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Mario ADORF (1930)

Mario Adorf

Acteur suisse, né le 8 septembre 1930, à Zurich (Canton de Zurich, Suisse).

Fils non reconnu de Matteo Menniti, un chirurgien italien (calabrais), qu'il ne rencontrera qu'une seule fois au cours de sa vie, Mario Adorf fut élevé par sa mère célibataire Alice Adorf, une assistante-radiologue alsacienne allemande, dans la petite ville de Mayen, au sud de Coblence. C'est donc sur les premières pentes de l'Eifel que l'enfant usa ses culottes courtes tout autant que sur les bancs de l'école communale.

Son adolescence fut évidemment marquée par les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale. Chef-lieu d'arrondissement jusqu'en 1973, la cité subît de terribles bombardements en décembre 1944, alors que le jeune homme figurait parmi les derniers embrigadés dans les Jeunesses Hitlériennes, triste expérience qui le forgera dans ses convictions antifascistes et démocratiques pour le restant de son existence. C'est au Kammerspile de la métropole bavaroise, sous la direction de Fritz Kortner et Hans Schweikart, qu'il se produira dans quelques rôles secondaires du répertoire classique («Les Perses» en 1961,…) ou moderne («Un tramway nommé Désir" en 1962,…).

Diplôme de fin d'études secondaires en poche, il intègre l'université de Mayence (1950) où il suit des cours de philosophie, d'histoire, de musique et même de criminologie. Parallèlement, il y découvre l'art dramatique avec enthousiasme et tient à l'occasion quelques petits rôles. En 1953, installé à Zurich, il occupe la fonction d'assistant metteur en scène au théâtre Schauspielhaus pour lequel il s'autorise parfois quelques figurations, avant de rejoindre l'Otto-Falckenberg-Schule de Munich et découvrir tout les secrets du métier de comédien (1954/1955).

Entre-temps, le septième art lui aura ouvert ses portes par le biais de la trilogie de Paul May qui le fera passer du rang de simple troufion («08/15» en 1954) au grade de sous-officier («08/15 Go Home» en 1955). Dès 1957, il joue les maraudeurs sans scrupules face à Horst Bucchholz et Romy Schneider en quête d'«Un petit coin de paradis». Révélé au grand public grâce à sa composition de tueur psychopate dans «Les SS frappent la nuit» (Robert Siodmak, 1957) qui lui vaut le prix du meilleur espoir du cinéma allemand de l'année, il promènera son imposante stature dans des rôles de simples d'esprit («Le médecin de Stalingrad» en 1958,…) ou de brutes épaisses («Les mutins du Yorik» en 1959,«Opération coffre-fort» en 1960,…), en premier lieu dans ce cinéma germanique d'après-guerre aux ambitions démonstratives muselées («La fille Rosemarie» en 1958, «Le gang descend sur la ville» en 1959,…).

À l'aube des “sixties”, le cinéma allemand, empêtré dans ses “heimatfilms”, est au creux de la vague. On chante et l'on danse dans des fantaisies familiales où la force et le vice n'ont pas leur places. Mario Adorf s'internationalise, tout d'abord dans une paire de nos co-productions hexagonales («Qui êtes-vous Monsieur Sorge ?» en 1960, «Le goût de la violence» en 1961). Époux de sa compatriote Lis Verhoeven de 1962 à 1964 rencontrée sur le tournage du téléfilm «Nachtasyl» (1960) – ce qui en fait pour un temps le beau-frère du réalisateur Michael Verhoeven –, il se fait fort de mater «La révolte des Indiens Apaches» (1963) dans la coproduction germano-yougo-italienne qui constitue le premier volet de la saga des «Winnetou» : sa brutalité, ayant entraîné la mort du père et de la soeur du guerrier enturbanné, lui vaudra longtemps un courrier des plus vindicatifs ! Il n'en ressucitera pas moins, tout aussi inquiétant, lorsque sera venue l'heure du dernier combat (2016).

Le couple Adorf, accompagné de sa petite Stella (née en 1963), s'installe alors à Rome (Italie) où l'acteur résidera une bonne trentaine d'années. Son profil, taillée à la hache, fera merveille dans des comédies satiriques («Annonces matrimoniales» en 1963,…) ou libertines («Une rose pour tous» en 1966,…) et des films d'aventures («La grande chevauchée de Robin des Bois» en 1970,…) tout en montrant ses plus beaux atours dans une série de personnages patibulaires qui l'auront porté au devant de l'écran («Le spécialiste» en 1969,«Police connection» en 1972,…). Hollywood ne l'aura pas oublié, qui en fit le sergent Gomez aux ordres du courageux «Major Dundee» imaginé par Sam Peckinpah (1965), mais notre homme sentit le piège de l'enfermement dans des rôles de mexicains révolutionnaires ou autres combattants exotiques armés jusqu'aux dents !

La décennie montante marque le renouveau du cinéma allemand et des réalisateurs comme Edgar Reitz («Die reise nach Wien», 1973, Prix Ernst Lubitsch 1974), Peter Fleischmann («La faille», 1974), Volker Schloendorff («L'honneur perdu de Katharina Blum» en 1975, «Le tambour» en 1979), Rainer Werner Fassbinder («Lola, une femme allemande», 1981), osent enfin filmer ce qui fâche. Ils n'hésiteront pas à organiser le rapatriement professionnel de notre héros qui, après son divorce et sa liaison avec le mannequin français Monique Faye (qu'il épousera en 1985), renouera avec sa langue natale. Même Michael Verhoeven, peu soucieux des convenances familiales, l'invitera à donner la réplique à son épouse dont il filme toute la grâce («Mitgift», 1975).

À l'instar d'un Depardieu chez nous, Mario Adorf est devenu un acteur trop imposant pour se suffire de costumes étriqués. Les grands personnages historiques sont désormais dans ses cordes : Mussolini («L'affaire Matteoti» en 1973), le futur pape Grégoire IX («Francesco», 1979), le déjà pape Urbain VIII («Marie Ward - Zwischen Galgen und Glorie», 1985)… et tout dernièrement Karl Marx (le docudrame «Karl Marx, der deutshe Prophet» , 2018) prennent ses traits auquels l'immense acteur qu'il est devenu apporte toute sa force de conviction.

Les honneurs vinrent régulièrement couronner le travail de cette icone du cinéma italo-germanique : outre les bibelots déjà évoqués, il rangera sur ses étagères le Bambi du meilleur acteur 1978 pour sa composition dans «La vedette» (1977), la Cassette d'Or 1992 du meilleur acteur son rôle dans «Pizza Colonia» (1991), le certificat du meilleur acteur de l'année pour avoir si bien tenu le café «Rossini» en 1996… ainsi qu'une paire de babioles en guise de remerciements pour sa contribution à l'art cinématographique de sa terre d'adoption (Bambi d'honneur et Prix honorifique du Festival International du Film de Locarno en 2016).

La télévision ne pouvait rester indifférente à sa longévité artistique. Drames («I ragazzi della via Pál" en 2003,…), fantaisies («Fantaghirò», 1991), comédies («Maus und Katz», 1993) et récits nostalgiques («Les tilleurs de Lautenbach», 1983) jalonneront ce nouvel aspect de sa carrière, ornée par le Gepetto détendu d'un «Pinocchio» tardif (2013).

Artiste polymorphe, Mario Adorf succombera à son désir d'écriture au travers de quelques romans et récits plus ou moins autobiographiques («Der Mäusetöter» en 1992, «Avec une aiguille nue» en 2005, «Un homme joue pour sa vie» en 2010,…, se découvrira tardivement des envies de chanter, lira Maupassant en salles comme en studio et ne dédaignera pas donner dans le One Man Show, la nonantaine approchante.

C'est donc en toute modestie qu'il peut résumer son parcours, dans un sursaut d'égo qu'on lui pardonnera : «Ça aurait pu être pire !» (2019).

Christian Grenier
Jouer les méchants…

"Le voleur est un rôle intéressant en soi…

Je n'aime pas les méchants en tant qu'êtres humains, en tant que personnages, mais je sais ce qu'ils donnent, alors j'aime leur prêter mon corps, mon visage".

Mario Adorf

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1954
08/15 (Zéro huit quinze), de Paul MAY
 
2
1955
08/15 - IN DER HEIMAT (08/15 go home)
3
1957
ROBINSON SOLL NICHT STERBEN (Un petit coin de paradis)
4
1957
NACHTS, WENN DER TEUFEL KAM (Les SS frappent la nuit)
5
1958
DER ARZT VON STALINGRAD (Le médecin de Stalingrad)
6
1958
DAS MÄDCHEN ROSEMARIE (La fille Rosemarie)
7
1959
DAS TOTENSCHIFF (Les mutins du Yorik)
8
1959
AM TAG ALS DER REGEN KOMMT (Le gang descend sur la ville)
9
1960
BUMERANG (Opération coffre_fort)
10
1960
MEIN SCHULFREUND
11
1960
SCHACHNOVELLE (Le joueur d'échecs)
12
1960
QUI ÊTES-VOUS MONSIEUR SORGE?
13
1960
LE GOÛT DE LA VIOLENCE
14
1961
A CAVALLO DELLA TIGRE (À cheval sur le tigre)
15
1962
LULU (Les liaisons douteuses)
16
1962
STATION 6-SAHARA (La blonde de la station 6), de Seth HOLT
 
17
1963
WINNETOU TEIL I (La révolte des indiens apaches)
18
1963
LA VISITA (Annonces matrimoniales)
19
1963
DER LETZTE RITT NACH SANTA CRUZ (La chevauchée vers Santa Cruz)
20
1964
DIE GOLDSUCHER VON ARKANSAS (Les chercheurs d'or de l'Arkansas)
21
1964
ESTAMBUL 65 / OPERACIÓN ESTAMBUL (L'homme d'Istanbul)
22
1965
MAJOR DUNDEE
23
1965
GUERRE SECRÈTE / DIRTY GAME / LA GUERRA SEGRETA
24
1965
TEN LITTLE INDIANS (Dix petits indiens)
25
1965
LE SOLDATESSE (Des filles pour l'armée)
26
1965
IO LA CONOSCEVO BENE (Je la connaissais bien)
27
1966
OPERAZIONE SAN GENNARO
28
1966
UNA ROSA PER TUTTI (Une rose pour tous)
29
1967
QUESTI FANTASMI (Fantômes à l'italienne)
30
1967
LE DOLCI SIGNORI (Pas folles, les mignonnes)
31
1968
…E PER TETTO UN CIELO DI STELLE (Ciel de plomb)
32
1969
GLI SPECIALISTI (Le spécialiste)
33
1969
LA TENDA ROSSA / KRASNAIA PALATKA (La tente rouge)
34
1969
CRAN D'ARRÊT
35
1969
DIE HERREN MIT DER WEISSEN WESTE
36
1970
DEADLOCK, de Roland KLICK
 
37
1970
L'ARCIERE DI FUOCO (La grande chevauchée de Robin des Bois)
38
1971
LA CORTA NOTTE DELLE BAMBOLE DI VETRO / MALASTRANA
39
1971
LA VIOLENZA: QUINTO POTERE (Les maffiosi), de Florestano VANCINI
 
40
1972
MILANO CALIBRO 9
41
1972
LA POLIZIA RINGRAZIA (Société anonyme anti-crime), de Stefano VANZINA/STENO
 
42
1972
KÖNIG, DAME, BUBE (Roi, dame, valet)
43
1972
LA MALA ORDINA (Police connection)
44
1972
LE AVVENTURE DI PINOCCHIO (Les aventures de Pinocchio), Téléfilm distribué en salles dans certains pays
45
1972
SANS SOMMATION
46
1973
IL DELITTO MATTEOTI (Giacomo Matteoti)
47
1973
DIE REISE NACH WIEN
48
1974
LA POLIZIA CHIEDE AIUTO (La lame infernale)
49
1974
PROCESSO PER DIRETISSIMA, de Lucio De CARO
 
50
1974
LA FAILLE
51
1975
DIE VERLORENE VON KATHARINA BLUM (L'honneur perdu de katharina blum)
52
1975
CUORE DI CANA (Coeur de chien), d'Alberto LATTUADA
 
53
1977
GEFUNDENES FRESSEN
54
1977
IO HO PAURA (Un juge en danger)
55
1977
DER HAUTDARSTELLER (La vedette), de Reinhard HAUFF
 
56
1979
DIE BLECHTROMMEL (Le tambour)
57
1981
LOLA (Lola, une femme allemande)
58
1985
MARIE WARD-ZWISCHEN GALGEN UNG GLORIE, d'Angelika WEBER
 
59
1985
THE HOLCROFT COVENANT (Le pacte Holcroft)
60
1986
MOMO
61
1986
LA RAGAZZA DEI LILLÀ, de Flavio MOGHERINI
 
62
1987
NOTTE ITALIANA (Nuit italienne), de Carlo MAZZACURATI
 
63
1987
VADO A RIPRENDERMI IL GATTO
64
1988
I RAGAZZI DI VIA PANISPERNA
65
1990
CAFE EUROPA (Café Europa), de Franz Xaver BOGNER
 
66
1991
PIZZA COLONIA: SOFFICE O CROCCANTE? DE , de Klaus EMMERICH
 
67
1993
ABISSINIA
68
1996
ALLES NUR TARNUNG
69
1996
ROSSINI, de Helmut DIETL
 
70
2005
ES IST EIN ELCH ENTSPRUNGER, de Ben VERBONG
 
71
2012
DIE LIBELLE UND DAS NASHORN, de Lola RANDI
 
72
2013
DIE ERFINDUNG DER LIEBE, de Lola RANDL
 
73
2013
DER LETZTTE MENTSCH (Le dernier des hommes), de Pierre-Henry SALFATI
 
74
2016
SCHUBERT IN LOVE, de Lars BÜCHEL
 
75
2016
WINNETOU, DER LETZTE KAMPF, de Philipp STÖLZL
 
Éd. 9.1.4 : 9-10-2019