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Karen MORLEY (1909 / 2003)

Karen Morley

Actrice américaine, née Mildred Linton, le 12 décembre 1909, à Ottumwa (Iowa, U.S.A.). Décédée le 8 mars 2003, à Woodlands Hills, Los Angeles (Californie, U.S.A.).

On sait finalement peu de choses quant aux origines de cette actrice, aujourd'hui bien oubliée, si ce n'est qu'elle fut adoptée très tôt par une famille bourgeoise. Elle est toute jeune adolescente lorsqu'on lui découvre les premiers symptomes d'une tuberculose. La crainte de la maladie obligea son entourage à s'installer sur la côte ouest, à Los Angeles plus précisément, pour faire bénéficier la fragile enfant du chaud soleil californien.

Jeune fille, elle entre dans l'enseignement secondaire à la Hollywood High School avant de s'inscrire à la fameuse U.C.L.A. (University of California, Los Angeles) ou elle entame des études de médecine et s'initie à l'art dramatique. Devenue membre de la Pasadena Playhouse Community, elle oeuvre comme éclairagiste, bruiteuse, peintre-décoratrice… et comédienne lorsque l'occasion se présente. Approchée par la 20th Century-Fox, elle apparaît comme figurante dans un premier film, «Thru Different Eyes» (1929).

Mais c'est la Metro-Goldwyn-Mayer qui lui donne sa véritable chance. Remarquée et retenue par Clarence Brown à la recherche d'une doublure pour remplacer Greta Garbo dans des scènes de répétitions et de réglages techniques, elle se voit offrir un rôle secondaire face à la "Divine" dans «L'inspiratrice» (1931). Dès lors, sous le nom de Karen Morley, c'est au sein de la célèbre compagnie au lion rugissant que la nouvelle starlette gagnera ses galons d'actrice («Never The Twain Shall Meet», «Rumba, chanson des îles»,…), sinon de vedette, un statut qu'elle n'atteindra pas véritablement.

Le visage allongé rarement barré d'un sourire, ne se reconnaissant pas d'une beauté troublante, elle donnera davantage dans le drame que dans la comédie. À nouveau partenaire de Garbo dans «Mata Hari» (1931), elle fréquente à ses côtés la bôite nuit ou s'exhibe la belle espionne. Dans la foulée, Howard Hawks l'habille en Polly, la maîtresse d'Antonio Carmonte, alias «Scarface» (1932), personnage librement inspiré de celui qui est alors le roi de la pègre, Al Capone, et dont il partage le pseudonyme. L'année 1932 sera celle des espérances pour Karen qui sera à l'affiche de 9 films. Premier rôle féminin dans «Arsène Lupin», elle s'y frotte sans complexe aux frères Barrymore. Femme fatale, elle poussera l'aîné, devenu sénateur, au mariage et l'entraînera vers la corruption, dans «The Washington Masquerade». Encore plus vénale dans «Une femme survint» de John Ford (1932), elle piège le gros coeur de Wallace Beery avant de lui faire un bébé dans le dos et de lui en faire avaler la paternité !

Sur le plateau du «Masque d'or» (1932), elle fait la connaissance de Charles Vidor, qui dirige quelques scènes pour lesquelles il ne sera pas crédité. D'origine hongroise, membre d'un groupe anti-fasciste, ce dernier lui dévoile ses idées socialistes avant de l'épouser à l'insu de la presse et des studios (novembre 1932). Le couple aura un enfant, Michael (1933/2000). Dès lors, Karen Morley militera régulièrement dans des associations dites “de gauche” en faveur d'une plus grande justice sociale. Tout ceci ne plait guère aux moguls du studio qui, malgré le succès de «Gabriel Over the White House» (1933),dénoncent son contrat à l'issue du tournage des «Invités de 8 heures» (1933). Notre jeune mariée travaillera désormais en “free lance”

Mrs.Vidor goûte sa liberté imposée sous la houlette de son homonyme à l'état civil, King Vidor, qui, bien que conservateur, ne s'en soucie pas moins, en ces temps de crise économique, du sort des petites gens avec lesquelles il nous invite à partager «Notre pain quotidien» (1934) au sein d'une coopérative agricole. Les problèmes politiques et les relations de classe semblent avoir les préférences de l'actrice («Dix dollars d'augmentation», 1935). Elle s'entiche d'un syndicaliste en lutte au plus fort de la «Furie noire» (1935) qui pousse un groupe de mineurs à entrer en conflit avec ses employeurs. Pour autant, «La petite rebelle» (1935), ce n'est pas elle mais la poupée Shirley Temple dans un film d'hommes où Karen ne tient somme toute qu'une place modeste.

Véritable John Garfield en jupons, membre du Parti travailliste américain formé en 1936 par les disciples les plus convaincus de la politique sociale de Franklin Delano Roosevelt, l'actrice s'engage de plus en plus clairement dans l'action politique au détriment de son parcours professionnel et seule sa participation au film de Robert Leonard, «Orgueil et préjugés» (1940), lui offrira quelques ultimes satisfactions professionnelles. Au début des années quarante, séparée de Charles Vidor dont elle divorcera en 1943, elle se produit à Broadway («The Walrus and the Carpenter» en novembre 1941, «Hedda Gabler» en janvier et février 1942, «Little Darling» en octobre et novembre 1942). Après une courte liaison avec l'acteur Robert Young, elle s'associe avec son collègue et condisciple Lloyd Gough pour mener une campagne de syndicalisation des ouvriers de l'industrie du tabac, avant de faire de lui son second et dernier époux (1943/1984).

Peu après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le sénateur du Wisconsin Joseph McCarthy entame une série de manoeuvres visant à purger l'administration américaine de ses représentants les plus réformistes. En 1952, désignée par certains de ses collègues (dont Robert Taylor et Sterling Hayden) pour avoir des engagements politiques incompatibles avec la sécurité de L'Oncle Sam, Karen Morley est convoquée, de même que son mari, devant le Comité des Activités Anti-Américaines. Refusant de s'exprimer, en invoquant le 5ème amendement, sur son éventuelle appartenance au Parti Communiste Américain elle compromet définitivement son avenir artistique. Candidate malheureuse au poste de gouverneur adjoint de l'état de New York (1954) pour le compte du Parti Travailliste, elle ne reviendra plus au cinéma que pour un western monté par une petite compagnie indépendante, «Born To Be Saddle» (1953). Plus active au petit écran (séries «Kojak», «Kung Fu», «Police Woman», …), elle acceptera une participation à un téléfilm pourtant produit par l'ennemi libéral, les Studios Disney, dans le téléfilm «Of Men and Women» (1973). Elle aurait pu apparaître une dernière fois dans le documentaire historique «The Great Depression» (1992) si son interview n'avait été retirée du montage final.

Retirée à Santa Monica, Karen Morley aura la douleur de voir partir son fils Michael, trois avant qu'elle même ne succombe à une pneumonie, au Motion Picture Country House de Woodlands Hills, l'hôpital des travailleurs du septième art et de la télévision de Los Angeles.

Christian Grenier

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1931
INSPIRATION (L'inspiratrice)
2
1931
NEVER THE TWAIN SHALL MEET
3
1931
THE CUBAN LOVE SONG (Rumba, chanson des îles), de Woody S.Van DYKE
 
4
1931
MATA HARI
5
1932
SCARFACE, SHAME OF A NATION (Scarface)
6
1932
ARSENE LUPIN
7
1932
ARE YOU LISTENING?
8
1932
MAN ABOUT TOWN, de John Francis DILLON
 
9
1932
THE WASHINGTON MASQUERADE, de Charles BRABIN
 
10
1932
DOWNSTAIRS (Le nouveau chauffeur) [Non créditée]
11
1932
THE PHANTOM OF CRESTWOOD (Le fantôme de Crestwood), de J.Walter RUBEN
 
12
1932
THE MASK OF FU MANCHU (Le masque d'or)
13
1932
FLESH (Une femme survint)
14
1933
GABRIEL OVER THE WHITE HOUSE
15
1933
DINNER AT EIGHT (Les invités de 8 heures)
16
1934
OUR DAILY BREAD (Notre pain quotidien)
17
1934
STRAIGHT IS THE WAY, de Paul SLOANE
 
18
1934
WEDNESDAY's CHILD (Le foyer qui s'éteint)
19
1935
BLACK FURY (Furie noire)
20
1935
$10 RAISE (Dix dollars d'augmentation), de George MARSHALL
 
21
1935
THE HEALER / LITTLE PAL
22
1935
THUNDER IN THE NIGHT, de George ARCHAINBAUD
 
23
1935
THE LITTLEST REBEL (La petite rebelle)
24
1936
DEVIL's SQUADRON, d'Erle C.KENTON
 
25
1937
OUTCAST
26
1937
THE LAST TRAIN FROM MADRID (Le dernier train de Madrid)
27
1937
ON SUCH A NIGHT, d'Ewald André DUPONT
 
28
1940
PRIDE AND PREJUDICE (Orgueil et préjugés)
29
1945
JEALOUSY, de Gustav MACHATÝ
 
30
1946
THE UNKNOW, de Henry LEVIN
 
31
1946
THE THIRTEENTH HOUR, de William CLEMENS
 
Éd. 9.1.4 : 28-9-2019