La collectionneuse

Galerie N° 117 : "Gilda…"

Cette année, on fête le centième anniversaire de la naissance de Rita Hayworth.

Je n’avais pas encore évoqué cette actrice, que j’aime beaucoup et qui figure assurément parmi les plus belles stars féminines des années 40, dans une de mes galeries précédentes. C’est dès lors l’occasion d’illustrer quelques étapes de sa carrière à travers vingt-cinq cartes postales anciennes de ma collection.

On le sait, Rita Hayworth aura connu une fin de vie difficile et on préférera se rappeler de l’éblouissante créature qu’elle était durant sa période de gloire et de l’époque où l’affiche de son film le plus célèbre proclamait "Il n’y a jamais eu une femme comme Gilda".

Marlène Pilaete, octobre 2018

"Ô toi ma charmante…"

Selon certaines sources, Rita Hayworth aurait débuté à l'écran dans le court-métrage Vitaphone «La fiesta» (1926), dans lequel apparaissent son père Eduardo Cansino et sa tante Elisa, qui forment à l'époque un couple de danseurs réputés. Mais cette affirmation reste sujette à caution et, après vision du film, il est impossible de confirmer la présence de la petite fille.

Dès 1931, l'adolescente qu'elle est devenue  se produit comme danseuse aux côtés de son géniteur à Tijuana, au Mexique. C'est là que le producteur Winfield Sheehan la remarque en 1934 et lui fait bientôt signer avec la Fox, où, sous le nom de Rita Cansino, elle apparaît dans plusieurs films dès 1935. Malheureusement, son contrat n'est pas renouvelé et elle se retrouve par exemple en 1936 et 1937 dans quelques westerns de série B produits par des studios de Poverty Row.

En 1937, elle passe à la Columbia, où on la rebaptise Rita Hayworth. On décide dès lors de gommer son côté hispanique et, sous l'impulsion de son premier mari, Ed Judson, elle améliore son apparence.

Sa silhouette s'affine, l'implantation de ses cheveux est modifiée par épilation à l'électrolyse afin de lui dégager le front et sa chevelure se pare désormais de chatoyantes teintes rousses. Durant ce processus de transformation, l'actrice continue à apprendre son métier en figurant au générique d'une douzaine de productions.

En 1939, Harry Cohn, le patron de la Columbia, la juge prête à accéder aux échelons supérieurs de la renommée et lui donne le second rôle féminin de «Only Angels Have Wings» (1939) de Howard Hawks. Elle est ainsi définitivement lancée et la firme lui offre alors notamment la tête d'affiche féminine de «Music in My Heart» (1940), «The Lady in Question» (1940) et «Angels Over Broadway» (1940).

En 1941, elle devient une star de premier plan. Elle est prêtée à la Warner pour «The Strawberry Blonde» et «Affectionately Yours», à la Fox pour incarner la vamp Dona Sol dans «Blood and Sand» et termine l'année en étant la partenaire de Fred Astaire dans «You'll Never Get Rich».

D'autres comédies musicales suivent : «My Gal Sal» (1942), «You Were Never Lovelier» (1942), dans laquelle elle retrouve Astaire, «Cover Girl» (1944), avec Gene Kelly, et «Tonight and Every Night» (1945). De cette période date aussi le film à sketches «Tales of Manhattan» (1942). Une de ses photos parue dans le magazine Life en août 1941, la représentant assise sur un lit et vêtue d'un déshabillé en satin et dentelle, devient un des clichés les plus populaires auprès des soldats américains durant de la seconde guerre mondiale.

En 1946, «Gilda» sort sur les écrans et demeure sans doute le titre de plus célèbre de sa filmographie. La renommée de la vedette est telle qu'une de ses photos est apposée sur la bombe atomique testée sur l'atoll de Bikini le 1er juillet 1946.

Après «Down to Earth» (1947), Rita Hayworth tourne «The Lady from Shanghai» (1947) sous la direction de son deuxième époux, Orson Welles, qui, pour l'occasion, lui fait couper ses cheveux et la transforme en blonde, au grand déplaisir de la Columbia. Après l'échec commercial de ce film noir, la comédienne revient à son apparence habituelle et renoue avec le succès grâce à «The Loves of Carmen» (1948). Suite à son mariage en 1949 avec le prince  Aly Khan, elle se retire…

Après leur séparation, elle fait son retour dans «Affair in Trinidad» (1952), qui marche très bien et auquel succèdent «Salome» (1952) et «Miss Sadie Thompson» (1953). En septembre 1953, elle passe pour la quatrième fois devant Monsieur le Maire mais cette union avec le chanteur Dick Haymes se révèle désastreuse.

Rita Hayworth, qui délaisse à nouveau les plateaux de tournage, fait plus parler d'elle à la rubrique des faits divers : accusations de négligence à l'égard de ses deux enfants, bagarres judiciaires avec Aly Khan concernant la garde de leur fille ou encore menaces de déportation de son conjoint dans son pays d'origine, l'Argentine.

En 1955, après que Dick Haymes se soit montré violent avec elle une fois de trop, elle décide de divorcer. Elle revient au cinéma avec «Fire Down Below» (1957) et «Pal Joey» (1957), qui marquent la fin de son contrat avec la Columbia. Cependant, sa beauté est moins éclatante et l'alcool dont elle abuse n'arrange pas les choses. D'autres actrices ont pris sa place parmi les déesses de l'amour et son étoile pâlit.

Prenant en main la carrière de son épouse, son dernier mari, le producteur James Hill, l'incite à tenir des rôles dans «Separate Tables» (1958), «They Came to Cordura» (1959), «The Story on Page One» (1959) et «The Happy Thieves» (1961).

Après son cinquième divorce en 1961, on la voit encore dans huit films, parmi lesquels on peut citer «Circus World» (1964) et «La route de Salina» (1970), une réalisation de Georges Lautner. Dans les années 60, elle commence à souffrir de troubles du comportement et de difficultés de concentration, que l'on met sur le compte de l'alcoolisme. Après le tournage difficile de «The Wrath of Gods» (1972), il devient évident qu'elle n'est plus en état de travailler pour le Septième Art.

En janvier 1976, des clichés de la star, hagarde et en pleine confusion mentale, sont pris à l'aéroport de Londres et font les choux gras de la presse. Ce n'est qu'en 1980 que l'on comprend enfin l'origine de ses problèmes et qu'on lui diagnostique la maladie, jusque-là peu connue, d'Alzheimer. L'année suivante, elle est placée sur la tutelle de sa fille, Yasmine Aga Khan, et s'éteint en 1987.

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Éd.8.1.3 : 27-9-2018