Huguette DUFLOS (1887 / 1982)

… de la Comédie Française

Huguette Duflos

Actrice aux origines mystérieuses, très discrète sur sa vie privée, coquette lorsqu'il s'agit de son âge, Huguette Duflos n'en demeure pas moins l'une des actrices les plus représentatives du cinéma français avant qu'il ne se mette à parler.

Comédienne de la maison de Molière, cette grande dame de l'art dramatique connut une carrière cinématographique dont la longévité n'a rien à envier à la qualité, tout au moins dans sa première période.

C'est avec grand plaisir que L'Encinémathèque, ouvrant ses coffres les plus rouillés pour y puiser de merveilleuses images, vous en dévoile l'essentiel.

Christian Grenier

Premières années…

Huguette DuflosTunis, au début du XXème siècle

L'historien du cinéma Yvan Foucart nous apprend, extrait d'acte de naissance à l'appui, que l'héroïne du jour est née Hermance Joséphine Meurs, à Limoges, le 24-8-1887. Donc acte… (de naissance !).

Mais pourquoi donc cette charmante Hermance-Huguette croit-elle bon, dans son autobiographie parue en 1929, «Heures d'actrice» (et dont il faut saluer la qualité de l'écriture), de nous dire qu'elle vit le jour à Tunis ? Limoges serait-elle une ville trop provinciale pour y faire naître une comédienne de la Maison de Molière ? (On trouve également l'indication des origines limousines de l'actrice dans le numéro 12 de Ciné Miroir, en date du 15-10-1922).

La dame reste en permanence discrète sur son année de naissance. Nous lui concèderons volontiers cette coquetterie. Mais il faudra mettre des points d'interrogation sur certaines dates : lorsqu'elle dit, "j'avais 10 ans", qu'elle année faut-il lire ? Et faut-il croire 10 ans ?

Il est acquis que c'est dans la grande Carthage qu'elle passa son enfance, et où elle fut pensionnaire au couvent de Sainte-Monique. Elle n'a que sept ans lorsque ces charmantes religieuses lui font interpréter, dans un spectacle de leur crû, le rôle d'un ange. C'est vrai qu'ils n'ont pas de sexe…

En 1897 (?), la famille rentre en France et s'installe dans la capitale. Hermance est pensionnaire au Raincy, puis poursuit ses études au lycée Fénelon. Toujours attirée par le théâtre, elle apprend par coeur les rôles des pièces qu'elle étudie.

A 15 ans et demi (selon Huguette, mais vraisemblablement plus tard), elle entre au Conservatoire de Paris où elle restera deux années. Elle y reçoit les leçons de Thérèse Kolb et de Raphaël Duflos. A 18 ans (1905), elle en sort avec un second prix de tragédie, entreprend un voyage assez long avant d'épouser Raphaël Duflos (5-11-1910).

Après une coupure de quelques années, elle entre comme pensionnaire (une habitude !) à la Comédie Française (1915 selon Huguette et La Comédie Française, mais plus vraisemblablement en 1912, comme l'écrit Yvan Foucart) où elle débute dans une “pochade” de Théodore de Banville, «Socrate et sa femme».

Désormais, appelons-la Huguette Duflos…

La Comédie Française, et après…

Huguette DuflosHuguette Duflos à la une de Ciné-Revue

Pour cette fameuse maison où elle restera pendant une quinzaine d'années (pensionnaire dès 1912 donc, sociétaire de 1924 à 1927), elle interprète «La chaîne» (1916 ?), une oeuvre de Scribe. En 1917, elle participe à la création de «Les noces d'argent» de Paul Géraldy (voir article). C'est également l'époque de son interprétation de «L'ami Fritz» dans un rôle qu'elle reprendra pour le cinéma en 1919.

L'actrice fait ce pénible aveu  : "J'ai toujours eu très peur lorsqu'il m'a fallu jouer Molière". Ce qui se produit en 1916 pour «Le malade imaginaire». Citons également «L'abbé Constantin» (1918), «Le vieil homme» (1925)…

En 1924, son époux, Raphaël Duflos, quitte la Comédie Française dont il était pensionnaire depuis 1884 et sociétaire depuis 1896. Huguette en fera autant deux années plus tard. Révoltée d'être mise à l'écart au profit de jouvencelles qu'elle juge arrivistes, elle donne sa démission en juin 1926. Mais on ne quitte pas ainsi la Grande Maison. Un contrat est un contrat. Il y a procès (perdu) et arrangement  : Huguette Duflos peut interpréter son premier rôle au “boulevard”, une revue de Maurice DonnayMaurice Donnay, présentée à l'automne 1926 au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Hélas, on ne joue pas le “boulevard” comme on interprète le grand classique et ce premier essai est un échec pour la comédienne dont, de son propre aveu, elle porte la responsabilité.

C'est vraisemblablement en 1928 que le couple Raphaël-Huguette se sépare. En 1929 en effet, elle se fait déjà appeler "Huguette, ex-Duflos".

Entre décembre 1928 et février 1929, la comédienne entreprend une tournée orientale qui l'emportera, en compagnie de Maurice EscandeMaurice Escande notamment, en Egypte, Grèce, Turquie et Roumanie. La troupe connaît une succession de triomphes.

En 1935, aux côtés de RaimuRaimu, elle participe à la création de la pièce de Marcel Achard, «Noix de coco» et fut, en 1948, de celle de «Clérambard» de Marcel Aymé.

Le cinéma muet…

Huguette DuflosHuguette Duflos vue par Harcourt

Jusqu'à plus amples informations, ignorons la participation d'Huguette Duflos, signalée par Imdb, au fameux film de Calmettes et Le Bargy, «L'assassinat du duc de Guise» (1908), un film dans lequel apparaît… Raphaël Duflos.

Réticente vis-avis de “l'art cinégraphique”, comme on disait en ce temps-là, Huguette se laisse convaincre par le réalisateur Henri Pouctal et tourne son premier film pour la société "Le Film d'Art", une oeuvre intitulée «L'instinct» (1914), où elle a son mari pour partenaire. Révoltée par la façon dont le cinéma traite ses actrices (une dame de la Comédie Française n'accepte pas d'attendre des heures dans une pièce que l'on sollicite ses services), elle lance ses chaussures à la tête de Pouctal. Celui-ci, élégant, les ramasse, s'agenouille devant sa vedette et se met en oeuvre de la rechausser. Une grande amitié vient de naître, interrompue par la mort du réalisateur en 1922.

Les films s'enchaînent, et la vedette est dirigée par les réalisateurs français les plus connus de l'époque: Louis FeuilladeLouis Feuillade, René Hervil, Henri Desfontaines…, et même le grand AntoineAndré Antoine dans «Mademoiselle de la Seiglière» (1920). L'actrice raconte une anecdote amusante à propos de ce film: "Si vous avez lu le roman, vous vous souvenez de la fin triste, au couvent. Mais Antoine ne voulut jamais admettre que je me fasse bonne soeur. Bref, j'épousai Joubé en jouant de la harpe et tout le monde fut content" ! (Mon Ciné N° 18 du 22-6-1922).

En 1922, elle se fait remarquer dans le rôle de Fleur-de-Marie («Les mystères de Paris», de Charles Burguet).

En 1923, au cours du tournage de «Koenigsmark», réalisé par Léonce Perret en Allemagne, elle contracte une congestion pulmonaire au cours d'une scène plutôt humide dans les bras de Jaque-Catelain. On craint pour sa vie…

En 1925, sans rancune, elle retrouve Jaque-Catelain en Autriche sur le tournage du film de Robert Wiene (ne cherchez pas un jeu de mot là où il n'y en n'a pas), «Der Rosenkavalier/Le chevalier à la rose».

En 1926, elle est l'héroïne féminine du film de Julien Duvivier, «L'homme à l'Hispano».

Le cinéma “parlant”…

Huguette DuflosHuguette Duflos

La contribution d'Huguette Duflos au cinéma parlant est moins importante. Sans doute l'emphase de sa diction, dûe à son passé théâtral, correspond-il moins aux exigences du parlant. Bien sûr, sa participation au dyptique de Marcel L'HerbierMarcel L'Herbier, «Le mystère de la chambre jaune» et «Le parfum de la dame en noir» (1931), où elle joue le rôle de Mathilde Stangerson, est très remarquée. La suite fut moins délectable…

On se souvient pourtant de son apparition dans la reconstitution historique de Sacha Guitry, «Les perles de la couronne», ainsi que de son rôle dans «Maman Colibri» de Jean Dréville (tous deux de 1937).

Après la seconde guerre mondiale, elle ne tiendra plus que des rôles secondaires, avant de réapparaître en 1961 dans «Les petits matins», réalisé par Jacqueline Audry.

Huguette Duflos est décédée le 12 avril 1982, dans son appartement parisien.

Documents…

Sources :Autobiographie «Heures d'artistes», documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation : "Après mon métier, j'aime mon siècle. Je pense qu'une époque qui a donné les robes courtes, les chapeaux-cloche, le blues, qui a rénové l'art décoratif et créé proprement le cinéma a droit à mes amours." (Huguette Duflos)

Christian Grenier (mars 2005)
Ed.7.2.1 : 29-7-2015