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Louise BEAVERS (1902 / 1962)

Louise Beavers

Actrice américaine, née Louise Beavers Monroe, le 8 mars 1902, à Cincinatti (Ohio, U.S.A.). Décédée le 26 juin 1962, à Los Angeles (Californie, U.S.A.).

À l’instar de son amie Hattie McDaniel – l’inoubliable Mammy d’«Autant en emporte le vent» – Louise Beavers est pour la postérité l’actrice d’un seul rôle, celui de Delilah, la fidèle cuisinière et indéfectible amie de Claudette Colbert dans «Imitation of Life» (1934). Autre point commun avec Hattie : la couleur de sa peau qui lui vaudra trop souvent d’être reléguée en fin de générique dans les rôles subalternes de brave domestique ou de gentille nounou.

Formée aux techniques vocales par sa mère, Louise intègre le chœur amateur des Lady Minstrels où elle attire l’attention d’un agent qui lui suggère de tenter sa chance à l’écran. La jeune femme est réticente car le cinéma propage alors une image caricaturale des Noirs qui la rebute. Toutefois elle postule avec succès pour un petit rôle d’esclave dans une version muette de «La case de l’oncle Tom» (1927), le premier des 150 titres de sa filmographie. Dès son cinquième film, «Gold Diggers of Broadway» (1929), elle joue Sadie "the maid" et telle sera sa dénomination, avec ou sans prénom, au générique de plus de trente films. Elle sera donc la bonne de Mary Pickford dans «Coquette» (1929), de Jeanette MacDonald dans «Annabelle’s Affairs» (1931), de Mae West dans «Lady Lou» (1933), de Jean Harlow dans «Mademoiselle Volcan» (1933), plus tard celle de Madeleine Carroll dans «Virginia» (1940) ou celle de Cary Grant et Myrna Loy dans «Un million clés en main» (1948). Au rayon des prénoms, notons la fréquence des assonances en "a" : Ada, Amelia, sans compter les exotiques Messalina, Magnolia ou Petunia ; Hyacinthe, Florabelle ou Nellie LaFleur ajoutent une touche printanière au tableau avant que l’âge et un certain embonpoint ne lui vaillent les dénominations plus matures de Tante Tina, Tante Emmeline ou Mammy.

Trop souvent victime de gags éculés qui ne font rire que leurs auteurs, elle doit parler un anglais fautif, écarquiller les yeux de terreur, se faire renverser par une chèvre colérique ou pousser des cris hystériques lorsque le sale gosse de la famile cache une grenouille dans le potage… Les personnages varient parfois, ainsi lorsqu’on la retrouve en prison pour le meurtre de son époux dans «Pénitencier de femmes» (1931) ou en matrone affligée de douze enfants réclamant à cor et à cri le divorce dans «Merry Wives of Reno» (1934). Une fois n’est pas coutume, l’ex-femme de chambre connaît le succès dans le monde des jeux clandestins et parade en bijoux et manteau de fourrure dans «Guerre au crime» (1936). Dans «Rainbow on the River» (1936) où elle s’appelle Toinette, elle chante en s’accompagnant au banjo en duo avec le petit Bobby Breen. Elle a déjà soixante-dix films à son actif quand John M. Stahl la choisit pour «Images de la vie» (1934), son magnifique mélo : femme de ménage, nounou et crêpière hors pair, elle arbore en permanence un sourire éclatant mais lorsque sa fille la renie parce qu’elle est noire, elle en meurt de chagrin ; la scène de sa mort est un tire-larmes pour le spectateur. L’oscar du meilleur second rôle féminin n’existant pas encore, Louise se contenta des éloges d’une critique unanime. Elle n’obtiendra ensuite le premier rôle que par exception : elle joue une veuve essayant de bien élever ses deux enfants dans «Life Goes On» (1938) et Mother Barton, directrice d’une maison de redressement à Harlem, dans «Reform School» (1939).

Malgré sa réelle popularité, elle doit céder le pas à Hattie McDaniel lors du casting de «Autant en emporte le vent» (1939) ; en compensation, elle trouve un personnage similaire nommé Mammy Lou dans «La reine des rebelles» (1941), film moins prestigieux malgré la présence de Gene Tierney. Dès ses débuts, elle travailla pour de bons réalisateurs comme Raoul Walsh, Michael Curtiz ou George Cukor : dans «What Price Hollywood ?» (George Cukor, 1932), elle essaierait bien de changer de job pour se lancer dans une carrière d’actrice mais ses ambitions ne lui rapportent qu’un bain forcé dans une piscine hollywoodienne… On la retrouve au service de Thomas Mitchell et Fay Bainter dans «Place aux jeunes» (1937) de Leo McCarey ou, toujours souriante et le cœur sur la main, en cuisinière de Carole Lombard dans «Le lien sacré» (1939) de John Cromwell. Dès 1932, elle joue un rôle mineur chez Frank Borzage dans «Young America» mais le metteur en scène se ratrappe avec «The Vanishing Virginian» (1941) et «Seven Sweethearts» (1942), deux films où elle n’a pas sa langue dans sa poche lorsqu’il s’agit de ramener à la raison d’excentriques patrons joués par Spring Byington ou S.Z. Sakall. Dans «Les naufrageurs des mers du sud» (1942) de Cecil B. de Mille, c’est Paulette Goddard qui lui donne du fil à retordre.

Au nombre de ses prestigieux partenaires, n’oublions pas William Powell et Myrna Loy dans les rôles de Nick et Nora Charles pour «Nick, gentleman du turf» (1941), Fred Astaire et Bing Crosby dans «L’amour chante et danse» (1942) ou Gary Cooper alias «Ce bon vieux Sam» (1948). Toujours bienveillante, elle prodigue sa gentillesse à la petite Sharyn Moffett comme à son chien «Banjo» (1947). Elle tourne encore une douzaine de films – Bob Hope sera son dernier partenaire dans «Voulez-vous pêcher avec moi» (1960) – mais on peut trouver désolant que les rôles soient mineurs, un titre comme «The Goddess» (1958) ne lui proposant qu’un énième personnage anonyme de cuisinière. Il est vrai qu’en interview elle critiquait volontiers les rôles alors réservés par Hollywood aux afro-américains. C’est à la télévision qu’elle se consacre en priorité dans les années 50 («The Swamp Fox : Brother Against Brother» pour les studio Disney,1959), succédant à Ethel Waters et Hattie McDaniel en vedette de la sitcom «Beulah» pour trente-trois épisodes tournés en 1952, l’année de son second mariage. Une santé déclinante accélère sa fin et Louise meurt prématurément d’une crise cardiaque : par une émouvante coïncidence, c’était jour pour jour le dixième anniversaire de la mort de Hattie McDaniel.

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1928
ORIENTAL HUGS, d'Arvid E.GILLSTROM (Court métrage)
 
2
1929
COQUETTE, de Sam TAYLOR
 
3
1931
ANNABELLE's AFFAIRS, d'Alfred L.WERKER
 
4
1931
GIRLS ABOUT TOWN
5
1931
LADIES OF THE BIG HOUSE (Pénitencier de femmes), de Marion GERING
 
6
1932
YOU'RE TELLING ME, de Lloyd FRENCH, de Robert A.McGOWAN (Court métrage) [Non créditée]
 
7
1932
STREET OF WOMEN
8
1932
THE DARK HORSE [Non créditée]
9
1932
WHAT PRICE HOLLYWOOD?
10
1932
UNASHAMED
11
1933
SHE DONE HIM WRONG (Lady Lou)
12
1933
MIDNIGHT MARY (Rose de minuit) [Non créditée]
13
1933
A SHRIEK IN THE NIGHT, d'Albert RAY
 
14
1933
BOMBSHELL (Mademoiselle Volcan)
15
1934
MERRY WIVES OF RENO [Non créditée]
16
1934
IMITATION OF LIFE (Images de la vie)
17
1935
ANNAPOLIS FAREWELL (Soir de gloire), d'Alexander HALL
 
18
1936
BULLETS OR BALLOTS (Guerre au crime)
19
1936
RAINBOW ON THE RIVER (Le chant du Missouri), de Kurt NEUMANN
 
20
1937
MAKE WAY FOR TOMORROW (Place aux jeunes/Au crépuscule de la vie)
21
1938
LIFE GOES ON, de William L.NOLTE
 
22
1938
PECK's BAD BOY WITH THE CIRCUS (Circus Kid), d'Edward F.CLINE
 
23
1939
MADE FOR EACH OTHER (Le lien sacré) [Non créditée]
24
1939
REFORM SCHOOL, de Leo C.POPKIN
 
25
1940
WOMEN WITHOUT NAMES
26
1940
VIRGINIA
27
1941
SIGN OF THE WOLF, de Howard BRETHERTON
 
28
1941
BELLE STARR (La reine des rebelles)
29
1941
SHADOW OF THE THIN MAN (Nick, gentleman du turf)
30
1941
THE VANISHING VIRGINIAN
31
1942
REAP THE WILD WIND (Les naufrageurs des mers du Sud)
32
1942
HOLIDAY INN (L'amour chante et danse)
33
1942
SEVEN SWEETHEARTS (Sept amoureuses), de Frank BORZAGE
 
34
1944
DIXIE JAMBOREE
35
1945
DELIGHTFULLY DANGEROUS (Délicieusement dangereuse)
36
1946
LOVER COME BACK (Le retour à l'amour)
37
1947
BANJO
38
1948
Mr.BLANDINGS BUILDS HIS DREAM HOUSE (Un million clefs en main)
39
1948
GOOD SAM (Ce bon vieux Sam)
40
1950
THE JACKIE ROBINSON STORY, d'Alfred E.GREEN
 
41
1952
COLORADO SUNDOWN, de William WITNEY
 
42
1956
TEENAGE REBEL
43
1960
THE FACTS OF LIFE (Voulez-vous pêcher avec moi?)
Éd. 9.1.4 : 21-6-2019