La collectionneuse

Galerie N° 53 : "The Story on Page One"

Anita Page, à qui j’ai eu envie de consacrer une galerie et qui vient de mourir à l’âge de 98 ans, était une des dernières survivantes du cinéma muet. Bien sûr, elle était devenue célèbre alors que celui-ci brillait de ses tous derniers feux et elle a finalement tourné davantage de films parlants. Mais la liste des témoins de cette période se réduisant comme peau de chagrin, on comprend que bon nombre de notices nécrologiques aient insisté sur les liens de l’actrice avec cette ère bien révolue.

On pourra d’ailleurs être surpris en parcourant certains articles de lire qu’Anita Page était une des grandes stars de son époque. Ces affirmations se doivent d’être quelque peu corrigées. Si elle jouit sans aucun doute d’une certaine popularité durant quelques temps, sa place au sein de l’écurie M.G.M. n’égalait pas les positions de Greta Garbo, Norma Shearer, Joan Crawford ou Marion Davies. Elle faisait plutôt partie du contingent de vedettes situé un cran en-dessous.

Un examen de sa filmographie nous montre d’ailleurs que la firme du Lion ne construisit jamais vraiment de film autour d’elle. Elle dut à plusieurs reprises se contenter d’être la partenaire de vedettes masculines de gros calibre comme Lon Chaney, Williams Haines, Ramon Novarro ou Buster Keaton. Dans d’autres productions, elle eut à affronter une concurrence féminine bien redoutable. On pense par exemple à Joan Crawford à plusieurs reprises, à Bessie Love, qui l’éclipsa dans «The Broadway Melody», au tandem Marie Dressler - Polly Moran dans «Caught Short», «Reducing» et «Prosperity» ou encore à Constance Bennett, figure centrale de «The Easiest Way». Finalement, les compagnies de seconde catégorie Chadwick et Chesterfield furent peut-être les seules à avoir véritablement cru en ses capacités de porter un film sur ses épaules avec «Jungle Bride» et «I Have Lived».

Ces précisions étant faites, on ne niera cependant pas le fait qu’Anita Page fut, durant un certain laps de temps, très appréciée par le public. La jolie actrice avait compris qu’on n’attrapait pas les mouches avec du vinaigre et collaborait de bon gré avec le département publicitaire de la M.G.M. Regardez par exemple les cartes que je vous propose dans ma galerie d’aujourd’hui. Le glamour, le “cheesecake”, l’humoristique, … rien ne faisait peur à Anita. Avec une telle bonne volonté, nul doute que son joli minois apparaissait régulièrement dans la presse et que la diffusion de ses portraits lui assurait une visibilité médiatique non-négligeable.

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Pour terminer, évoquons un évènement étonnant de la vie d’Anita Page : le courrier qui lui aurait été envoyé par Mussolini. Cette histoire semble être issue de l’imagination fertile d’un imprésario zélé. Et pourtant, après analyse de plusieurs sources, il semble que ces lettres aient réellement existé. Le dictateur italien y exprimait son admiration pour l’actrice. Quant à la demande en mariage, si elle a réellement été formulée, on peut se douter que Mussolini n’avait sans doute aucune intention de l’honorer. Il était en effet marié civilement depuis 1915 (et religieusement depuis 1925) avec Rachele Guidi, qui lui donnera plusieurs enfants. Et, si l’on sait qu’il ne fut pas un conjoint fidèle, il est néanmoins resté marié avec elle jusqu’à la fin et n’a, semble-t-il, jamais émis la volonté d’épouser une ses maîtresses. Ajoutons d’ailleurs que, dans une Italie attachée à ses racines catholiques et où le mythe de la “mamma” n’était pas un vain mot, on imagine difficilement Mussolini prendre le risque de froisser son opinion publique en se débarrassant de la mère de ses enfants afin d’épouser une autre femme, vedette américaine ou pas.

Marlène Pilaete, octobre 2008

Anita PAGE (1910 / 2008)

Anita Page

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Ed.7.2.3 : 26-8-2016