elle … ne veut plus aller à l'école", le succès tardera à venir et le groupe se dissoudra en 1987. L'actrice tentera bien de le reformer en 2004, mais la vilaine maladie qui devait la terrasser ne lui permettra pas de concrétiser ce projet que sa fille Azadée contribuera à faire aboutir en 2012.

Car, fumeuse invétérée, Anicée Alvina devait disparaître bien trop tôt des suites d'un cancer. Le faire-part annonçant ses obsèques portait la mention "L'un de ses derniers rêves était de connaître un monde sans tabac" (source Yvan Foucart). Sa tombe aux herbes sauvages peut être fleurie de ces roses blanches qu'elle aimait tant au petit cimetière de Boncourt .

«Ainsi soit-il…» (Gérard Blain, 1999).

Christian Grenier

Cliquez sur les iconespour accéder aux illustrations.

Cliquez sur les iconespour accéder à la fiche technique du film.

Cliquez sur les mots soulignés de la fiche technique pour faire apparaître les illustrations.

Cliquez sur la fiche technique pour la faire disparaître.

English translation

Click on the iconsto reveal the pictures.

Click on the iconsto reach the data sheet of the film.

Click on the words underlined of the data sheet to reveal the pictures.

Click on the data sheet to remove.

Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1969
ELLE BOIT PAS, ELLE FUME PAS, ELLE DRAGUE PAS… MAIS ELLE CAUSE
2
1970
FRIENDS (Deux enfants qui s'aiment)
3
1972
LE REMPART DES BÉGUINES
4
1973
LES GRANDS SENTIMENTS FONT LES BONS GUEULETONS
5
1974
GLISSEMENTS PROGRESSIFS DU PLAISIR
6
1974
PAUL AND MICHELLE
7
1974
UNE FEMME FATALE
8
1974
ISABELLE DEVANT LE DÉSIR
9
1974
LE JEU AVEC LE FEU
10
1976
L'AFFICHE ROUGE
11
1976
LE TROUBLE-FESSES
12
1976
ANIMA PERSA (Âmes perdues)
13
1978
ONE TWO TWO: 122, RUE DE PROVENCE
14
1978
UN SECOND SOUFFLE
15
1980
YUME, YUME NO ATO (Rêve après rêve), de Kenzo TAKADA
 
16
1995
JUSQU'AU BOUT DE LA NUIT
17
2004
L'HÉTAÏRE, de Pierre ANTONETTI (Court métrage)
 
Éd. 9.1.4 : 3-7-2019