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Dwight FRYE (1899 / 1943)

Dwight Frye

Acteur américain, né Dwight Iliff Fry, le 22 février 1899, à Salina (Kansas, U.S.A.). Décédé le 7 novembre 1943, à Hollywood, Los Angeles (Californie, U.S.A.).

Seuls les inconditionnels de l'âge d'or du cinéma fantastique, traditionnellement attachés aux grandes heures des studios Universal, se souviennent encore de ce petit personnage ombrageux et inquiétant qui eut l'insigne honneur – partagé avec Edward Van Sloan – de figurer dans les premiers opus sonores des «Dracula» et «Frankenstein» (1931) de cette compagnie au fameux petit avion tournant autour du globe terrestre.

Il est encore adolescent lorsque sa famille emménage à Denver (Colorado) où il va terminer sa jeunesse. Attiré par la musique, il suit des cours de chant et ne tarde pas à se montrer habile au clavier d'un piano. Secrétaire, à des heures qu'il estime perdues, dans une entreprise de la grande ville, il élargit son horizon artistique en s'inscrivant aux cours d'art drramatique de Margaret Fealy, mère de l'actrice Maude Fealy.

Décrochant ici et là quelques petits boulots, il oeuvre au sein de la troupe d'O. D. Woodward où il a l'opportunité de remplacer un jeune acteur appelé sous les drapeaux. Saisissant sa chance, il grimpe peu à peu dans la hiérarchie des distributions jusqu'au jour. Un beau jour, il se sent armé pour affronter La Grande Pomme où, pense-t-il, Broadway lui tend les bras. Mais il lui faut se contenter d'un petite attibution dans un vaudeville présenté en tournée, «The Magic Glasses» (1920). Deux ans plus tard, alors qu'il se produit dans «Twin Beds», le producteur Brock Pemberton le remarque enfin et lui permet de réaliser son rêve “on Broadway” en lui confiant le personnage d'un fils de cambrioleur dans «The Plot Thickens» (1922).

Ayant définitivement ajouté le "e" final à son patronyme, il enchaîne les pièces («Six personnages en quête d'auteur» de Pirandello en 1922, «Sitting Pretty» en 1924, etc) et accède enfin à un premier rôle avec «A Man's Man» (1925). L'année suivante, prémonitoire, lui fait fouler le même plancher que Bela Lugosi dans quelques représentations de «The Devil in the Cheese», pièce au succès très relatif.

À l'heure de ses premières figurations à l'écran, il croise sur scène une jeune comédienne, Laura Mae Bullivant, qui lui donnera son coeur, sa main et son unique fils, Dwight David. Responsable d'une famille dont il doit assurer le vivre et le couvert, il a du mal à “joindre les deux bouts” et le couple décide d'ouvrir un salon de thé à New York où se croiseront artistes et personnalités de tout ordre. Mais la crise économique qui devait atteindre son point culminant lors du fameux "jeudi noir" (24 octobre 1929) le pousse à partir sur la Côte Ouest. Là-bas, remarqué par un talent scout de la Warner Bros dans la pièce «Rope's End», il débute sérieusement à l'écran en jouant les vilains dans «The Doorway To Hell» (Archie Mayo, 1930).

En 1930, Universal met en chantier la première véritable adaptation du roman de Bram Stocker, «Dracula» (1897). Edward Van Sloan incarnera le Professeur Van Helsing, chasseur de vampires sur la piste du plus sinistre d'entre eux, rôle dévolu à Bela Lugosi. Dwight Frye est retenu pour incarner l'innocent voyageur destiné à être la première victime du sanguinaire héros, tout au moins dans le scénario que s'apprête à tourner Tod Browning. La sanglante morsure le transformera en un être terrifiant, mutation à laquelle l'acteur apportera une dimension inattendue : "Frye est le symbole même de l'être revenu au stade primitif de la sauvagerie" (Jean-Claude Michel, L'Écran Fantastique).

Universal Pictures, profitant de l'émoi suscité par le film, enchaîne avec l'oeuvre la plus connue de Mary Shelley, «Frankenstein or the Modern Prometheus» (1818). Sous la baguette de James Whale, Colin Clive prend les traits de l'éponyme savant qui se prend pour Dieu le Père au point de vouloir donner vie à un assemblage humain sommairement baptisé "le monstre" et personnifié par un acteur de second plan, Boris Karloff. Frye, garçon de laboratoire difforme et tourmenteur, en sera encore la première victime et nul ne songera à le plaindre tant il suintait la méchanceté.

Malgré ces deux prestations majeures dont la critique souligne la qualité, le talent de Dwight Frye ne sera pas correctement exploité par les studios. L'homme se retrouve perdu dans des oeuvres de second ordre – on le reconaîtra même dans un western de série "B", «The Western Code» (1932), face à Tim McCoy – et il faudra attendre «The Vampire Bat» (1933) pour qu'Universal le distribue en simple d'esprit livré à la vindicte populaire. Même dans «L'homme invisible» (James Whale, 1933), on le verra moins que le héros du titre ! L'ami Whale se souviendra toutefois de son potentiel dramatique lorsque qu'il s'agira de créer de toutes pièces «La fiancée de Frankenstein» (1935), faisant de lui l'assistant du Dr. Pretorius venu ressuciter le monstre détruit au terme du précédent opus.

Par la suite, rien ou presque ne viendra nous rappeler l'intensité émotionnelle que Dwight Frye avait su faire naître dans l'imaginaire des spectateurs. Ses apparitions dans «Le fils de Frankenstein» (1939) et «Le spectre de Frankenstein» (1942), pas même créditées au générique, ne semblent être que services rendus à un collègue dans le besoin. Certes, l'homme ne déborde ni d'enthousiasme, ni de jovialité et sa mine patibulaire ne trouvera guère à s'exprimer dans la comédie où il n'apparaîtra qu'à de rares occasions («Florida Special» en 1936, «Something to Sing About» en 1937,…). Le genre fantastique qui le fit connaître ne le replacera plus jamais sur le moindre piédestal («Le fantôme du cirque» en 1939, sous le chapiteau duquel il tourmente une jeune starlette, Rita Hayworth ; «Drums of Fu Manchu» en 1940, un serial où il n'apparaît que dans un seul des 12 épisodes,…).

De santé fragile, Dwight Frye sera exempté de service lorsque son pays s'engagera dans le second conflit mondial. Au tournant des années quarante, il court le cachet désespérément. Les quelquefois où son nom apparaît dans un générique, c'est au profit de sombres compagnies de Powerty Row («Gangs of Chicago» pour Republic Pictures et «Sky Bandits» pour Criterion Pictures Corporation en 1940, «Flying Bild» en 1941 pour la Pine-Thomas Productions,…). Pour le reste, ses modestes contributions («Les bourreaux meurent aussi» de Fritz Lang et autres titres plus ou moins importants) resteront tristement anonymes.

Travaillant de nuit dans une usine de la Lockheed Aircraft Company pour subvenir aux besoins de sa famille tout en soutenant l'effort de guerre, il cherche le jour les occasions d'exercer le métier qu'il aime tant et qui le lui rend si mal. Il nous apparaît prématurément grisonnant et las dans ses dernières compositions («Le vampire, créature du diable» et «Alerte aux sous-marins» en 1943,…). Quelques semaines après la sortie de «Dangerous Blondes» (septembre 1943), il succombe à une crise cardiaque qui le fait définitivement entrer dans la fosse commune des acteurs injustement oubliés.

Christian Grenier

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1930
THE DOORWAY TO HELL (Auseuil de l'enfer)
2
1930
MAN TO MAN
3
1931
DRACULA
4
1931
THE MALTESE FALCON (Le faucon maltais), de Roy Del RUTH
 
5
1931
FRANKENSTEIN
6
1932
ATTORNEY OF THE DEFENSE, d'Irving CUMMINGS
 
7
1932
BY WHOSE HAND?, de Benjamin STOLOFF
 
8
1932
THE WESTERN CODE, de John P.McCARTHY
 
9
1932
A STRANGE ADVENTURE, de Phil WHITMAN
 
10
1933
THE VAMPIRE BAT
11
1933
THE CIRCUS QUEEN MURDER, de Roy William NEILL
 
12
1935
THE BRIDE OF FRANKENSTEIN (La fiancée de Frankenstein)
13
1935
ATLANTIC ADVENTURE, d'Albert S.ROGELL
 
14
1935
TOUGH GUY (Le défenseur silencieux) [Non crédité]
15
1936
FLORIDA SPECIAL, de Ralph MURPHY
 
16
1936
ALIBI FOR MURDER, de D.Ross LEDERMAN
 
17
1936
BEWARE OF LADIES, d'Irving PICHEL
 
18
1937
THE MAN WHO FOUND HIMSELF (L'homme qui se retrouve), de Lew LANDERS
 
19
1937
THE SHADOW (Le fantôme du cirque)
20
1938
FAST COMPANY (Règlements de compte), d'Edward BUZZELL
 
21
1938
ADVENTURE IN SAHARA, de D.Ross LEDERMAN
 
22
1939
THE MAN IN THE IRON MASK (L'homme au masque de fer) [Non crédité]
23
1940
DRUMS OF FU MANCHU, de William WITNEY, John ENGLISH, de William WITNEY, John ENGLISH (&sr12;)
 
24
1940
GANGS OF CHICAGO
25
1940
PHANTOM RAIDERS
26
1940
SKY BANDITS, de Ralph STAUB
 
27
1941
MYSTERY SHIP, de Lew LANDERS
 
28
1942
HANGMEN ALSO DIE (Les bourreaux meurent aussi) [Non crédité]
29
1943
DEAD MEN WALK (Le vampire, créature du diable)
30
1943
SUBMARINE ALERT (Alerte aux sous-marins), de Frank McDONALD [Non crédité]
 
31
1943
FRANKENSTEIN MEETS THE WOLF MAN (Frankenstein rencontre le loup-garou)
32
1943
DANGEROUS BLONDES, de Leigh JASON [Non crédité]
 
Éd. 9.1.4 : 8-9-2019