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Marie-José NAT (1940 / 2019)

Marie-José Nat

Actrice française, née Marie-José Benhalassa, à Bonifacio (Corse, France). Décédée le 10 octobre 2019, à Paris (Île-de-France, France).

Fille d'un militaire d'origine kabyle et d'une bergère corse, Marie-José Benhalassa est la cadette d'une modeste famille de 5 enfants. À 15 ans, elle se présente à un concours organisé par un magazine en vue de fournir une partenaire féminine au comédien-chanteur Jean-Claude Pascal qui s'apprête à “tourner” un roman-photo. Sélectionnée, elle quitte l'Île de Beauté pour s'installer à Paris, accompagnée par sa famille compte tenu de son jeune âge. Sur place tout ce petit monde s'installe pour un temps dans une paire de chambres d'hôtel tandis que papa accepte un poste de gardien de nuit. Ses jolies nattes subjuguent tant son partenaire qu'il lui suggère ce pseudonyme sous lequel elle nous apprendrons à la connaître…

Cover-girl, mannequin de haute couture, l'ambitieuse adolescente s'inscrit au cours d'art dramatique de René Simon et fait sa première apparition à l'écran dans un court-métrage de Gilles Margaritis, «Soir de réveillon», aux côtés de Sami Frey et Achille Zavatta. Quelques petits rôles s'ensuivent («Club de femmes», 1956), sans qu'elle soit toujours créditée au générique («Crime et châtiment», 1956). «Donnez-moi ma chance» réclame-t-elle à Léonide Moguy (1957) dans une oeuvrette réaliste dont l'héroïne (Michèle Mercier), rêvant de devenir une vedette de cinéma, s'installe à Paris après… avoir gagné un concours organisé par un magazine de la presse spécialisé, en l'occurence "Cinémonde" !

Sa chance, elle la saisira lorsque, retenue pour camper Madame de La Fontaine dans le téléfilm «Les 5 tentations de La Fontaine», elle est remarquée par Raymond Rouleau qui cherche une remplaçante à Mylène Demongeot dans la pièce qu'il met en scène et interprète au Théâtre Édouard VII, «Virage dangereux». Engagée, elle obtient à cette occasion son premier grand succès personnel. Dans la foulée, son activité sur les planches et les plateaux de télévision («Un procès», «La nuit de Tom Brown»,…) la font désigner comme la meilleure comédienne de l'année. Séduit à son tour, Jean Gabin suggère son nom à Denys de La Pattelière et les deux hommes accueillent la charmante demoiselle dans la «Rue des prairies» (1959) où, rangé des voitures, notre célèbre Pépé le Moko vieillissant accepte enfin son âge et son premier rôle de père d'une famille judicieusement complétée par Claude Brasseur et – de la cuisse gauche – par Roger Dumas. Distribution “incestueuse” dans ses conséquences civiles puisque Marie-José et Roger s'unieront devant Monsieur le Maire pour une courte période (juillet 1960 / janvier 1961).

Car, sur le tournage d'«Amélie ou le temps d'aimer», Marie-José Nat croise le chemin d'un jeune metteur en scène, Michel Drach, dont elle ne tade pas à tomber amoureuse. Un couple se défait, un autre se forme. Marie-José parfait ainsi son «Éducation sentimentale» (Alexandre Astruc, 1961) pendant quelques années, avant d'entrer officiellement, de 1964 à 1981, dans une «Vie conjugale» (André Cayatte, 1963) plus conforme aux convenances de l'époque. Le couple aura trois enfants : David (1965), Julien (1973) et Aurélien (1975). Mais il donnera surtout quelques-uns des plus beaux fruits du cinéma intimiste français de son temps, une fois concédés les devoirs commerciaux que constituent «La bonne occase» (1964) et «Safari Diamants» (1966).

Mais n'allons pas trop vite en perspectives et intéressons-nous au préalable à cette étude de moeurs que constitue «Le journal d'une femme en blanc» (1965). Sur des thèmes alors délicats, la contraception féminine et l'avortement, Claude Autant-Lara donne un petit coup de pouce au Planning Familial, ce dont on ne saurait se plaindre, même si l'on peut regretter une écriture par moments trop démonstrative. Il n'en demeure pas moins que, adroitement interprété, "le film est beau parce qu’il est le produit d’une nécessité" (Michel Ciment, Positif, n°72, décembre 1965).

Actrice exigeante et militante, Marie-José Nat manie «L'opium et le bâton» (Ahmed Rachedi, 1969) avec la même détermination, incarnant une femme kabyle dans un village rasé par les forces françaises pour avoir abrité des “fellaghas”. Dirigée par son époux dans «Élise ou la vraie vie» (1969), elle insiste dans le "mal-pensant culturel" en tombant amoureuse, ouvrière d'usine, d'un collègue de travail lié au Front de Libération Nationale, s'attirant ainsi les foudres de ce parti de l'Ordre Nouveau qui ne retiendra pas l'idée de Libération dans sa future appellation. Quatre années plus tard, lorsqu'il s'agira pour lui de raconter son enfance de jeune Juif sous l'Occupation, le cinéaste fera à nouveau appel à son épouse pour incarner sa mère et payer «Les violons du bal», tandis que leur fils le représentera à l'écran. Douce mais poignante, l'actrice sera honorée de la Palme d'Or de la meilleure actrice au Festival de Cannes 1974 pour la qualité de sa composition.

Après une gentille comédie comme sait les faire Michel Boisrond, «Dis moi que tu m'aimes» (1974), Marie-José Nat écrira, toujours sous la dictée de son époux, une nouvelle page familiale au «Passé simple» (1977), conjuguée avec Victor Lanoux. Hélas, le futur du couple civil se compliquera par le coup de foudre qui frappera les deux protagonistes sous la caméra médusée de leur professeur imprudent.

La suite de la carrière cinématographique de l'actrice restera autant éclectique (italienne avec «La désobéissance» et hongroise avec «Une mère, une fille» en 1981, vénézuélienne avec «Río Negro» en 1990, flamande avec «Train de vie» en 1997) que parcimonieuse, et remercions Jean-Pierre Mocky – qui en fit l'héroïne de «Litan» en 1981 – et Hariel Zeitoun – qui l'habilla une dernière fois en mère juive dans «Le nombril du monde» (1993) de nous avoir rappelé à quel point cette actrice fut aussi belle derrirere son regard fragile qu'émouvante dans la retenue de son jeu.

Au petit écran, celle-ci nous laisse également quelques compositions mémorables, comme la série «Les gens de Mogador» (1970), le téléfilm «Les Rosenberg ne doivent pas mourir» (1975)… jusqu'à cette «Terre indigo» (Jean Sagols, 1995) qu'elle foula en compagnie de Francis Huster. Sur scène, outre les titres déjà cités, elle fut dirigée par Jean-Claude Brialy en 1984 dans une reprise de la pièce de Sacha Guitry, «Désiré».

Séparée de Victor Lanoux en 1990, Marie-José Nat devient alors l'épouse accompagnatrice de Serge Rezvani (2005), romancier iranien et parolier de célèbres chansons pour Jeanne Moreau («Le tourbillon de la vie», «J'ai la mémoire qui flanche»,…) auprès de qui elle partagea le reste de son existence entre Bonifacio et Paris, où la mort devait l'emporter récemment "…au terme d'une longue maladie".

En 2006, elle recevait des mains de Jacques Chirac la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur. L'actualité les rassemble aujourd'hui une dernière fois et l'automne 2019 commence bien mal…

Christian Grenier

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1956
CRIME ET CHÂTIMENT [Non créditée]
2
1956
CLUB DE FEMMES
3
1957
DONNEZ-MOI MA CHANCE / PIÈGE À FILLES
4
1957
ARÈNES JOYEUSES
5
1959
VOUS N'AVEZ RIEN A DECLARER?
6
1959
RUE DES PRAIRIES
7
1959
VIVE LE DUC!, de Jean-Marc LANDIER, Michel ROMANOFF, Pierre LÉVIE
 
8
1960
LA FRANÇAISE ET L'AMOUR [Sk."le mariage"]
9
1960
LA VÉRITÉ
10
1960
LA MENACE
11
1960
AMÉLIE OU LE TEMPS D'AIMER, Sorti en 1963
12
1961
ÉDUCATION SENTIMENTALE
13
1963
LA VIE CONJUGALE
14
1964
LA BONNE OCCASE
15
1965
LE JOURNAL D'UNE FEMME EN BLANC
16
1966
SAFARI DIAMANTS
17
1966
DACII (Les guerriers)
18
1968
JAQUE MATE / LAGO / LE PARIA
19
1969
L'OPIUM ET LE BÂTON, d'Ahmed RACHEDI
 
20
1969
ÉLISE OU LA VRAIE VIE
21
1972
EMBASSY (Baraka à Beyrouth)
22
1973
KRUISWEGSTRAAT 6 (6, rue du calvaire), de Jean DASKALIDÈS
 
23
1973
LES VIOLONS DU BAL
24
1974
DIS-MOI QUE TU M'AIMES
25
1977
LE PASSÉ SIMPLE
26
1981
ANNA (Une mère, une fille), de Márta MÉSZÁROS
 
27
1981
LITAN
28
1993
LE NOMBRIL DU MONDE
29
2004
LE CADEAU D'ELENA
Éd. 9.1.4 : 13-10-2019