La bibliothèque de L'Encinématheque

Marie LAFORÊT (1939 / 2019)

Marie Laforêt

Actrice française, née Maïtena Marie Brigitte Doumenach, le 5 octobre 1939, à Soulac-sur-Mer (Gironde, France). Décédée le 2 novembre 2019, à Genolier (Canton de Vaud, Suisse).

Fille de Jean Douménach, scientifique au C.N.R.S. d'origine catalane, et de Marie Louise née Saint-Guily, une béarnaise restée mère au foyer, Maïtena est issue d'un milieu bourgeois qui lui donne une éducation empreinte d'une religiosité "… forte mais non pesante". La fillette, qui adore faire des châteaux de sable au bord de l’océan pendant ses vacances bordelaises, va connaître une petite enfance douloureuse. Elle grandit dans le chaos de la Seconde Guerre Mondiale, sans voir son père, prisonnier de guerre en Allemagne, pendant toute la durée du conflit. Restée avec sa mère et sa sœur Alexandra, elle connait les privations, mais surtout vit un moment douloureux qu'elle révèlera en 1998 : à l’âge de trois ans, elle est violée à plusieurs reprises par un voisin, épisode tragique qui la marquera longtemps et dont elle ne put parler pendant des décennies.

De retour de captivité, le père installe la famille à Valenciennes, puis à Paris où Maïtena fait des études au lycée Jean de La Fontaine. Jeune fille, elle songe un moment à entrer au Carmel lorsque, après avoir participé à des jeux de rôles scolaires, elle se découvre une attirance pour les activités artistiques. À 16 ans, baccalauréat en poche, elle s'oriente vers la musique et le chant. En l'attente d'une guitare pour son prochain Nöel, elle commence à travailler sérieusement l'art vocal.

C’est en accompagnant sa sœur aînée qui suit des cours d’art dramatique au Cours Simon qu’elle découvre la comédie. Elle décide de suivre la même voie afin de vaincre sa timidité. Elle fait ainsi la rencontre de Raymond Rouleau qui lui propose de participer à un concours d'actrices intitulé «Naissance d'une étoile», une manifestation organisée par la chaîne de radio Europe 1 au Théâtre Michel. Bien lui en a pris : elle triomphe lors des phases finales qui se déroulent à Cannes, son charisme, sa grâce et son aisance sur scène ayant séduit le jury. Sa prestation et sa beauté captent l’attention de Louis Malle qui la pressent pour son prochain film, mais ce sera René Clément qui lui donnera l’occasion de débuter au cinéma en lui offrant le rôle de la maîtresse du séduisant Maurice Ronet face au sinistre Alain Delon dans l’ambiance délétère du thriller «Plein soleil» (1959). Elle devient à cette occasion Marie Laforêt, un pseudonyme choisi à la va-vite, qu’elle détestera avant d’admettre qu’il correspond bien à l’amoureuse de la nature qu’elle est.

En 1961, elle renconte le réalisateur Jean-Gabriel Albicoco, sous la direction de qui elle tourne deux films. Le réalisateur sublime la beauté de son visage magnifié par de beaux yeux jaune-vert dans «La fille aux yeux d’or» (1960) – un titre qui lui vaudra d'ailleurs son surnom – dans un triangle sensuel, entre Paul Guers et Françoise Prévost. Sous cette même direction, elle partage la vedette avec Charles Aznavour, «Le rat d’Amérique» (1962), en compagnie de qui, exilés et traqués pour délit d'honnêteté, elle affronte la misère et met en danger vie et sentiments. Sous d'autres caméras, elle donne la réplique à deux petits truands, Jean Claude Brialy et Michel Serrault, dans une comédie policière de Pierre Grimblat , «Cent briques et des tuiles» (1965), avant de camper une héroïne un peu fofolle, «Marie-Chantal contre le Docteur Kha» (1965), sous la caméra légère d'un Claude Chabrol à la recherche d'un succès public.

Les propositions cinématographiques affluent mais, menant en ce domaine une carrière sans grande conviction, elle revient à ses premières amours en choisissant de se lancer dans la chanson, aidée en celà par un ami d’enfance, Jacques Higelin, son partenaire dans «Saint-Tropez Blues» (1960). D’une nature rebelle, libertaire, gouailleuse, et surtout dotée d’une belle voix vibrante et envoûtante, elle connaît un premier grand succès avec «Les vendanges de l’amour» (1964), une composition de Danyel Gérard. Suivront, entre autres, «Ivan, Boris et moi», «Viens sur la montagne», «Viens, Viens», «Que calor la vida»,… Par la suite, elle réorientera son parcours musical avec des titres puisés dans le folklore anglo-américain comme «Marie douceur, Marie colère» (une adaptation de «Paint It Black» des Rolling Stones), «La voix du silence» (une version française de «Sounds of silence» de Simon and Garfunkel), «Il a neigé sur Yesterday» (vibrant homme aux Beatles qui viennent de se séparer) ou encore «Blanche nuit de satin» (une reprise de «Nights in White Satin» des Moody Blues). Avec des tubes pleins de charme, elle se produira sur les scènes du monde entier jusqu’en 2005, n'hésitant pas à chanter en anglais, en italien, en espagnol, en allemand et même en russe…

Mais revenons à notre septième art, même s'il ne constitua jamais le coeur des activités de notre vedette. Dans «La chasse à l’homme» d'Édouard Molinaro (1964), elle personnifie la fantasque fiancée de Jean Claude Brialy. Dans ce film apparaît également Jean-Paul Belmondo, avec lequel elle constituera à plusieurs reprises un duo décontracté, que ce soit dans «Flic ou voyou» (1979), «Les morfalous» ou «Joyeuses Pâques» (1984). Actrice par intermittence, elle apparaît dans la comédie de Christian Gion, «Les diplômés du dernier rang» (1982) en professeur de psychologie ne rechignant pas à passer à la pratique, dans le mélodrame de Sylvain Madigan «Sale destin» (1986) en épouse névrosée de Victor Lanoux, en comtesse Almaviva dans «La folle journée ou Le mariage de Figaro» de Roger Coggio (1989). Elle tourne aussi en Italie, veuve faussement éplorée et prête à épouser Arpagon dans «L'avare» de Molière revisité par Alberto Sordi (1989), puis journaliste politique pour Vittorio Sindoni dans «Una fredda mattina di Maggio» (1990).

En 2000, elle revient sur les planches du théâtre Antoine à Paris où elle incarne une Maria Callas plus vraie que nature dans «Master Class», un rôle pour lequel elle obtient à deux reprises le Molière de la meilleure comédienne. Elle fait une dernière apparition au grand écran dans «Les bureaux de Dieu» (2008) de Claire Simon. Se partageant entre la chanson, le théâtre, le cinéma et la télévision – notamment dans les émissions de variétés des Carpentier et de Guy Lux– et sa vie familiale, Marie Laforêt trouve le encore le loisir d’écrire une suite de nouvelles rassemblées sous le titre «Contes et légendes de ma vie privée», un livre de recettes, «Mes petites magies, livre de recettes pour devenir jeune » et «Panier de crabes : les vrais maîtres du monde» où elle décrit le monde très ferme de la finance.

Marie Laforêt connut une vie privée assez mouvementée, rythmée par cinq compagnonnages tumultueux se terminant tous par un divorce ou une séparation. Après une union de quelques mois avec Jean-Gabriel Albicocco (1961-1963), elle partage la vie de Judas Azuelos, homme d'affaires d'origine juive marocaine dont elle a deux enfants : Lisa (la future réalisatrice Lisa Azuelos) et Jean-Mehdi-Abraham. En 1971 elle s’éprend de l'homme d'affaires et collectionneur d'art Alain Kahn-Sriber (1971-1976) avec qui elle aura son troisième enfant, Ève-Marie-Deborah (1974). Au début des années 80, elle tombe sous le charme d'un chirurgien, Pierre Meyer, dont elle partagera la vie pendant quelques années. Elle épouse son dernier prétendant, l'agent de change Éric de Lavandeyra, en 1990, dont elle se séparera dans une ambiance assez houleuse en 1992.

Fin 1978, elle s’installe à Genève en Suisse – "… par désespoir de la France" – où elle ouvre une salle de vente de meubles anciens dans laquelle elle exerce jusqu’en 1981 la profession de commissaire-priseur. Depuis ce pays d'adoption dont elle finira par adopter la nationalité, elle se fera remarquer par quelques déclarations alarmistes, un tantinet paranoïaques, et des comportements discriminatoires qui lui vaudront parfois quelques ennuis avec la justice.

Catholique convaincue, toujours d’humeur vagabonde, l’intelligence perpétuellement en éveil, Marie Laforêt, telle un pharaon des temps modernes, a emporté ses beaux yeux en métal précieux dans la tombe le 2 novembre 2019, depuis une clinique helvète. Elle avait 80 ans.

"Marie Laforêt est la 8ème merveille du monde. Si j'étais jeune je l'épouserais" (François Mauriac).

Gary Richardson

Cliquez sur les iconespour accéder aux illustrations.

Cliquez sur les iconespour accéder à la fiche technique du film.

Cliquez sur les mots soulignés de la fiche technique pour faire apparaître les illustrations.

Cliquez sur la fiche technique pour la faire disparaître.

English translation

Click on the iconsto reveal the pictures.

Click on the iconsto reach the data sheet of the film.

Click on the words underlined of the data sheet to reveal the pictures.

Click on the data sheet to remove.

Filmographie sélective

Interprétations
Lg
An
Titre
 
 
1
1959
PLEIN SOLEIL
2
1960
SAINT-TROPEZ BLUES
3
1960
LA FILLE AUX YEUX D'OR
4
1962
LÉVIATHAN
5
1962
LE RAT D'AMÉRIQUE
6
1962
À CAUSE, À CAUSE D'UNE FEMME
7
1964
LA CHASSE À L'HOMME
8
1965
CENT BRIQUES ET DES TUILES
9
1965
LE SOLDATESSE (Des filles pour l'armée)
10
1965
MARIE-CHANTAL CONTRE LE Dr.KHA
11
1967
LE 13ème CAPRICE
12
1967
JACK OF DIAMONDS (Diamant d'as)
13
1972
LE PETIT POUCET
14
1979
FLIC OU VOYOU
15
1982
LES DIPLÔMÉS DU DERNIER RANG
16
1982
QUE LES GROS SALAIRES LÈVENT LE DOIGT!!!
17
1984
LES MORFALOUS
18
1984
JOYEUSES PÂQUES
19
1985
LE PACTOLE
20
1985
TANGOS, EL EXILIO DE GARDEL (Tangos, l'exil de Gardel)
21
1986
SALE DESTIN
22
1987
FUCKING FERNAND
23
1987
IL EST GÉNIAL PAPY!
24
1989
L'AVARO (L'avare)
25
1989
PRESUMÉ DANGEREUX
26
1992
TUTTI GLI UOMINI DI SARA, de Gianpaolo TESCARI
 
27
1994
DIS-MOI OUI…
28
1995
TYKHO MOON
29
2008
LES BUREAUX DE DIEU
Éd. 9.1.4 : 12-6-2020