La collectionneuse

Galerie N° 95 : Anita Ekberg, «Le ballet du désir»

Je voudrais aujourd'hui rendre un hommage particulier à Anita Ekberg, décédée le 11 janvier 2015, en vous présentant vingt cartes postales anciennes de ma collection.

Je ne l’ai jamais considérée comme une des plus grandes actrices du monde mais j’appréciais le personnage. Son physique était spectaculaire. On pense bien sûr immédiatement à son impressionnante poitrine. A ce sujet, j’aime beaucoup la description donnée par un magazine américain des années 50 : "Anita Ekberg : la fille à côté de qui Jane Russell ressemble à un garçon".

Maintenant que les prothèses siliconées sont monnaie courante, il me semble important de préciser ici que c’est Dame Nature seule qui avait pourvu Anita Ekberg de ses appas. Il serait néanmoins injuste de la réduire à une paire de seins. Ce serait oublier un visage aux traits réguliers, un profil bien dessiné, un sourire éclatant et une évidente photogénie.

Je me suis déjà rendue à Rome à quelques reprises et, à chaque fois, je passe à la fontaine de Trévi. En voyant la foule s’agglutiner devant ce monument, je me dis que les associations caritatives, à qui profitent les pièces de monnaie jetées par les touristes, doivent remercier tous les jours Anita Ekberg et Fellini, qui y ont tourné pour «La dolce vita» une des scènes les plus mythiques du Septième Art et qui ont fait beaucoup pour la réputation du lieu. L’actrice et l’Italie étaient faites pour se rencontrer. Il est d’ailleurs assez amusant de constater que c’est une Suédoise qui a incarné à merveille la folie de la vie nocturne romaine des années 50 et 60, bien plus que des Sophia Loren, Gina Lollobrigida ou Claudia Cardinale finalement bien plus sages. C’est justement ce côté un peu démesuré qui me plaît chez Anita Ekberg. Fellini ne pouvait trouver mieux pour jouer la plantureuse géante poursuivant Peppino de Filippo dans «Boccacio 70».

Même lorsque, plus tard, les excès de bonnes choses auront eu raison de sa silhouette, elle restera impressionnante et d’une indéniable présence. Authentique diva, plus grande que nature, elle pouvait se permettre de déclarer, sans sourciller, "C’est moi qui ait rendu Fellini célèbre, pas le contraire". On reconnaît bien là son côté excessif mais admettons toutefois qu’elle était déjà une vedette en vue avant de tourner sous la direction du maestro et que, si l’on se place par exemple au niveau du public américain moyen des années 50, il ne fait aucun doute que le nom d’Anita Ekberg était plus connu que celui de Fellini.

Laissons-lui le mot de la fin, dans une interview de 2011 : "Je n’ai aucun regret. J’ai aimé, j’ai pleuré, j’ai été folle de bonheur. J’ai gagné et j’ai perdu"… Cela lui ressemble bien.

Marlène Pilaete, février 2015

Anita EKBERG (1931 / 2015)

Anita Ekberg est élue Miss Suède en 1951 et fait sa première apparition au cinéma dans le court-métrage documentaire «Terras Fönster nr 5», qui évoque la visite de Stockholm par la nouvelle reine de beauté. A la fin de la même année, elle se rend aux Etats-Unis. Selon de nombreuses sources, elle y aurait participé au concours de Miss Univers, sans le remporter. Le problème est que la première Miss Univers de l’époque “moderne” a été couronnée en juin 1952 et que la représentante de la Suède était une certaine Anne Marie Tistler.

Pour tenter de donner un semblant de cohérence à ce non-sens, on peut lire çà et là que la compétition à laquelle aurait participé Anita Ekberg en 1951 était non-officielle. Force est de constater que des recherches poussées ne donnent absolument aucun renseignement quant à une éventuelle organisation non-officielle de "Miss Univers" en 1951 et qu’on ne trouve par exemple aucune mention du nom de l’hypothétique gagnante. On comprendra dès lors que, jusqu’à preuve du contraire, cette information soit fortement sujette à caution. On préfèrera se fier au magazine Life du 8 octobre 1951 qui signale bien la présence d’Anita Ekberg sur le sol américain, mais en tant qu’invitée d’honneur du concours de "Miss America". Il semble que se soit là la véritable raison de l’arrivée de la jeune femme aux U.S.A. Aucune mention de Miss Univers n’est d’ailleurs faite dans cet article. Pour clore le chapitre des élections de reines de beauté, ajoutons qu’Anita Ekberg finira deuxième au concours européen de "Miss Casino" à Amsterdam en février 1952, derrière la représentante de l’Angleterre et devant celle des Pays-Bas.

Séduite par les Etats-Unis, Anita Ekberg finit par s’y installer. Elle débute alors à l’écran, cette fois en tant qu’actrice, en 1953. Hollywood est en effet conscient l’effet que peut produire son physique, et plus particulièrement son impressionnante poitrine, sur le public masculin. Au début, elle doit se contenter de petites apparitions non-créditées, et c’est d’avantage grâce à ses photos sexy, abondamment publiées dans la presse, qu’Anita Ekberg se fait remarquer. Elle tient finalement son premier rôle cinématographique important dans «Blood Alley» (1955), dans lequel, curieusement, elle incarne une Chinoise, et qui lui vaut, en février 1956, un Golden Globe de la nouvelle-venue la plus prometteuse de l’année 1955, ex-aequo avec Victoria Shaw et Dana Wynter.

Sa carrière de vedette est désormais lancée et on peut la voir dans, notamment, «Back from Eternity» (1956), «Valerie» (1957), «Paris Holiday» (1958) ou encore «Screaming Mimi» (1958). L’Angleterre apprécie également la sculpturale Suédoise et on la retrouve dans les films britanniques «Zarak» (1956), «Interpol» (1957) et «The Man Inside» (1958). Elle a aussi ses premiers contacts avec l’Italie en y étant une des interprètes de la superproduction américano-italienne «War And Peace» (1956), Elle a ainsi l’occasion, selon un journal de l’époque, de faire sensation auprès de la gent mâle romaine.

Elle tourne son premier film 100% italien, le péplum «Nel segno di Roma», en 1959. Le pays plaît décidément beaucoup à l’actrice, qui finira d’ailleurs par s’y installer et s’y faire naturaliser. Jusqu’en 1962, elle fréquente exclusivement les studios transalpins.Federico Fellini la fait entrer dans la légende avec «La dolce vita» (1960) et la réutilise peu après dans un des sketches de «Boccacio 70» (1962). Elle est en outre l’interprète de «Apocalisse sul fiume giallo» (1959), «Le tre eccetera del colonello» (1960), «A porte chiuse» (1960), «Anonima cocottes» (1960) et «I mongoli» (1961).

A partir de 1963, elle est une vedette internationale qui travaille en Italie, aux U.S.A., en Grande-Bretagne, en Autriche ou en Espagne. Malheureusement, il s’avère de plus en plus difficile pour Anita Ekberg de continuer à faire vivre le personnage qu’a magnifié Fellini. Au fil des ans, sa silhouette s’épaissit inexorablement et la qualité de ce qu’on lui propose baisse au même rythme. Elle ajoute alors à sa filmographie des titres comme «Call Me Bwana» (1963), «Four for Texas» (1963), «Bianco, rosso, giallo, rosa» (1964), «The Alphabet Murders» (1965), «Das Liebeskarussell» (1965), «Scusi, lei è favoravole o contrario» (1966), «Il cobra» (1967), «Cronica de un atraco» (1968), «Malenka» (1969), «Il debito coniugale» (1970), «La lunga cavalcata della vendetta» (1972),… Elle apparaît en outre, jouant son propre rôle, dans «I clowns», que Fellini tourne pour la RAI et qui sera montré à la télévision le jour de Noël 1970 avant de sortir en salles.

Si, comme on le voit, l’actrice n’arrête pas de tourner, sa carrière décline néanmoins progressivement.Dès le début des années 70, elle est moins présente sur les plateaux de tournage. Rappelons toutefois sa dernière incursion dans l’univers de Fellini qui, dans «Intervista» (1987), la réunit avec Marcello Mastroianni dans une scène nostalgique évoquant «La dolce vita». Mentionnons aussi ses étonnantes prestations en nonne déséquilibrée et sadique dans «Suor omicidi» (1979) ou en cantatrice finissant étranglée par un nain avec qui elle a eu une liaison dans le film belge «Le nain rouge» (1998), qui marque ses adieux au Septième Art.

La fin de son existence est tristement marquée par des ennuis de santé et des problèmes financiers.

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Ed.7.2.2 : 24-8-2015