Rudolph VALENTINO (1895 / 1926)

… le grand séducteur

Rudolph Valentino

Rudolph Valentino, dont les apparitions (et même celle de son corbillard au jour de son enterrement!), causèrent des manifestations publiques qui font paraître ridicules les vociférations plus contemporaines des minettes hystériques qui, naguère encore, donnaient du "Paaaaatrickkkkkkkkkkkkkkkk !!!!", est décédé depuis 90 ans maintenant.

A cette occasion, L'Encinémathèque fait un petit retour sur ce que fut la carrière – et la légende qui en suivit – de l'un des tous premiers mythes du cinéma international.

Christian Grenier

Jeunesse…

Rudolph ValentinoRudolph Valentino et Alla Nazimova

D'origine italienne, de la province des Pouilles plus précisément, Rodolfo Valentino est né dans le petit village de Castellanetta, le 6-5-1895, dans une famille bourgeoise. Son père Giovanni, initialement artiste de cirque, puis vétérinaire, décèdera en 1906. Sa mère, Marie Barbin, est d'ascendance française.

Après des études élémentaires dans la ville voisine de Tarente, il est l'élève du Collège militaire de la même cité(1907/1910). Fort de ses succès scolaires, le jeune adolescent présente sa candidature à l'école navale de Venise, mais il lui manque un centimètre de tour de poitrine pour satisfaire aux conditions physiques exigées par le règlement !

Révolté par ce qu'il considère comme une injustice, le jeune Rudolph voyage en Europe, apprenant la danse lors d'un son séjour parisien. Après quelque mois d'oisiveté, il entre à l'école d'agriculture de Gênes où il étudie pendant deux ans afin de se préparer un avenir de fermier. Il étudie également la danse lors d'un séjour parisien. Mais là n'était certainement pas sa vocation…

Sans avenir précis, Rodolfo dépense rapidement entre Monte Carlo et Paris le petit pécule qu'on lui réservait pour sa majorité. Pour se refaire une fortune, il débarque, le 23-12-1913, dans le port de New York. A bord du Cleveland qui l'a emmené vers ce nouveau monde, il se découvre (ou s'invente) des qualités de danseur qui vont le servir à s'installer dans la grande cité.

Après avoir dilapidé le petit pécule familial à lui confié pour le voyage, le jeune homme accepte un poste de sous-intendant que lui offrait un millionnaire de Long Island. Situation sans lendemain. Reprenant ses activités de danseur, il devient le partenaire de Bonnie Glass (1914).

En cette même année 1914, Rodolfo, crée sur la scène de San Francisco le rôle masculin d'une pièce intitulée «Nobody Home». A cette époque, selon certains historiens ou archivistes du cinéma, il aurait personnifié quelques silhouettes, souvent de danseur, dans trois ou quatre bandes filmées…

Hollywood…

Rudolph ValentinoSa demeure hollywoodienne…

A partir de 1917, on retrouve plus sûrement le nouvel acteur dans la distribution de quelques films. Lui-même considérait «The Married Virgin» (1918) comme son premier travail “cinégraphique”. On le retrouve d'ailleurs au générique de plusieurs oeuvres, sous des déclinaisons différentes de ce qui devait devenir son patronyme définitif, Rudolph Valentino.

Sa carrière débute véritablement avec «Les 4 cavaliers de l'apocalypse» (1921). Entre 1921 et 1922, on le retrouve aux génériques de 9 films aujourd'hui devenus célèbres par sa seule présence. Citons deux adaptations d'œuvres de la littérature française, «Camille/La dame aux camélias», d'après Alexandre Dumas et co-interprété par Alla NazimovaAlla Nazimova, puis «The Conquering Power/Eugénie Grandet», d'après Balzac. Mais c'est le premier chapitre de «The Sheik/Le cheik»(1922) qui fait de ce bel acteur au charme latin l'idole vénérée de toute une génération de femmes américaines (et autres).

Les grandes actrices hollywoodiennes valsent alors entre les bras de Rudolph Valentino : Lila LeeLila Lee dans «Blood and Sand/Arènes sanglantes» (1922), Gloria SwansonGloria Swanson dans «Beyond the Rocks/Le droit d'aimer» (1922), Bebe DanielsBebe Daniels dans «Monsieur Beaucaire» (1924), Nita NaldiNita Naldi dans «A Sainted Devil/L'hacienda rouge» (1924), Vilma BankyVilma Banky dans «The Eagle/L'aigle noir» (1924) et le succédané de son grand succès, «The Son of the Sheik/Le fils du cheik» (1926).

Vie privée…

Rudolph ValentinoRudolph Valentino et Alla Nazimova

Sa vie sentimentale est assez trouble. Sa première épouse, Jean Acker, issue de l'entourage de l'actrice russe Alla Nazimova, une lesbienne notoire, lui refuse l'accès au lit conjugal le soir même de leur nuit de noces ! Ca commence bien…

Peu de temps après le divorce, il convole en secondes noces avec Natacha Rambova, ex-costumière de la même Nazimova. Mais, dans la Californie de ce début de siècle, la loi exige un délai entre deux mariages. Voilà le bel Italien arrêté pour bigamie !

N'occultons pas sa réputation d'homosexualité, ne serait-ce que pour en dire, selon historiens et biographes, qu'elle n'a jamais été ouvertement démontrée…

Mais laissons-là le côté “people” de l'affaire. Car Rudolph Valentino est avant tout devenu un mythe. Sa mort prématurée, en 1926, va lui conférer cette grandeur que, peut-être, le cinéma parlant lui aurait retirée. Une mort pleurée par 100 000 personnes le jour de son enterrement.

Et comment ne pas évoquer cette inconnue (*) qui, telle la dame mystérieuse des concerts de Tchaikovsky, continuera pendant des années, voilée de noir, à venir fleurir sa tombe à la date anniversaire de sa mort. Comme Raoul Walsh , on a longtemps pensé qu'elle pouvait être l'actrice Pola NegriPola Negri : on sait aujourd'hui qu'il s'agissait de Ditra Flame dont la mère fut une amie de l'acteur.

* Document emprunté à l'ouvrage d'Alexandre Walker, «Rudolph Valentino», 1976, Ed.Elm Tree Books-Hamish Hamilton Ltd, que je vous conseille fortement.

Documents…

Sources : Ciné-magazine N° 30/1922 du 23 juillet 1922, article de Robert Florey, pour le paragraphe relatant la jeunesse de Rudolph Valentino, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Rudolph Valentino : "Women are not in love with me but with the picture of me on the screen (Les femmes ne sont pas amoureuses de moi, mais de mon image à l'écran)." (cf.Internet Movie Database)

Christian Grenier (juillet 2002)
Ed.7.2.1 : 6-7-2015