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Lea PADOVANI (1920 ? 1923 ? / 1991)

Lea Padovani

Actrice italienne, née Lea Anita Maria Padovani, le 28 juillet 1923 (certaines sources mentionnent 1920), à Montalto di Castro (Viterbe, Latium, Italie). Décédée le 23 juin 1991, à Rome (Lazio, Italie).

Fille d'Ugo et d'Ida Camparani, famille petite bourgeoise du Latium italien, la jeune Lea héritera des origines corses de sa mère une volonté inflexible lorsqu'il s'agira de prendre des choix importants dans le déroulement de sa fière existence. Après des études secondaires ordinaires, la jeune fille choisit déjà de s'orienter vers l'art dramatique, à la grande surprise de ses parents. Inscrite à l'Accademia d'Arte Dramatica Silvio D'Amico de Rome, elle y suit docilement ses deux premières années d'études (1942/1944) avant de se produire en soubrette auprès d'Anna Magnani dans la revue «Cantachiaro» (1944). Concession peu appréciée par son directeur d'étude, sa présence aux côtés d'Ermino Macario une autre revue, «Febbre Azzura» (1944/1945), lui vaudra finalement le renvoi de la noble académie.

Le septième art ne s'en plaindra pas, qui lui ouvre aussitôt ses studios grâce au même Macario et au film de Carlo Campogalliani, «L'innocente Casimiro» (1945). Dès ses premières apparitions au grand écran, Lea Padovani tiendra ainsi le haut de l'affiche sans être passée par le parcours encombrant des silhouettes discrètes et des figurations plus ou moins intelligentes. Dans «Le soleil se lèvera encore», elle tient déjà le 2ème rôle féminin derrière Elli Parvo, et la voici première dame dans «Quelle époque !» (1948), mélodrame familial et sentimental pour lequel elle est unanimement saluée par la critique.

Pour autant, la jeune actrice ne délaisse pas le théâtre, qu'il soit français («Un homme comme les autres» d'Armand Salacrou, «Les enfants terribles» de Jean Cocteau en 1946) ou britannique («Merry Spirit» et «The Cheerful Truth» de Noel Coward, «Your Youth» de Denys Amiel). Bénéficiant d'une bonne pratique de la langue de Shakespeare, elle rencontre Orson Welles qui lui promet le rôle de Desdémone dans «Othello» de Shakespeare. Le film ne se fera pas dans l'immédiat à la suite d'une divergence avec le producteur, et lorsque l'affaire rebondira en 1952, la courte et tempétueuse liaison des deux artistes aura fait long feu.

Très curieusement, lorsqu'il s'agira de s'exprimer dans sa langue natale et malgré ses antécédents, Lea Padovani sera doublée à plusieurs reprises dans la première partie de sa carrière : par Lydia Simoneschi pour «L'innocente Casimiro» et par Clelia Bernacchi pour «Le soleil se lèvera encore», déjà cités, mais aussi par Dhia Christiani dans «Due mogli sono troppo» et Lydia Simoneschi dans «Atto di accusa» (1950), Clara Bindi dans «Napoli è sempre Napoli» et Lydia Alfonsi dans «La barriera della legge» (1954), etc. Néanmoins, elle parlera anglais à l'écran dans le film d'Edward Dmytryk, «Donnez-nous aujourd'hui» (1949) qui lui vaudra d'être retenue dans la sélection pour le choix de la meilleure actrice du Festival de Venise (1950), titre qui reviendra toutefois à Eleanor Parker pour «Femmes en cage» (1950).

Ce succès lui laisse espérer d'heureuses perspectives nationales, mais les personnages de femme de “mauvaise vie” qu'on lui réserve dans «Onze heures sonnaient» (Giuseppe Amati, 1951) ou de veuve misérable secourue par Totò dans «Una di quelle» (1953) la laissent insatisfaite. Salvatrice et régénératrice, la scène l'accueille avec davantage de bienveillance (tournée londonienne et parisienne avec «Henri V» de l'inévitable Shakespeare en 1953,…) tandis qu'Alessandro Blasetti, délivré de ses déviations mussoliniennes, lui permet de faire «Quelques pas dans la vie» (1953) aux côtés du tout jeune Marcello Mastroianni dans le 5ème sketch de sa suite sentimentale, justement intitulé «Le poupon». Cette dernière composition lui vaudra de recevoir le “Grolla d'Oro”, récompense attribuée par les critiques du cinéma transalpin.

Mordante et ironique, l'actrice est naturellement distribuée dans des comédies légères. Starlette jalouse de la vedette dans «Gran varietà» (Domenico Paolella, 1953), elle saura ramener au foyer son cavaleur de mari jouant «Il seduttore» (1954) par delà les océans (Franco Rossi,1954) et faire tourner la tête de Vittorio De Sica dans «Pain, amour, ainsi-soit-il» (Dino Risi, 1955). Notre cinéma national, au fil de quelques co-productions franco-transalpines comme «Chéri-Bibi» en 1954, «Le dossier noir» en 1955, «Oeil pour oeil» et «Montparnasse 19» en 1957,… ira jusqu'à faire d'elle une comtesse rivalisant de charme avec «La Castiglione» (Georges Combret, 1954). Le costume nobiliaire lui sied à merveille comme le démontreront «La maja nue» (Henry Koster, 1959) ou «La princesse de Clèves» dans lesquels elle se coiffe respectivement des couronnes royales d'Espagne et de France.

Depuis le milieu de la décennie, Lea Padovani fréquente les plateaux de la R.A.I., où elle débute par une mini-série, «Piccole donne» (1955), adaptation des «4 filles du Dr. March», et poursuit avec «Il romanzo di un giovane povero» (1957), «Ottocento» (1959, qui la promeut impératrice), etc. Toujours active au théâtre, elle a quelque chose en elle de Tennesse qui la pousse à se montrer dans «La chatte sur un toit brûlant» (Rome, 1957) et «La rose tatouée» (Londres,1958).

Les années soixante la verront descendre peu à peu du piédestal des génériques cinématographiques. Si «Miracle à Cupertino» (Edward Dmytryk, 1962) ou «Germinal» (Yves Allégret, 1963, dans le personnage de La Maheude imaginé par Zola), «Frenesia dell'estate» (Luigi Zampa, 1963) ou «Bagarre à Bagdad pour X27» (Paolo Bianchini, 1966) ne l'utilisent plus à sa juste valeur, sans parler de «Candy» (Christian Marquand, 1968), une oeuvre peu digne de son immense talent. Pratiquement absente des plateaux lors des vingt dernières années de son existence, Lea Padovani jouera une dernière fois les comtesses dans «La putain du roi» d'Axel Corti (1990) qui sera aussi son ultime apparition à l'écran tandis que sa dernière contribution au “média du pauvre” se fera dans «Cuore du mamma» (1987), un téléfilm distribuée en salles dans certains pays..

Épouse de l'industriel Aldo De Francesco depuis 1970, Lea Padovani succombera à une crise cardiaque. En 2006, Oliver Parker narrera ses relations professionnelle et sentimentale avec Orson Welles, dans le film «Fade to Black» tiré du livre «Dissolvenza al nero» de Davide Ferrario et qui sera interdit en Italie. Si la ville de Rome condescendra à donner son nom à l'une de ses rues, il faudra attendre 2012 pour voir apparaître Le Teatro Comunal Lea Padovani dans sa ville natale de Montalto di Castro dont l'activité incessante rappelle son bon souvenir à ses concitoyens les plus âgés.

Christian Grenier

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1945
L'INNOCENTE CASIMIRO
2
1946
IL SOLE SORGE ANCORA (Le soleil se lèvera encore), d'Aldo VERGANO
 
3
1948
CHE TEMPI! (Quelle époque!)
4
1948
IL RICHIAMO DI DANGUE / CALL OF THE BLOOD, de Ladislao VAJDA, John CLEMENTS
 
5
1948
UNA LETTERE ALL'ALBA (Cocaïne)
6
1948
I CAVALIERI DALLE MASCHERE NERE / I BEATI PAOLI, de Pino MERCANTI
 
7
1949
GIVE US THIS DAY (Donnez-nous aujourd'hui), d'Edward DMYTRYK
 
8
1949
FIAMME SULLA LAGUNA (Alerte à l'arsenal), de Giuseppe Maria SCOTESE
 
9
1950
DUE MOGLI SONO TROPPE
10
1950
ATTO DI ACCUSA (Acte d'accusation)
11
1951
TRE PASSI A NORD / THREE STEPS NORTH
12
1951
LA GRANDE RINUNCIA (Pour le bonheur de sa fille), d'Aldo VERGANO
 
13
1951
I DUE DERELITTI (Les deux gosses), de Flavio CALZAVARA
 
14
1951
ROMA, ORE 11 (Onze heures sonnaient)
15
1952
I FIGLI NON SI VENDONO (Les enfants ne sont pas à vendre), de Mario BONNARD
 
16
1952
TOTÒ E LE DONNE
17
1952
DON LORENZO
18
1953
UNA DI QUELLE / TOTÒ, PEPPINO E… UNA DI QUELLE
19
1953
CINEMA d'ALTRI TEMPI (Drôles de bobines)
20
1953
DONNE PROIBITE (Femmes damnées)
21
1954
AMORI DI MEZZO SECOLO [Sk."Girandola 1910"]
22
1953
GRAN VARIETÀ
23
1953
TEMPI NOSTRI (Quelques pas dans la vie)
24
1954
LA CASTIGLIONE
25
1954
IL SEDUTTORE
26
1954
GUAI AI VINTI
27
1954
NAPOLI È SEMPRE NAPOLI
28
1954
LA TUA DONNA, de Giovanni PAOLUCCI
 
29
1955
LE DOSSIER NOIR
30
1954
CHÉRI-BIBI
31
1955
LA MOGLIE E UGUALE PER TUTTI
32
1955
DIVISIONE FOLGORE, de Duilio COLETTI
 
33
1955
PANE, AMORE E… (Pain, amour, ainsi soit-il)
34
1956
L'INTRUSA
35
1957
OEIL POUR OEIL
36
1957
MONTPARNASSE 19
37
1958
PAN, AMOR Y ANDALUCÍA / PANE, AMORE E ANDALUSIA
38
1960
LA PRINCESSE DE CLÈVES
39
1962
THE RELUCTANT SAINT (Miracle à Cupertino)
40
1963
GERMINAL
41
1963
LA NOIA (L'ennui)
42
1963
FRENESIA DELL'ESTATE
43
1966
IL GIOCO DELLE SPIE (Bagarre à Bagdad pour X-27)
44
1966
UN UOMO A METÀ (Un homme à moitié), de Vittorio De SETA
 
45
1968
CANDY
46
1982
EHRENGARD
47
1990
LA PUTAIN DU ROI
Éd. 9.1.4 : 28-8-2019