Marion DAVIES (1897 / 1961)

… le talent à la sauce Coué

Marion Davies

Qui parlerait de Marion Davies si elle n'avait pas attiré l'attention de William Randolph Hearst ?

Mais qui parlerait également de Brigitte Bardot si…

Ne jouons pas à cette futilité qui consiste à refaire l'histoire du cinéma: en matière de préfabrication, nombre de nos étoiles contemporaines n'ont rien à envier aux maisons Phoenix !!!

Et ne reprochons pas à une jeune danseuse de dix-huit d'avoir eu de grandes dents, mon enfant…

Christian Grenier

Les premières années…

Marion DaviesMarion Davies aux Ziegfeld Follies

Marion Cecelia Douras est née le 3-1-1897, à Brooklyn, quartier de New York.

Élevée avec ses sœurs aînées (Rose, Reine et Ethel) dans une ambition artistique (Reine fit également du cinéma), elle débute au théâtre dès 1910.

Les sœurs Douras, émerveillées par le Davies Insurance Building, décident d'adopter ce patronyme pour leurs noms d'artistes: Reine, Marion, et les autres Davies.

On retrouve plus tard la cadette comme chorus girl aux Pony Follies, tandis qu'elle sert de modèle à quelques peintres de renom.

Rapidement, la voici danseuse aux fameuses Ziegfeld Follies. Entre 1915 et 1917, elle se produit plusieurs fois sur les scènes de Broadway: «Chin-Chin», «Stop Look and Listen», «Betty», etc.

Mais l' ambition de Marion est de devenir actrice de cinéma. C'est ainsi qu'elle écrit (maternité supposée, il faut bien le dire) le scénario de son premier film dont la mise en scène est réalisée par son beau-frère, George Lederer, l'époux de Reine. Nous sommes en 1918 et l'œuvre s'intitule «Runaway Romany».

Cette année-là, Mrs.Hearst, épouse du magnat de la presse William Randolph Hearst, occupe son oisiveté en aidant de jeunes artistes à se révéler. C'est ainsi qu'elle présente la jeune Marion à son époux. Elle n'aurait pas dû…

Marion DaviesWilliam Randolph Hearst et Marion Davies

Très vite, celui qui n'était qu'un Pygmalion devient, malgré leurs 34 années de différence, l'amant de l'actrice en herbe. Il ambitionne de faire de sa protégée une nouvelle Mary Pickford, disposant pour cela de l'argent nécessaire et de tous les outils médiatiques susceptibles de placer son étoile au sommet du firmament.

Dès 1918, avec «Cecilia of the Pink Roses» et les oeuvres suivantes, il aide Marion à produire quelques films. Puis il fonde la compagnie Cosmopolitan Pictures (du nom d'un de ses magazines), qui produira jusqu'au dernier ruban celluloïd de sa maîtresse. Avec l'aide du réseau de distribution de la Metro-Goldwyn-Mayer, le magnat parvient à convaincre les Américains du talent divin de sa jeune compagne.

Pourtant, de la période muette de l'actrice (une trentaine de bandes), si l'on excepte les films de Chaplin et Niblo, «The Pilgrim/Le pèlerin» (1923) et «Ben Hur» (1925) dans lesquels elle ne fait qu'une courte apparition, ne subsiste dans nos mémoires et nos cinémathèques que l'œuvre de King Wallis Vidor, «Show People / Mirages» (1928).

Parallèlement, Hearst fait construire la colossale demeure de San Simeon (165 pièces !). Le couple illégitime fait de cette propriété le lieu de rencontre de la haute société d'Hollywood et d'ailleurs. Les soirées de Marion Davies et R.W.Hearst sont sans égales dans tout l'Ouest des États-Unis. C'est au sortir de l'une de ces réceptions, célébrée sur le yacht «The Oneida», qu'en 1924, le réalisateur Thomas Harper InceThomas Harper Ince (considéré comme l'inventeur du western) mourut dans des circonstances non encore élucidées: il aurait succombé à une indigestion (presse de Hearst) consécutive… à un trou au milieu du front ! (certains témoins)… L'on prétend que Chaplin, dangeureux Don Juan, serait à l'origine de la dispute survenue entre Hearst et Ince. Pourtant, dans ses mémoires, Charlot témoignera de la mort naturelle du réalisateur.

Le cinéma sonore et parlant…

Marion DaviesSon empreinte dans l'éternité…

En 1927, le film d'Alan Crosland, «Le chanteur de jazz», révolutionne la technique du cinéma. Plus chantant que véritablement parlant (et même s'il n'est pas tout à fait le premier dans ce domaine), ce film annonce la fin d'une époque. Nombreux sont les acteurs qui se révèleront incapables de franchir la barrière de la parole. Et Marion doute d'elle-même.

Mais son Producteur-Pygmalion la rassure très vite. Il engage les plus grands acteurs de l'époque : Clark Gable («Polly of the Circus» (1932), Bing Crosby («Going Hollywood», 1933), Gary Cooper («Operator Thirteen» (1933)… et appelle les meilleurs directors à la mettre en scène: King VidorKing Vidor («Not so Dumb/Dulcy», 1930), Raoul WalshRaoul Walsh («Going Hollywood» (1933), et surtout le déjà fidèle Robert Z.LeonardRobert Ziegler Leonard, sous la baguette de qui l'actrice tournera à sept reprises.

Mais les œuvres produites ne rapportent pas l'argent attendu par la Metro-Goldwyn-Mayer, et les vedettes masculines font beaucoup d'ombre à “l'actrice la plus talentueuse du monde”…

En 1934, Hearst, espère obtenir pour Davies les rôles principaux des films «The Barrets of Wimpole Street» et «Marie-Antoinette» que la firme au lion (pas Peugeot, nous sommes aux USA !), s'apprête à mettre en chantier (le second ne sortira qu'en 1938). Mais la compagnie lui préfère l'ennemie déclarée, égérie du producteur maison Irving Thalberg, l'actrice Norma ShearerNorma Shearer. Vous comprenez bien que Marion ne vit pas cela d'un bon oeil (private joke !).

Hearst ne travaillera plus pour la Metro-Goldwyn-Mayer, et les derniers films de la jeune femme seront distribués par Warner Bros.

C'est la crise économique aux États-Unis et Hearst connaît quelques revers de fortune. A son tour, Marion soutient son mécène, allant jusqu'à vendre ses plus beaux bijoux pour lui venir en aide.

En 1937, elle tourne ce qui restera sa dernière interprétation, «Ever Since Eve» et se retire définitivement du cinéma, tandis que Hearst dissout la Cosmopolitan Pictures.

Après Hollywood…

Marion DaviesMarion Davies et Horace G.Brown (1951)

Les années qui suivirent furent difficiles pour Marion Davies, qui connaît quelques problèmes avec l'alcool. Mais elle reste toujours la compagne de R.W. Hearst, jusqu'à son décès, survenu en 1951. La famille interdira à l'actrice de suivre les funérailles, malgré leurs 33 années de vie commune.

Quelques mois plus tard, Marion Davies épouse l'obscur capitaine Horace G.Brown, policier à ses heures et acteur à de (suffisamment) rares occasions. Le mariage ne fut pas heureux et l'actrice envisagea plusieurs fois le divorce.

Marion Davies continue ses oeuvres charitables entamées au temps des années joyeuses, fondant notamment The Marion Davies Children's Clinic, partie intégrante de l'UCLA Medical Center.

En 1960, elle soutient la candidature de John Fitzgerald Kennedy à la présidence des États-Unis.

Elle décède en 1961, des suites d'un cancer de la mâchoire. Sa dépouille repose dans le caveau familial des Douras, au Hollywood Memorial Cemetery (aujourd'hui Hollywood Forever).

San Simeon est devenu un parc touristique, tout comme la plupart des studios hollywoodiens. Enfin, ceux qui n'ont pas été détruits…

Plus tard, au décès de sa nièce Patricia Lake, fille de Rose Douras-Davies, la famille de la dite nièce prétendit qu'elle était en fait la fille de Marion Davies et de William Randolph Hearst. Les faits ne furent pas prouvés, mais Patricia est enterrée aux côtés de Marion Davies.

Le mot de la fin…

Marion Davies…En couverture du magazine Photoplay

Que serait devenue Marion Davies sans William Randolph Hearst ?

De nombreux critiques de cinéma assurent qu'elle manquait à ce point de talent que c'est l'absence de propositions envers son actrice favorite qui décida Hearst à financer la Cosmopolitan Productions. Les recettes de ses films ne furent pas mirobolantes, et très peu de ces oeuvres sont restées dans la mémoire des plus curieux des cinéphiles.

D'autres soulignent l'erreur de Hearst, qui voulut faire de sa compagne une actrice dramatique, alors qu'elle était plus naturellement douée pour la comédie.

Le temps, et les critères du talent, ont tellement changé qu'il est impossible aujourd'hui de se faire une idée, comme il est devenu difficile de revoir ses prestations.

Laissons-lui simplement le mot de la fin…

Citation : "With me, it was 5% talent and 95% publicity (En moi, il y a 5% de talent et 95% de publicité)" (Marion Davies)

Documents…

Sources : Imdb, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Christian Grenier (mai 2004)
Ed.7.2.1 : 28-7-2015