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Billy GILBERT (1894 / 1971)

Billy Gilbert

Acteur américain, né William Gilbert Barron, le 12 septembre 1894, à Louisville (Kentucky, U.S.A.). Décédé le 23 septembre 1971 à Hollywood, Los Angeles (Californie, U.S.A.).

On ne peut nier que Billy Gilbert fit montre d'une vocation précoce puisqu'il vint au monde dans la loge d'un théâtre où ses parents se produisaient : son père était ténor et sa mère danseuse pour la Metropolitan Opera Company. Dès ses douze ans, Billy se produit sur scène, tour à tour chanteur, danseur et comédien. Stan Laurel le repère dans le spectacle «Sensations of 1929» où l'un des sketches les plus réussis le voit éternuer de façon si spectaculaire qu'il inspirera Walt Disney pour le personnage de Sneezy (Atchoum dans la version française) dans «Blanche Neige et les sept nains» (1937) dont Billy Gilbert sera la voix originale. En attendant cette consécration, Laurel le présente à Hal Roach qui l'engage aussitôt comme gagman et comédien. Costaud et balourd, voix de basse, sourcils broussailleux, tignasse hirsute, avec ou sans moustache, il peut parfaitement jouer un citoyen russe – en hommage à ses racines familiales – ou germanique –  nommé Meyer Schmaltz, Captain Schmaltz ou Von Smaltz dans une série de courts métrages de 1933. Son exubérance lui permet d'imiter à loisir d'autres accents –  italien, français, espagnol  – sans parler des grecs d'opérette, avec d'ailleurs des variations cocasses sur le nom : il s'appelle Popadopolis dans «Radio-crochet» (1935), Poppupoppalas dans «Haute tension» (1936), Papalapoulas dans «Mademoiselle a disparu» (1938) ou Popopopoulos dans «Une nuit à Lisbonne» (1941) ! Le temps de paraître dans plus de deux cents titres – dont près de la moitié sont des courts-métrages – ce ne sont pas les compositions fantaisistes qui manquent.

Comparse de Laurel et Hardy dans sept courts et deux longs métrages, il a bien mérité du cinéma burlesque. D'abord imberbe, il joue un ivrogne dans «Un bon tour» (1931), un escroc dans «Marchands de poisson» (1932) et un mari jaloux dans «Prenez garde au lion» (1932), film où il s'imagine que Hardy est l'amant de son épouse alors qu'Ethel est le prénom d'un chimpanzé ! «Têtes de pioche» (1938) développe le même emploi mais cette fois le jaloux est un explorateur vaniteux qui se prétend chasseur de mammouths : le plan final est irrésistible qui le voit tirer à vue sur nos deux compères pendant que jaillissent de toutes les fenêtres des amants effrayés. Beau-père ombrageux dans «Les sans-soucis» (1932), il y a recours à la même extrémité lorsqu'il s'aperçoit qu'une bévue de Laurel a ruiné le mariage de sa fille. Spécialiste de la goutte dans «Les joyeux compères» (1934), il soignait déjà Hardy dans «County Hospital» (1932), du moins jusqu'à l'arrivée de Laurel qui déclenche une série de catastrophes dont la moindre n'est pas la défenestration de l'ami Billy. Après quoi, le fait que Laurel s'obstine à l'appeler "Madame" - comme dans «Laurel et Hardy bonnes d'enfant» (1932) – relève du dommage collatéral. Désormais moustachu, il se déchaîne dans «Livreurs sachant livrer» (1932), l'un des meilleurs courts métrages du duo. Sa vanité satisfaite est déjà un régal lorsqu‘il énonce, le lorgnon vissé à l'œil, son nom et ses titres : "Professor Theodore Von Schwartzenhoffen M.D., A.D., D.D.S., F.L.D., F.F.F. and F." ! Une première crise de colère éclate face au piano qui interdit le passage du fait de nos deux livreurs incompétents ; lorsqu'il découvre le piano dans son salon, il le massacre à la hache car il déteste la musique… avant de découvrir qu'il s'agissait d'un cadeau de son épouse. La dernière scène présente son visage consterné couvert d'encre grâce au stylo obligeamment prêté par Laurel. Ce personnage mémorable engendra de nombreux clones comme, dans «Violets in Spring» (1936), le Professeur Emmanuel Frederick Gottfried Maximilian Wiesenfader. À noter que s'il n'est pas présent dans «Les compagnons de la nouba» (1933), on entend sa voix caverneuse qui annonce le naufrage du bateau où auraient péri nos deux lascars.

Outre Laurel et Hardy, Billy Gilbert aura d'autres partenaires récurrents dans les productions Hal Roach du début des années trente, en particulier Charley Chase («Fallen Angels» en 1933, etc), ZaSu Pitts («No No, Nanette» en 1940, etc), Thelma Todd («Soup and Fish» en 1934, etc) ou les Trois Stooges qui tentent de soigner ses crises de démence dans «Men in Black» (1934) ou sabotent son récital de baryton italien dans «Pardon My Scotch» (1935). Très vite, il tient lui-même la vedette de courts métrages burlesques où il porte souvent son propre prénom, voire son nom, comme «Taxi For Two» (1932) ou «Call Her Sausage» (1933), deux titres de la série des «Taxi Boys» qui l'associent à son pote Ben Blue. En tandem avec Vince Barnett pour «Super Stupid» (1934) et deux autres titres, il provoque moult catastrophes en éternuant de plus belle tout en marchant sur les brisées d'Oliver Hardy. Dans les années 40, il partage l'affiche de quelques moyens métrages avec Frank Fay dans «Spotlight Scandals» (1943) ou Shemp Howard » – l'un des Trois Stooges  – dans «Three of a Kind» (1944) et «Crazy Knights» (1944). Entre temps, il sera parvenu, on ne sait comment, à se glisser dans la cabine des Marx Brothers pour «Une nuit à l'opéra» (1935) et il aura joué un maître de cérémonie ridicule pour «The Villain Still Pursued Her» (1940) avec Buster Keaton. Surtout, Charlie Chaplin lui propose de parodier Goering dans «Le dictateur» (1940) où il joue le maréchal Herring, ministre de la guerre au torse couvert de médailles, du moins jusqu'au moment où un Hinkel furibard les lui arrache toutes, sans parler des boutons de sa veste et de son pantalon !

Toutefois sa carrière ne se cantonne pas au burlesque. On le voit fugitivement dans «La veuve joyeuse» (1934) de Lubitsch en gros laquais officiant à l'ambassade de Marshovie, plus tard au rayon des classiques du fantastique, dans «Les mains d'Orlac» (1935) ou «Les poupées du diable» (1936). Restaurateur ou ivrogne, au choix, il fréquente Clark Gable dans «Loufoque et Cie» (1936), Jeanette MacDonald dans «Le chant du printemps» (1937) ou Gene Kelly en «Escale à Hollywood» (1945). Cuisinier ou barman, il sert la soupe à Shirley Temple dans «Pauvre petite fille riche» (1936) et gave Freddie Bartholomew de sorbets dans «Capitaines Courageux» (1937). Sous le nom de Loupgerou, il tient le bar du saloon dans «Femme ou démon» (1939), d'où il assiste, médusé, à la bagarre entre Marlene Dietrich et Una Merkel. Lorsque la même Marlene lui susurre à l'oreille "I can give you anything but love, baby", comment pourrait-il lui refuser de se produire dans son boui-boui nommé «La maison des sept péchés» (1940) ? Photographe incapable de tirer le portrait de Frances Farmer dans «L'or et la femme» (1937), du fait des facéties de Cary Grant, il retrouve ce dernier dans «La dame du vendredi» (1940) de Howard Hawks où il joue Joe Pettibone, un brave homme obsédé par son épouse au point de rendre son discours incompréhensible. Il retrouva les studios Disney pour prêter sa voix à Willie le Géant dans «Mickey et le haricot magique» (1947) avant de devenir un hôte régulier du petit écran dans les années 50 où il propose une version parodique du Frère Tuck de «Robin des Bois» dans le Red Skelton Show. In extremis il fut couronné roi –  King Jilouili ! – dans «Down Among the Sheltering Palms» (1953) et dans son dernier film, «Cinq semaines en ballon» (1962) d'après Jules Verne, il joue un sultan ivre agité d'éternuements intempestifs : trente ans après ses débuts, son personnage était toujours en place !

Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1930
THE DOCTOR's WIFE, de Del LORD (Court métrage)
 
2
1931
CHINATOWN AFTER DARK, de Stuart PATON
 
3
1931
ONE GOOD TURN (Un bon tour), Court métrage
4
1932
THE CHIMP (Prenez garde au lion), Court métrage
5
1932
COUNTY HOSPITAL, Court métrage
6
1932
THE MUSIC BOX (Livreurs sachant livrer/Les déménageurs), Court métrage
7
1932
WHAT PRICE TAXI, de Del LORD (Court métrage)
 
8
1932
STRANGE INNERTUBE, de Del LORD (Court métrage)
 
9
1932
PACK UP YOUR TROUBLES (Les sans-soucis)
10
1932
THEIR FIRST MISTAKE (Laurel et Hardy bonnes d'enfant), de George MARSHALL (Court métrage)
 
11
1932
TOWED IN A HOLE (Marchands de poisson), de George MARSHALL (Court métrage)
 
12
1933
FALLEN ARCHES, de Gus MEINS (Court métrage)
 
13
1933
CALL HER SAUSSAGE, de Gus MEINS (Court métrage)
 
14
1933
THE RUMMY, de Del LORD (Court métrage)
 
15
1934
SOUP ANF FISH, de Gus MEINS
 
16
1934
THEM THAR HILLS (Les joyeux compères), Court métrage
17
1934
MEN IN BLACK, de Ray McCAREY
 
18
1934
THE MERRY WIDOW (La veuve joyeuse) [Non crédité]
19
1934
EVELYN PRENTICE, de William K.HOWARD [Non crédité]
 
20
1935
CURLY TOP (Boucles d'or) [Non crédité]
21
1935
PARDON MY SCOTCH, de Del LORD (Court métrage)
 
22
1935
A NIGHT AT THE OPERA (Une nuit à l'opéra) [Non crédité]
23
1936
SUTTER's GOLD [Non crédité]
24
1936
THE BRIDE WALKS OUT (Carolyn veut divorcer)
25
1936
BULLDOG EDITION (Haute tension), de Charles LAMONT
 
26
1936
NIGHT WAITRESS, de Lew LANDERS
 
27
1937
SEA DEVILS (Les démons de la mer)
28
1937
THE OUTCASTS OF POKER FLAT (La ville de l'or), de Christy CABANNE
 
29
1937
CAPTAINS COURAGEOUS (Capitaines courageux) [Non crédité]
30
1937
THE TOAST OF NEW YORK (L'or et la femme)
31
1937
THE LIFE OF THE PARTY
32
1937
100 MEN AND A GIRL (Deanna et ses boys)
33
1938
MAID's NIGHT OUT (Mademoiselle a disparu), de Ben HOLMES
 
34
1938
BLOCKHEADS (Têtes de pioche)
35
1938
PECK's BAD BOY WITH THE CIRCUS (Circus Kid)
36
1939
FORGET PASSPORT, de John H.AUER
 
37
1939
THE UNDER-PUP, de Richard WALLACE
 
38
1939
DESTRY RIDES AGAIN (Femme ou démon)
39
1940
HIS GIRL FRIDAY (La dame du vendredi)
40
1940
SANDY IS A LADY
41
1940
LUCKY PARTNERS (Double chance)
42
1940
THE VILLAIN STILL PURSUED HER
43
1940
A LITTLE BIT OF HEAVEN
44
1940
THE GREAT DICTATOR (Le dictateur)
45
1940
SEVEN SINNERS (La maison des 7 péchés)
46
1941
VALLEY OF THE SUN (La vallée du soleil), de George MARSHALL
 
47
1942
SLEEPYTIME GAL
48
1942
ARABIAN NIGHTS (Les mille et une nuits)
49
1943
SPOTLIGHT SCANDALS, de William BEAUDINE
 
50
1943
SHOT IN THE ESCAPE, de Jules WHITE (Court métrage)
 
51
1944
THREE OF A KIND, de D.Ross LEDERMAN
 
52
1944
EVER SINCE VENUS, d'Arthur DREIFUSS
 
53
1944
CRAZY KNIGHTS, de William BEAUDINE
 
54
1945
ANCHORS AWEIGH (Escale à Hollywood)
55
1962
FIVE WEEKS IN A BALLOON (Cinq semaines en ballon)
Éd. 9.1.4 : 9-11-2019