Buster KEATON (1895 / 1966)

… le clown blanc d'Hollywood

Buster Keaton

Pour mesurer l'importance de Buster Keaton dans le cinéma muet burlesque, il suffit de comparer ses films à ceux de ses collègues et contemporains Harry Semels, Clyde Cook ou Harry Langdon.

Débarrassées des grimaceries et allégées des tartes à la crème, nourriture gargantuesque des spectateurs des premiers temps du cinéma comique américain, les oeuvres de Buster Keaton relèvent d'une intemporalité qui nous permettent, près d'un siècle plus tard, de les redécouvrir avec surprise et de nous en émerveiller avec enchantement.

Moins démonstratif et sentimental que Chaplin, le “cinégraphiste” se révèle plus inventif et meilleur technicien : son cadrage ne laisse rien au hasard et ses gags sont empreints de finesse et de légitimité…

Christian Grenier

Joseph, né avec le cinéma…

Buster Keaton"Buster" au vaudeville

Deux mois avant la fameuse projection des frères Lumières au Grand Café de Paris qui marquera officiellement la naissance du cinéma (sauf pour les Américains qui l'attribuent à Thomas Edison) vient au monde le petit Joseph Francis Keaton, très exactement le 4 octobre 1895, dans une petite ville du Kansas, Piqua, où ses parents, artistes de vaudeville, donnent une représentation.

Son père, Joseph Hollie Keaton (1867/1946), homme de grand taille et d'une certaine carrure, est le fils d'un meunier ayant acquis un terrain lors de l'Oklahoma Land Rush of 1889, une course à la propriété comme on en organisait encore dans le Far West du XIXème siècle. A l'âge de voler de ses propres ailes, il s'engagea dans des "medicine shows", sorte de spectacles davantage destinés à vanter les propriétés de produits pharmaceutiques aux vertus miraculeuses auprès des spectateurs trop crédules qu'à véritablement les distraire. Engagé par le Cutler-Bryant Medicine Show, il tomba amoureux de la fille de l'un des deux co-propriétaires, Myra Edith Cutler (1877/1955), qu'il épousa sans tarder. Aussi frêle et légère que son époux se montrait grand et fort, Myra jouait du saxophone avec autant d'ardeur qu'en mettaient la plupart des dames de l'époque à manipuler aiguilles et casseroles.

En cette fin d'autome 1895 donc, le couple se produit au sein du "Mohawk Medicine Company" lorsqu'il connaît pour la première fois les joies de la paternité, sans pour autant s'attarder sur le théâtre de l'événement, le spectacle devant inlassablement continuer. Il poursuivit cette vie itinérante jusqu'en 1899, avant de se fixer dans la “Grande Pomme”, New York.

"Buster"…

Rappelons l'anecdote au cours de laquelle le garçonnet devait recevoir son pseudonyme d'artiste : à 6 mois, en 1896, déjà sujet à la bougeotte, il dévale sans conséquence un escalier au bas duquel se trouve le célèbre magicien Houdini, lequel s'exclame, subjugué : "What a buster ! (Quel casse-cou !)". Vraie ou fausse, l'histoire – que l'intéressé se plaira à répéter – est suffisamment entrée dans l'histoire du septième art pour que nous puissions nous permettre de la reproduire !

"Buster", puisqu'il faut désormais l'appeler ainsi, fait ses débuts sur une scène de music hall aux côtés de ses parents dès 1899, comme simple élément du décor. Rapidement, Senior l'affuble d'une perruque et de larges vêtements et l'enfant le suit dans ses numéros en répétant ses mouvements, déclenchant immanquablement l'hilarité d'un public qui en redemande.

"Les trois Keaton" donnent alors un tour nouveau à leur spectacle, au sein duquel le gamin prend bientôt la première place en impressionnant par ses capacités physiques et acrobatiques, au point que naît la rumeur qu'il pourrait ne s'agir que d'un nain ! Il est devenu le souffre-douleur contortionniste de ses partenaires adultes, son père n'hésitant pas à le bousculer, à l'employer comme serpillière ou même à l'utiliser comme projectile à l'adresse de spectateurs trop hardis ! Ainsi, "Buster", gymnaste dès son plus jeune âge, s'habitue aux chutes et aux coups, devenant une sorte de cascadeur avant la lettre : il affirmera plus tard n'avoir été blessé qu'une seule fois lorsque son géniteur ajusta mal un coup de poing lancé en direction de son visage !

Un tel traitement, qui semble s'être poursuivi avec moins de retenue derrière les rideaux des théâtres afin de parfaire son éducation, ne tarda pas à alerter, dès 1902, la Gerry Society, une association newyorkaise pour la protection des enfants maltraités, qui fit valoir l'interdiction faite aux parents de produire leur jeune progéniture en bas âge sur scène…

Le cinéma burlesque…

Buster KeatonBuster Keaton et Roscoe 'Fatty' Arbuckle

En 1907, la Gerry Society finit par parvenir à ses fins et la famille Keaton doit quitter l'état de New York pour se produire dans des tournées plus discrètes. Cette décision judiciaire n'incite guère les parents à intégrer leurs derniers rejetons – Harry, né en 1904, et Louise, née en 1906 – dans leurs représentations. Pour échapper à de nouvelles poursuites, tout ce petit monde embarque pour l'Angleterre où il se produira de au Palace de Londres (1909). Rentré au pays natal, Joseph Sr se voit proposer un contrat par le magnat de la presse William Randolph Hearst pour ce nouvel art qu'est le cinématographe (1913), mais il refuse, ne croyant pas en l'avenir de cette drôle de technologie.

Entre temps, petit Buster est devenu grand et le numéro de l'enfant-ballon n'est plus adapté à sa morphologie. Senior succombant de plus en plus souvent à son penchant pour la boisson, le jeune homme décide d'abandonner sa famille pour s'installer à New York où il s'engage dans le Passing Show des frères Schubert, une revue musicale renouvelée annuellement on Broadway depuis 1894.

Les répétitions ne sont pas terminées qu'il fait la connaissance de Lou Anger, directeur d'un studio de cinéma appartenant à Joseph Schenck, et dont la vedette principale est l'acteur comique Roscoe Arbuckle, dit “Fatty”, alors plus célèbre – et mieux payé – que Chaplin lui-même. Invité sur le plateau, il accepte la proposition que lui fait l'acteur de rejoindre sa troupe.

«C'est lui le gros c'est moi le petit…»

En février 1917, Buster Keaton fait donc son apparition dans les studios de la Comique Film Corporation où il rencontre la jeune et jolie Natalie Talmadge, une scripte plus connue pour être la soeur des célèbres actrices Norma et Constance, et à laquelle il ne tarde pas à faire la cour. Mais il n'est pas là pour ça, et le voici servant la soupe à ce brave Roscoe dans «Le garçon boucher» (1917), un premier film pour lequel il n'est pas cité au générique. L'année n'est pas achevée que les activités d'Arbuckle sont transférées à Long Beach (Californie). Et toute la troupe de déménager… sauf Natalie, restée sur place auprès de maman.

Au fil de leurs travaux communs – de courtes bandes comme «Coney Island/Fatty à la fête foraine», «A Country Hero» en 1917, «The Cook» en 1918,… dans lesquelles il ne se prive pas de rire – Keaton creuse son sillon auprès de Fatty, devenant bien vite son gagman, son premier assistant, son alter-aego à l'écran et parfois même, de manière anonyme, son co-réalisateur («The Rough House», 1917).

En 1918, appelé sous les drapeaux, il est envoyé en France où il demeure plusieurs mois, oeuvrant à la distraction de ses camarades de lutte sans participer au moindre combat, ce qui ne l'empêchera pas de perdre partiellement l'ouïe. Rendu à la vie civile, il dédaigne les propositions avantageuses de Jack Warner et William Fox, pour retrouver son compère avec lequel il donne encore trois films, «Back Stage», «The Hayseed» (1919) et «The Garage» (1920).

En 1919, Arbuckle signe un contrat mirobolant avec Adolph Zukor et quitte la Comic pour un avenir qui sera bientôt assombri par une sordide affaire de moeurs, laissant son compagnon poursuivre son chemin en solitaire. Si Keaton connaissait la manière de faire sourdre les rires d'un public difficile et parfois revêche, au terme de leur collaboration, il aura tout appris du cinéma auprès de Fatty, et certains gags à venir trouveront leur origine dans l'un de leurs 15 titres communs (nombre aujourd'hui encore remis en cause, certains titres n'étant connus que comme tels, tandis que d'autres, distincts, pourraient se rapporter à un même opus). Enfin, et ce n'est pas la moindre des choses, Arbuckle aura permis à Keaton de grandir à ses côtés, sans jamais manifester la moindre jalousie envers celui qui était devenu une aussi grande vedette que lui.

Malec et Frigo…

Buster KeatonBuster Keaton

Roscoe Arbuckle parti sous d'autres cieux, Joseph M.Schenck propose alors un salaire de mille dollars par semaine, assorti de 25% des bénéfices, à Buster Keaton pour devenir sa vedette principale, lui laissant par ailleurs toute la liberté de création qu'il peut souhaiter. Au sein d'une nouvelle compagnie, la Metro Pictures, installé dans des studios laissés vacants par Chaplin, le fantaisiste s'entoure d'une équipe restreinte de collaborateurs fidèles – comme le réalisateur Eddie Cline ou les techniciens Elgin Lessley et Fred Gabourie – et tout ce petit monde se met au travail.

Insatisfaits de leur premier fruit, «The High Sign» (1920, qui ne sortira qu'en 1921), ils le seront davantage du 2ème, «One Week/La maison démontable» (1920), dans lequel toute la panoplie du personnage se met en place. Loin du sentimentalisme de Charlot, Malec (ou Frigo comme on l'appellera en France) se montre impassible et même parfois cruel. Sans le moindre didactisme – se déclarant apolitique, il regrettera dans ses mémoires l'engagement idéologique de Chaplin qui lui vaudra l'exil –, les oeuvres de Keaton ne donnent d'autres leçons que celles que les analystes voudront bien y trouver, le déclarant raciste lorsqu'il refusera d'envisager un mariage interracial («Les fiancées en folie», 1925) et cosmopolite quand il rendra leurs terres aux autochtones («Malec chez les Indiens», 1922). Utilisant ses talents d'acrobate, n'étant jamais doublé dans les scènes les plus dangereuses, il met également à profit son expérience de la scène pour construire son image d'homme qui ne rit jamais : "J'avais remarqué que, lorsque je riais, le public ne riait pas". Même un revolver sous le nez ne suffira pas à le faire déroger de cette règle de jeu !

Ainsi de 1920 à 1923, les Productions Buster Keaton founiront au public du monde entier une petite vingtaine de courts métrages – dont certains n'ont pas été retrouvés – fourmillant de gags désopilants qui décrochent encore aujourd'hui des rires sans complaisance ni retenue. A ce titre, «The Goat/Le crime de Malec» (1921), «Malec forgeron» ou «Frigo à l'Electric Hotel» (1922) ont bien mérité que la chaîne de télévision Arte les sorte récemment de l'oubli.

Les longs métrages…

En 1921, sans attache sentimentale, Natalie se propose à Buster par courrier interposé. Leur union, que certains prétendront dictée par des considérations économiques avancées par Joseph Schenck (mari de Norma Talmadge, faut-il le rappeler), sera prononcée le 31 mai et concrétisée par la naissance du petit James (1922).

En 1923, Schenck considère qu'il est temps de changer son fusil économique de poche en produisant des métrages plus conséquents. Jusqu'en 1928, Keaton va aligner avec plus ou moins de bonheur commercial une dizaine de titres suffisamment célèbres pourqu'il ne soit pas nécessaire de s'y étendre dans le cadre d'un récit à vocation biographique, mais qu'il convient néanmoins de citer et d'illustrer : «Les trois âges», «Les lois de l'hospitalité» (1923), «Sherlock Junior», «La croisière du Navigator» (1924), «Les fiancés en folie», «Go West/Ma vache et moi» (1925), «Batling Butler/Le dernier round», «Le mécano de la Generale» (1926), «Sportif par amour» (1927) et «Cadet d'eau douce» (1928).

L'art est difficile car, s'il est simple de tenir un public enjoué par une succession de gags durant une vingtaine de minutes, il est nécessaire d'y intégrer une histoire en forme de fil rouge lorsqu'il s'agit de dépasser l'heure de jeu.C'est un tout autre travail sur lequel Keaton finira par user son inventivité et sa modernité. Parallèlement, après la naissance de son fils Robert (1924), les relations avec Natalie se dégradent, l'épouse estimant, selon les dires ultérieurs de la victime, en avoir terminé avec la sexualité de couple. Le mari délaissé se consolera dans des bras de passage, insuffisamment pour y trouver le bonheur ou la simple sérénité, avant de succomber à son tour aux délices de Bacchus.

En 1928, après l'échec commercial de «Cadet d'eau douce», le comique américain, sur les conseils de Schenck, succombe aux rugissement de la MGM à laquelle il vend son indépendance artistique et sa liberté de création…

la décadence…

Buster KeatonBuster Keaton (1964)

Les deux premiers films que Keaton réalise pour la MGM, «The Cameraman» et «Spite Marriage/Le figurant» (1929), ne sont pas encore “parlants”, même si le second – pour lequel il a vainement sollicité l'enregistrement des dialogues – bénéficie d'un accompagnement musical. Si le premier demeure le plus grand succès commercial de son auteur, celui-ci se rend vite compte qu'il a fait "… la plus grande bêtise de ma vie !". Il n'est plus la première vedette au sein d'une compagnie aussi importante que la fameuse firme au lion et il devra se soumettre aux mêmes conditions de travail que ses nombreux collègues. Par ailleurs, le son fait une entrée incongrue dans son univers, essentiellement basé sur la gestuelle. Les spectateurs s'émerveillent davantage à la voix inattendue d'Al Jolson et de ses imitateurs qu'aux pitreries, même renouvelées, des meilleurs artistes burlesques. Une forme de cinéma a fait son temps.

Pourtant, loin de s'en inquiéter comme le firent René Clair ou Chaplin, Keaton tentera de s'accomoder de cette évolution technique en l'intégrant dans ses oeuvres sonores («Sidewalks of New York.Buster millionnaire» en 1931, où il utilise des enregistrements sur microsillons pour construire sa déclaration d'amour). Mais il se voit peu à peu séparer des plus fidèles membres de son équipe et imposer des scénaristes ou des techniciens qui ont leurs propres vues sur leur travail et une grande influence auprès des chefs de département. On lui adjoint même une co-vedette, Jimmy Durante, au débit de mitraillette et à la gesticulation expansive, dont il ne tarde pas à être relegué au rôle – humiliant pour lui – de faire-valoir («Le plombier amoureux» en 1932, etc).

Parallèlement, Natalie demande le divorce, obtenant la garde de leurs enfants et le droit de changer leur patronyme, la jouissance de leur superbe villa familiale de Beverly Hills, ainsi qu'une forte pension alimentaire que l'intéressé ne sera pas toujours en mesure de payer. En 1933, celui-ci se remarie avec son infirmière du moment, Marie Scribbens, union qui tournera rapidement à la catastrophe et se soldera par un nouveau divorce (1935). Se réfugiant de plus en plus fréquemment dans l'alcool, il se montre peu coopératif dans sa participation au court métrage promotionnel de la compagnie, «Hollywood on Parade No. A-13», précipitant ainsi son licenciement.

En 1934, le voici en France où il tient la vedette d'un film de Max Nosseck, «Le roi des Champs-Elysées», avec notre charmante Bécassine, Paulette Dubost. Relégué aux tâches mineures, il anime dans son pays, de 1934 à 1937, une série de courts-métrages pour l'Educational Film Corporation («Allez Oop !», etc), reprenant avec plus ou moins de bonheur les gags qui lui valurent ses moments de gloire.

Boulevard du crépuscule…

De 1938 à 1951, Buster Keaton fera quelques apparitions plus ou moins valorisantes à l'écran («Lil'Abner» en 1940, «Et la vie recommence» en 1943, «God's Country» en 1946, etc) et tiendra même un premier rôle dans un film mexicain, «El moderno barba azul» (1946). En 1950, il est de la cohorte des artistes déchus déambulant sur le «Boulevard du crépuscule» où les a nostalgiquement rassemblés Billy Wilder.

Remarié en 1940 avec une danseuse à peine majeure, Eleanor Norris, auprès de laquelle il finira ses jours dans une paix sentimentale retrouvée, il tiendra un vague rôle de gagman ou de conseiller technique dans une petite quinzaine de titres, le plus souvent produits par la Metro, avant d'être l'un des rares artistes à voir le récit de sa vie porté à l'écran («The Buster Keaton Story/L'homme qui n'a jamais ri», 1957, avec Donald O'Connor dans son propre rôle).

La France a souvent montré son attachement à ces fantaisistes américains trop rapidement dédaignés dans leurs pays. Charles Chaplin, Laurel et Hardy et, plus tard, Jerry Lewis furent de ceux là. Buster Keaton eut droit à nos mêmes faveurs hexagonales et c'est avec une grande joie et une forte émotion que le public parisien eut l'opportunité d'applaudir Malec-Frigo à quatre reprises sur la piste du cirque Medrano (1947, 1950, 1951 et 1954). Soyons honnête et rendons grâce à l'Académie des oscars d'avoir attribué une statuette d'honneur (1960) à notre intrépide navigateur pour sa contribution à cet art cinématographique dans lequel il finit par se noyer.

Le 1er jour de février 1966, un cancer du poumon devait l'emporter vers un monde que l'on dit meilleur mais où personne ne se montre pressé de se rendre. Neuf mois plus tard, le temps d'un dernier enfantement, «Le forum en folie» sortait sur les écrans, nous gratifiant des dernières pirouettes du clown au visage de marbre.

Charlie Chaplin et Buster Keaton ont amusé pendant une bonne quinzaine d'années les spectateurs d'une bonne moitié de la planète. Pourtant, lorsqu'on les voit enfin côte à côte dans ce chant du cygne commun que constitue «Limelight/Les feux de la rampe» (1952), une émotion profonde nous envahit, qui finit par nous arracher quelques larmes : on ne peut faire confiance à personne !

Documents…

Sources : «Buster Keaton», biographie de David Robinson (1973), «Buster Keaton, un génie brisé par Hollywood», documentaire de Jean-Baptiste Péretié, (2015), documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Grandeur et décadence…

Citations :

"Un comique de cinema ne peut pas durer des années, et surtout produire un nombre égal de films. Quatre ans, c'est à peu près toute la durée de sa progression et de son inspiration sans cesse renouvelée "

Buster Keaton
Christian Grenier (juin 2016)
Ed.7.2.2 :4-6-2016