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Henny PORTEN (1890 / 1960)

Henny Porten

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Henny Porten (née à Magdeburg, Allemagne) débute à l’écran en 1906 dans des courts-métrages sonores utilisant le procédé technique Biophon et produits par Oskar Messter. Lorsque la rentabilité de ces "tonbilder" décline, celui-ci s’oriente vers les films muets traditionnels et, en janvier 1911, le public assiste à la sortie de «Das Liebesglück der Blinden», dont la jeune femme est la touchante héroïne et qui remporte un grand succès.

Henny Porten devient dès lors le joyau de la compagnie Messter, chez qui elle reste jusqu’à ce que celle-ci soit vendue à prix d’or à la fin des années 10 à la U.F.A..
 Durant cette décennie, la star tourne à un rythme soutenu et on peut la voir dans, entre autres, «Künstlerliebe» (1911), «Im Glück vergessen» (1911), «Ein Ehrenwort» (1912), «Die Königin der Nacht» (1912), «Komtesse Ursel» (1913), «Eva» (1913), «Die grosse Sünderin» (1914), «Bergnacht» (1914), «Das Schicksal der Gabriele Stark» (1915), «Martyrerin der Liebe» (1915), «Abseits vom Glück» (1916), «Das Wandernde Licht» (1916), «Die Ehe der Luise Rohrabch» (1917), «Christa Hartungen» (1917), «Agnes Arnau und ihre drei Freier» (1918), «Die blaue Laterne» (1918), «Die beiden Gatten der Frau Ruth» (1919), «Rose Bernd» (1919),…

Véritable symbole de la femme allemande, elle est toujours au sommet durant les années 20 grâce à des titres comme, notamment, «Kohliesels Töchter» (1920), «Anna Boleyn» (1920), «Die Geier-Wally» (1921), «Die Hintertreppe» (1921), «Frauenopfer» (1922), «Die Liebe einer Königin» (1923), «Das alte Gesetz» (1923), «Mutter und Kind» (1924), «Gräfin Donelli» (1924), «Das abenteur der Sybille Brant» (1925), «Die Flammen lügen» (1926), «Die Grosse Pause» (1927), «Violantha» (1928), «Zuflucht» (1928), «Die Herrin und ihr Knecht» (1929),…
 Notons du reste que, à l’instar de plusieurs de ses consoeurs, elle intervient elle-même dans la production de plusieurs de ses films.

Elle est, avec Asta Nielsen, la personnalité féminine la plus importante du cinéma muet allemand mais leurs images respectives sont trop dissemblables pour qu’elles entrent en compétition directe. On peut ainsi relever que dans «I.N.R.I.» (1923), qui représente l’unique occasion qu’elles ont de jouer ensemble, Henny Porten est la Vierge Marie et Asta Nielsen est Marie-Madeleine.

Elle passe le cap du parlant sans problème avec «Skandal um Eva» (1930) et est ensuite la tête d’affiche de «24 Stunden aus dem Leben einer Frau» (1931) et «Luise, Königin von Preussen» (1931), ainsi que de deux remakes de ses succès muets, «Köhliesels Töchter» en 1930 et «Mutter und Kind» en 1933. Il est particulièrement intéressant de souligner qu’elle arrive à conserver son statut d’étoile à travers le temps alors que, au début des années 30, les actrices allemandes ayant accédé à la célébrité à la même période qu’elle ont disparu des écrans ou sont semi-retraitées ou doivent se contenter de seconds rôles.

Malheureusement, la situation se complique avec l’avènement d’Hitler au pouvoir. En effet, la comédienne refuse catégoriquement de divorcer de son époux d’origine juive, ce qui n’est guère apprécié par les autorités, qui vont désormais se montrer bien mal disposées envers elle. Néanmoins, malgré tout leur pouvoir, il est impossible pour les Nazis de faire disparaître complètement du paysage cinématographique une icône aussi emblématique qu’Henny Porten.

On la retrouve alors dans huit films de 1935 à 1944 : «Krach im Hinterhaus» (1935), «Der Optimist» (1938), «War es der im 13. Stock» (1938), «Kömodianten» (1941), «Symphonie eines Leben» (1942), «Wenn der junge Wein blüht» (1943), «Familie Buchholz» (1944) et «Neigungsehe» (1944). Dans ces deux derniers, elle incarne bien sûr la figure centrale, Wilhelmine, la matriarche au bon coeur. Le public allemand apprécie décidément toujours la présence réconfortante de celle dont ils ont fait une de leurs idoles plus de trente ans auparavant.

Dans la débâcle qui entoure la fin de la deuxième guerre mondiale, elle perd une partie de ses biens et connaît dès lors des problèmes financiers récurrents jusqu’à la fin de sa vie.
 En 1950, elle fait son retour au Septième Art dans «Absender Unbekannt».

Elle tient ensuite, en Allemagne de l’Est, les rôles principaux de «Carola Lamberti – Eine vom Zirkus» (1954) et de «Das Fräulein von Scuderi» (1955). Cette escapade dans le bloc communiste est d’ailleurs commentée négativement à l’Ouest.

Cependant, les opportunités de travailler en Allemagne de l’Est cessent par la suite car elle sont subordonnées à son éventuelle installation dans cette partie du pays, une condition à laquelle elle n’a pas l’intention de se plier. Quant aux offres en provenance de l’Allemagne de l’Ouest, elles se raréfient ou sont rejetées par l’actrice qui, malgré qu’elle se plaigne dans les journaux de son inactivité, ne semble pas prête à accepter n’importe quoi.

On ne reverra plus dans les salles obscures Henny Porten qui, minée par une longue et grave maladie, disparaît en 1960.

Marlène Pilaete