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Shirley YAMAGUCHI (1920 / 2014)

Shirley Yamaguchi

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Cette artiste au destin mouvementé et aux identités diverses naît de parents japonais dans la province chinoise de Mandchourie.
 En 1931, celle-ci est envahie par le Japon et, l’année suivante, devient un état fantoche pro-japonais, le Manchukuo, dirigé par l’ex-empereur Puyi.

Après avoir fait ses premiers pas dans le monde artistique comme chanteuse, la jeune femme débute à l’écran en 1938 dans «Mi yue kuai che».
 Elle est alors connue sous le nom chinois de Li Xianglan (Ri Koran en japonais).

Avec sa connaissance parfaite du mandarin, elle passe sans problème pour une authentique Chinoise.
 Jeune et naïve, elle ignore alors que cela lui causera bien des ennuis quelques années plus tard.

A l’époque, elle est une star renommée qu’on peut voir dans, entre autres, «Toyuki» (1939), «Shina no yoru» (1940), «Soshu no yoru» (1941), «Wan shi liu fang» (1942), «Sayon no kane» (1943), «Tatakai no machi» (1943), «Watashi no uguisu» (1944), «Noroshi wa Shaghai ni agaru» (1944),…
 En plus de connaître le succès au cinéma, elle est aussi une étoile populaire de la chanson.

A la fin de la seconde guerre mondiale, la Mandchourie est libérée. L’actrice, taxée de collaboration et de trahison, est alors arrêtée et détenue par les nouvelles autorités en place.
 On lui reproche d’avoir participé à des productions considérées comme de la propagande pro-nippone et d’avoir donné une image tronquée de la femme chinoise dans plusieurs de ses films.
 On vise notamment une scène de «Shina no yoru» dans laquelle elle se montre particulièrement soumise à l’officier japonais dont elle est tombée amoureuse.

Elle échappe finalement à un sort peu enviable en réussissant à se procurer un certificat de naissance prouvant qu’elle d’origine japonaise, et non chinoise, ce qui rend caduques les accusations dont elle fait l’objet.

Elle doit quitter la Chine et part pour le Japon, où elle poursuit sa carrière cinématographique sous son véritable nom, Yoshiko Yamaguchi.
 Elle est dès lors l’interprète de, par exemple, «Waga shogai no kagayakeru hi» (1948), «Kikoku» (1949), «Akatsuki no dasso» (1950), «Shûbun» (1950), «Sengoku burai» (1952), «Shanghai no onna» (1952), «Hoyo» (1953), «Jin ping mei» (1955), «Tôkyô no kyûjitsu» (1958),…

A la fin des années 50, elle tourne également plusieurs films à Hong Kong comme « Byaku fujin no yoren » (1956), « Shen ni mei ren » (1957) ou « Yi ye feng lui » (1958).
Elle figure en outre au générique de trois productions américaines, « Japanese War Bride » (1952), « House of Bamboo » (1955), et « Navy Wife » (1956), et modifie à cette occasion son nom en Shirley Yamaguchi.

En 1958, elle épouse un diplomate nommé Hiroshi Otaka et abandonne le métier de comédienne.

Une dizaine d’années plus tard, on la retrouve en animatrice d’émissions télévisées et cela lui donne l’occasion de traiter de sujets comme les réfugiés cambodgiens ou la question palestinienne. Après avoir exercé cette activité durant quelques années, celle qui utilise désormais son nom de femme mariée, Yoshiko Otaka, se lance dans la politique et est élue en 1974 au Parlement japonais, où elle reste dix-huit ans.

A partir de 1995, elle s’investit dans le «Asian Women’s Fund» et défend la cause des "femmes de confort", utilisées comme esclaves sexuelles par les soldats japonais durant la guerre.

Marlène Pilaete