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Paul Le PERSON (1931 / 2005)

Paul Le Person

Acteur français, né Paul Jean Le Person, le 10 février 1931, à Argenteuil (Seine-et-Oise, France). Décédé le 8 août 2005 à Paris (Île-de-France, France).

Le veule Paul Lassenave, artiste raté et préparateur en pharmacie, a-t-il assassiné sa première épouse comme le suggère une photo retrouvée dans «La malle de Hambourg» ? Les téléspectateurs de 1972 se souviennent de ce feuilleton énigmatique qui les déconcerta huit semaines durant ; avec sa belle tronche de faux témoin, Paul Le Person en était la vedette inattendue, promotion méritée pour ce comédien aux airs de monsieur-tout-le-monde formé par René Simon, recruté par Francis Blanche et Pierre Dac pour leur feuilleton radiophonique «Signé Furax» et finalement consacré en 1965 par l'adaptation du «Brave soldat Chveik» au Théâtre de l'Athénée. Tout avait pourtant commencé par un canular : ses copains l'ayant mis au défi de passer une audition, il se présenta à la Porte Saint-Martin et fut engagé comme choriste dans l'opérette «À la Jamaïque»… alors qu'il ne savait pas chanter !

Lorsqu'il débute au cinéma par le biais de courts métrages signés Christian Duvaleix, sa face lunaire semble le prédisposer aux rôles d'ahuris comiques – comme dans «Un idiot à Paris» (1966) – mais la malice est bien présente chez les paysans de «La vie de château» (1965) ou d'«Alexandre le bienheureux» (1967), film où il partage pour la première fois une scène avec Pierre Richard. Plus surprenantes sont ses apparitions en Roger La Honte, l'initiateur de Randal, dans «Le voleur» (1966) de Louis Malle, en braqueur dans «Mise à sac» (1967) d'Alain Cavalier ou en faussaire dans «Le voyou» (1970) de Claude Lelouch. Partenaire de Jacques Brel dans «Mont-Dragon» (1970), il joue un policier déconcerté par la déposition aberrante de Pierre Richard dans «Les malheurs d'Alfred» (1971) et marque durablement l'esprit des spectateurs dans deux classiques d'Yves Robert sans cesse rediffusés : on ne peut oublier Perrache, le flegmatique adjoint de Toulouse (Jean Rochefort) dans «Le grand blond avec une chaussure noire» (1972) et «Le retour du grand blond» (1974) ; c'est lui qui choisit au hasard Pierre Richard comme “piège à cons” destiné à anéantir les redoutables coups fourrés du fielleux Milan (Bernard Blier).

Dans «Coup de tête» (1978) de Jean-Jacques Annaud, il campe un notable de province qui subit la vindicte de Patrick Dewaere pour avoir couvert par son faux témoignage un viol commis par le champion de foot local. «Les violons du bal» (1973) mettent en évidence sa face noire, celle d'un passeur sympathique au premier abord mais d'abord motivé par l'appât du gain ; dans le même contexte historique, il était commissaire sous l'Occupation dans «Le train» (1973) de Granier-Deferre. Sa mine volontiers sinistre en fit une recrue de choix pour les reconstitutions révolutionnaires : il joue l'odieux Simon, gardien de la Conciergerie, à la télévision dans «La mort de Danton» (1970) puis au cinéma dans «L'Autrichienne» (1989) ; dans «La nuit de l'été» (1979), une “dramatique” de Jean-Claude Brialy, il sera Sauce qui accueille à Varennes la famille royale en fuite et l'on ne saurait oublier sa participation aux mises en scène spectaculaires de Robert Hossein au Palais des Congrès pour «L'Affaire du courrier de Lyon» en 1987 et «La liberté ou la mort» en 1988.

Ses origines familiales le rappellent au bon souvenir de l'oncle Chabrol : il joue les facteurs en pays bigouden dans «Le cheval d'orgueil» (1980) ; comme l'étymologie bretonne de son nom le suggérait – le mot désigne le recteur de la paroisse – il joua nombre d'ecclésiastiques, du moine peu catholique du «Fantôme de la liberté» (1974) de l'iconoclaste Buñuel – ses comparses ont les trognes également patibulaires de Marcel Pérès et Bernard Musson – au père Létendard, l'abbé peu reluisant de «Vipère au poing» (2004), son dernier film, en passant par «Le baiser au lépreux» (téléfilm, 1979). Si on le vit encore en père de Dominique Sanda dans «Les ailes de la colombe», en grand-père d'Éric Caravaca dans «La chambre des officiers» (2000) ou dans «Blanc d'ébène» (1991), qui lui valut un prix d'interprétation au Festival de Saint-Martin, on retient surtout sa participation à deux films déjantés signés Albert Dupontel, «Bernie» (1996), où il arbore un bonnet péruvien du meilleur effet, et «Le créateur» (1998) où, bien qu'il porte un patronyme breton – Le Floch – Dupontel l'élimine sans vergogne.

Comédien subtil et décalé, Paul Le Person ne souffrit guère des affres de la notoriété mais son visage familier fut omniprésent à la télévision, avec près de quatre-vingts interprétations – pour une quarantaine au cinéma – de «Belle et Sébastien» (1965) à «L'orange de Noël» (1996) et sa suite, «Le bal des célibataires» (2005), où il campe un curé fanatique. Il eut quelquefois le premier rôle comme celui du facteur rural de «Vieille France» (1969), d'après Roger Martin du Gard, ou d'un vieux garçon à la recherche de l'âme sœur dans «La demande en mariage» (1970) ou «Inutile d'envoyer photo» (1977). Rendons grâce surtout à Claude Santelli qui en fait le Père Vallin dans son adaptation de l'«Histoire d'une fille de ferme» (1973) de Maupassant, une œuvre forte dont il partage l'affiche avec la brillante Dominique Labourier. Sa veine paysanne s'illustra encore à travers le rebouteux de «La tuile à loups» (1972) de Jacques Ertaud ou dans le feuilleton de Roger Pigaut, «Marcheloup» (1982), et plus tard dans «Le Champ Dolent» (2001) avec Jean Yanne qui le propulsait marchand de bazookas dans son «Chobizenesse» (1975). Même lorsqu'on n'est pas adepte de la série, un épisode de «Commissaire Moulin» en 1982 vaut, dit-on, le détour, qui le présente en odieux directeur de journal à scandale doublé d'un redoutable assassin. À dix reprises, il incarna brillamment le commissaire Ganimard, partenaire récurrent du fameux gentleman cambrioleur, dans «Le retour d'Arsène Lupin» (1989) et «Les nouveaux exploits d'Arsène Lupin» (1995).

Jean-Louis Lorenzi, réalisateur fidèle, se plut à lui donner, dans «Le blanc et le rouge», un téléfilm réalisé en 1999, le rôle d'un marquis conservateur opposé au maire “rouge” de son village joué par Michel Galabru. A contrario, au moment de sa disparition, les articles nécrologiques mirent en avant son engagement politique auprès du parti communiste et saluèrent une chaleur humaine jamais prise en défaut. Alors que le succès frappait à sa porte, au milieu des années 70, il déclarait, épaté, dans une interview à Télé 7 Jours : "Mes parents voulaient que je sois dessinateur industriel. Je l'ai été pendant cinq ans. Tout ce qui m'arrive aujourd'hui est merveilleux".

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Jean-Paul Briant

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Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1965
LA VIE DE CHÂTEAU
2
1966
LE VOLEUR
3
1966
UN IDIOT À PARIS
4
1967
MISE À SAC
5
1967
ALEXANDRE LE BIENHEUREUX
6
1968
SOUS LE SIGNE DE MONTE-CRISTO
7
1970
LE VOYOU
8
1970
MONT-DRAGON
9
1971
ON EST TOUJOURS TROP BON AVEC LES FEMMES
10
1971
LES MALHEURS D'ALFRED
11
1972
LE GRAND BLOND AVEC UNE CHAUSSURE NOIRE
12
1973
LE TRAIN
13
1973
LES VIOLONS DU BAL
14
1974
LE FANTÔME DE LA LIBERTÉ
15
1974
LE RETOUR DU GRAND BLOND
16
1975
CHOBIZENESSE
17
1978
COUP DE TÊTE
18
1980
LE CHEVAL D'ORGUEIL
19
1996
BERNIE
Éd. 9.1.4 : 23-2-2020