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Luise RAINER (1910 / 2014)

Luise Rainer

Actrice germano-américaine, née le 12 janvier 1910, à Düsseldorf (Rhénanie du Nord-Westphalie, Allemagne). Décédée le 30 décembre 2014, à Londres (Angleterre).

Fille de l'homme d'affaires Heinrich Rainer et de son épouse Emilie Königsberger, une famille bourgeoise d'ascendances et de confession juives, la jeune Louise ressent très tôt l'appel de la scène sur laquelle elle monte dès 1926, encore adolescente, malgré l'opposition familiale. Elle a bientôt la chance d'y être écoutée par le célèbre metteur en scène germanique Max Reinhardt qui, subjugué, l'engage dans sa troupe du Wiener Theater (Vienne, Autriche-Hongrie). Elle y croise alors un assistant qu'elle retrouvera plus tard en terre rouge, le futur cinéaste Otto Preminger.

Au début des années 30 elle est déjà une actrice reconnue des milieux culturels viennois et berlinois («Sardinenfischer» en 1933, «Scherz, Satire, Ironie und tiefere Bedeutung» en 1934,…). Dès 1932, elle a fait ses débuts à l'écran aux côtés de Magda Schneider – la maman de Romy Schneider – dans un film de Max Neufeld, «Sehnsucht 202» (1932), tourné comme il était fréquent à l'époque en versions allemande et française, les rôles respectifs des deux actrices étant repris chez nous par Madeleine Ozeray et Christiane Delyne. Luise tourna deux autres films en langue allemande, «Madame hat Besuch» (Autriche, 1932) et Tu m'aimeras demain» (Allemagne, 1933) aujourd'hui considérés comme perdus. Après la prise du pouvoir par Hitler, la communauté juive se sent en danger dans toute la zone d'influence germanique, poussant l'actrice à répondre favorablement à l'offre de la Metro-Goldwyn-Mayer dont un ”talent-scout” l'a repérée. En 1935, elle débarque ainsi à Hollywood ou Louis B. Mayer voit en elle une successeuse à Greta Garbo, de plus en plus réticente à revenir à l'écran.

Prise en mains par Irving Thalberg et profitant de la mauvaise volonté de Myrna Loy tout d'abord pressentie, elle y fait son entrée professionnelle dans «Escapade» (1935), remake du film autrichien de Willi Forst, «Mascarade» (1934) auprès du toujours séduisant William Powell : clin d'oeil aux spectateurs, à la fin du film ce dernier introduit sa partenaire auprès du public américain. Convaincant, le couple est reconduit dans la biographie romancée du célèbre producteur de Broadway, Florenz Ziegfeld. «Le grand Ziegfeld» (1936), grosse machine de près de 3 heures de projection bénéficiant d'un énorme budget pour l'époque, reconstitue la vie professionnelle et sentimentale de l'homme de spectacles, Luise Rainer incarnant sa première épouse Anna Held tandis que Myrna Loy personnifie sa remplaçante, l'actrice Billie Burke. Luise, américaine depuis son récent mariage avec le dramaturge Clifford Odets, émeut son public en se montrant joyeuse au téléphone après avoir découvert son infortune avant de fondre en larmes une fois retournée à sa solitude. L'Amérique entière est bouleversée tandis que les professionnels du cinéma s'accordent à lui décerner l'oscar de la meilleure actrice, une attribution surprenante pour une toute nouvelle étoile, face à une concurrence confirmée, que certains observateurs attribueront à une influence orientée.

Dans la foulée, «Visages d'orient» (1937), adapté d'un roman lacrymal de Pearl Buck, nous la montre en paysanne chinoise à la tête d'une famille de 3 enfants et contrainte pour les nourrir de cuisiner de la terre après une sècheresse destructrice. Métamorphose incroyable derrière laquelle on a du mal à imaginer Greta Garbo, ce rôle lui permet de remporter une seconde statuette (1938), faisant d'elle la première récipiendaire honorée deux années successivement.

Le patron de la M.G.M, comprenant que sa pépite n'a pas besoin de modèle, va s'attacher à faire fructifier ce petit joyau en lui imposant un mode de vie en concordance avec son nouveau statut de star. Mais la belle Teutonne, qui n'a rien à fouetter des paillettes et des discours, s'obstine à mener une vie simple et sans apparat. Malheureusement, la disparition soudaine de Thalberg la livre toute fraîche entre les mains du despote de la compagnie au lion dévoreur.

Épouse d'un chauffeur de taxi dans «La grande ville» (1937), une des rares concessions sociales du studio, frivole et inconséquente dans «Froufrou» (1938), Luise Rainer tient son premier rôle de “vilaine” dans «Le secret des chandeliers» (1937), espionne russe vénéneuse et sans scrupules. Si ces derniers films ne rencontrent pas un grand succès, il en va tout autrement de «Toute la ville danse» (1938), une biographie de Johann Strauss, interprétée par notre compatriote Fernand Gravey, mise en scène par le tout aussi “hexagonal” Julien Duvivier et tripatouillée à la sauce de l'oncle Sam par Victor Fleming.

Aux côtés de Clifford Odets, la belle dame côtoie toute une intelligentsia “de gauche” au sens américain du terme qui la conforte pas dans son intention de ne pas se laisser manipuler par le mogul qui l'approvisionne. À la suite du tournage du bien titré «Coup de théâtre» (1938) et dans lequel elle déclare opportunément "Je ne porte jamais de bijoux !", lasse d'une confrontation qui l'épuise, elle claque la porte du studio au nez d'un Mayer médusé qui lui déclare vertement : "Nous vous avons fabriquée, nous saurons vous détruire !". Elle n'a alors que 28 ans et ne tournera plus qu'un seul film aux États-Unis, «Les otages de la Moldau» (Frank Tuttle, 1943, Paramount Pictures), décision dont elle a pris l'initiative et qu'elle ne regrettera jamais tant ce monde là n'était pas fait pour elle.

Tandis qu'en Europe la guerre fait rage et que quelques membres de sa famille maternelle – son père ayant pris prudemment la nationalité américaine – disparaissent dans les camps d'extermination, Luise Rainer s'évertue à soutenir le moral des troupes stationnées en Afrique du Nord dans des spectacles et des rencontres de circonstance. Remariée en 1945 avec l'éditeur anglais Robert Knittel, dont elle aura une fille, Francesca (1946), elle s'installe en Angleterre avec son époux et se partagera dès lors entre Londres et Lausanne – où le couple dispose d'une propriété – , bien résolue à ne plus remettre les pieds sur un plateau de cinéma.

Elle y reviendra pourtant à quelques fugitives reprises. Sollicitée dès le début des années soixante par Federico Fellini pour mener «La dolce vita» (1960) en compagnie de quelques collègues européennes, elle refusera pour des raisons controversées : une scène trop explicite avec Mastroianni, l'exigence d'intervenir dans la partie du scénario qui la concerne, la première expliquant sans doute la seconde… En 2004, elle apparaîtra une dernière fois à l'écran dans le film allemand de Ralf Schmerberg, «Poem» où elle déclame avec emphase le poème de Goethe «Gesang der Geister» en accompagnant d'amples mouvements de bras le lyrisme de l'oeuvre comme un grand oiseau blanc sur le point de migrer.

Christian Grenier

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1933
HEUT KOMMT'S DRAUF AN (Tu m'aimeras demain), de Kurt GERRON
 
2
1935
ESCAPADE
3
1936
THE GREAT ZIEGFELD (Le grand Ziegfeld)
4
1937
THE GOOD EARTH (Visages d'orient)
5
1937
THE EMPEROR's CANDLESTICKS (Le secret des chandeliers)
6
1937
BIG CITY (La grande ville)
7
1938
THE TOY WIFE (Froufrou)
8
1938
THE GREAT WALTZ (Toute la ville danse)
9
1938
DRAMATIC SCHOOL (Coup de théâtre)
10
1943
HOSTAGES (Les otages de la Moldau)
11
2003
POEM, ICH SETZTE DEN FUSS IN DIE LUFT UND SIE TRUG, de Ralf SCHMERBERG [Sk."Gesang der Geister"]
 
Éd. 9.1.4 : 1-1-2020