Clara Bow (1905 / 1965)

… "The It Girl"

Clara Bow

Curieux destin que celui de Clara Bow.

Enfant des rues, délaissée par ses parents, objet d'une tentative de meutre perpétrée par sa mère, elle parvient en quelques années à se hisser au rang de grande star hollywoodienne et internationale.

Et même si son règne ne devait durer guère plus, il fut si magistral qu'en 1958, sous l'oeil du photographe Richard Avedon, elle fut l'une des cinq grandes actrices personnifiées par leur illustre “descendante”, Marilyn Monroe.

A l'heure des bilans, si elle ne laisse que peu de grands titres dans l'histoire du septième art, sa présence fut si “aérienne” que le grand producteur Adolph Zukor disait d'elle: "Elle dansait même quand ses pieds ne bougeait pas".

Merci à Marlène Pilaete pour toute l'aide apportée dans l'écriture de cette notice biographique.

Christian Grenier

Une enfance misérable et douloureuse…

Clara BowUne vue de Coney Island, Brooklyn, au début du siècle

Clara Gordon Bow naît un 29 juillet, à Brooklyn, quartier pauvre de la ville New York USA. Sa mère, Sarah Gordon, souffre de graves troubles psychiques, tandis que son père, Robert Bow, violent et alcoolique, n'exerce aucun métier régulier. La petite Clara, troisième fille du couple, fut précédée, sur un plan purement administratif, de deux soeurs mort-nées. Ses parents, persuadés que leur fille ne survivrait guère plus que ses aînées, ne la déclarent pas. L'acte officiel de sa naissance n'a donc jamais été établi et les biographes se partagent à dire que l'événement eut lieu en 1905 ou en 1907.

Mais Sarah Gordon, schyzophrène, ne s'occupe guère de son enfant qui, en véritable garçon manqué, partage les jeux des garçons de son âge et de son quartier. Enfance misérable et douloureuse, marquée notamment par la mort de son meilleur copain, Johnny, qui rend l'âme entre ses bras, grièvement brûlé…

Régulièrement brutalisée son père, elle déclara (1922) s'être réveillée au moment où sa mère posait un couteau de boucher sur sa gorge avec l'intention évidente de la tuer. De cet incident, Clara conservera une insomnie chronique. On le comprend aisément…

En 1921, elle s'inscrit à un concours de beauté ouvert aux jolies filles des 49 états américains. Une apparition cinématographique récompensera la lauréate. Se présentant en guenilles, d'abord dédaignée par les organisateurs, elle crève l'écran lors du test cinématographique. Couronnée, la voici retenue pour le film «Beyond the Rainbow» (1922). Mais son apparition, coupée au montage initial, ne sera rajoutée que dans des présentations ultérieures, lorsque la vedette sera davantage connue du public.

Débuts au cinéma…

Clara BowClara Bow en 1922

Voici donc notre enfant en partance pour un studio de Chicago. Malgré sa déception, elle reste ferme sur son intention et finit par acquérir un rôle plus significatif dans un mélodrame maritime. Le réalisateur Elmer Clifton, ayant remarqué son joli minois sur une photographie, l'engage pour un salaire dérisoire, lui confiant un rôle somme toute assez important dans son prochain film, «Down to the Sea in Ships/Le harpon» (1922). Elle y campe un véritable garçon manqué, Dot Morgan, performance qui, sans lui demander beaucoup d'efforts, la fait remarquer du public, donc des producteurs…

Voyant le film, un employé de la Preferred Pictures Corporation, Jack Bachman, rencontre la jeune actrice et la signale à son patron, Benjamin Percival SchulbergBenjamin Schulberg (1923), qui lui fait signer un contrat de 3 mois. Homme d'affaires malin, celui-ci ne tarde pas à comprendre tout le parti qu'il peut tirer de la “petite”. Il la prend rapidement sous son aile (et dans ses bras), lui promettant gloire et fortune dans un avenir proche. Clara n'a rien à perdre, il faut bien le reconnaître…

Sous sa houlette, elle tourne, dès 1923, dans «Maytime», réalisé par un Français échoué à Hollywood, le vétéran Louis GasnierLouis Gasnier, et dont la vedette masculine n'est autre que le célèbre Harrison FordHarrison Ford. Mais non, pas celui de «Star Wars», le premier (1884/1957) !

Vers cette époque (1923), Sarah Gordon, mère de l'actrice, décède dans un asile psychiatrique, soutenue par sa fille dans ses derniers jours.

Schulberg, véritable tyran qui sous-payait les acteurs ayant eu l'imprudence de signer un contrat avec lui, soumet la nouvelle vedette à un rythme infernal. Entre 1924 et 1925, celle-ci apparaît dans pas moins de 25 bandes cinématographiques dont la plupart ne laissent pas un souvenir impérissable, un grand nombre étant d'ailleurs considérées comme perdues.

Des productions comme «Black Oxen» (1924) ou encore «Kiss Me Again» (1925, réalisée par Ernst Lubitsch) attirent l’attention sur Clara Bow. Elle crée sa marque de fabrique en dessinant ses lèvres en forme de coeur, artifice que son mentor ne tarde pas à exploiter jusqu'à en faire une mode («My Lady's Lips», 1925).

Devenue l'une des principales vedettes des studios Preferred, elle tourne alors «The Plastic Age» (1925), qui la met particulièrement en valeur et dans lequel elle a peut être l'occasion de faire la rencontre d'un jeune figurant nommé Clark GableClark Gable. Plus certaine est la liaison qu'elle entame avec la vedette principale, Gilbert RolandGilbert Roland. On les dira même fiancés…

La notoriété…

Clara Bow>Clara Bow, the “It” girl (1927)

Bien que désormais fort accaparée par le star system, Clara Bow ne délaisse pas pour autant ce père si souvent absent, mais si destructeur lorsqu'il participitait à la vie familiale. Afin de lui rendre sa dignité, elle lui achète successivement plusieurs commerces (restaurant, laverie…) qui firent l'objet d'autant de faillites. Par la suite, l'ivrogne encombrera souvent les plateaux où sa fille s'échinait.

En 1926, B. P. Schulberg entre à la Paramount, entraînant avec lui sa vedette dont il fait racheter le contrat par Jesse LaskyJesse Lasky pour 25 000 dollars ! Pour cette compagnie, elle est alors l’interprète de «Dancing Mothers», «The Runaway», «Mantrap»,… Dans cette dernière comédie, le metteur en scène Victor Fleming obtient le meilleur de son interprête, utilisant à la fois sa sensualité et son espièglerie dans une comédie sentimentale et légère dans les deux sens du terme. Dans la vie réelle, réalisateur et interprète entament une courte liaison…

En 1927, Clara Bow fait partie de la distribution de «Wings/Les ailes», réalisé par l'ex-aviateur William Wellman. Au même générique figure le nom d'un jeune acteur fraîchement débarqué à la Paramount, Gary CooperGary Cooper, et qui, lors d'une courte scène, prononce une phrase tragique avant de partir vers son inéluctable destin.

Mais c'est sa performance dans «It/Coup de foudre» de Clarence Badger (1927), qui fait de la star un véritable sex-symbol. Titre court, racoleur, qui va lui servir de surnom (The “It Girl”, celle qui a de “çà”). Interrogée, elle déclare ne pas être tout à fait sûre de la signification exacte de cette expression. Nous si ! Au générique, et toujours dans un petit rôle, on peut encore apercevoir Gary Cooper, dont la présence aurait été souhaitée par l'actrice (NB : information controversée).

A l'occasion du film suivant débute réellement leur romance. Pourtant, dans «Children of Divorce» (1927), Gary se révèle si peu crédible en jeune premier qu'on le remplace au bout de quelques jours de tournage. Hélas, le nouveau venu se montre pire que l'ancien appelé ! Le “westerner” est donc réintégré dans ses fonctions de chevalier servant.

Certains (Imdb entre autres) prétendent que l'on peut apercevoir fugitivement Gary Cooper aux côtés de sa dulcinée dans «Red Hair/La belle aux cheveux roux» (1928). Mais cette affirmation, non retenue par les biographes de l'acteur, est devenue impossible à vérifier car il ne subsiste qu'un court extrait de ce film…

Tandis que se termine cette aventure sentimentale, les producteurs tentent d'exploiter la nouvelle image de Clara, confiant aux scénaristes le soin de multiplier les situations permettant de la présenter en tenue légère. Ainsi, dans «Hula, fille de la brousse» (1927), Victor Fleming, prouvant ainsi qu'il était “partageux”, nous gratifie de quelques images très suggestives. Mais n'y voyez aucune perversion: comment vous comporteriez-vous si vous viviez seul(e) dans la jungle?

En 1928, la popularité de la vedette est à son apogée. Mais par un étrange tour de passe-passe dont B. P. Schulberg a sans doute emporté le secret, ses cachets n'ont pas suivi la même trajectoire…

Une retraite anticipée…

Clara BowClara Bow et Rex Bell (1931)

En 1929, dans un film sonore, «The Saturday Night Kid», elle croise la route d'une jeune actrice à la chevelure blonde platinée, Jean Harlow. A-t-elle alors compris que celle-ci n'allait pas tarder à prendre sa succession ?

Le cinéma sonore s'installe définitivement dans les studios hollywoodiens. Nombre d'acteurs ne seront pas capable de s'adapter à cette nouvelle technique qui nécessite un minimum de talent oratoire.

Mais le déclin de l'étoile relève d'un autre ordre. La maladie mentale de sa mère, sa vie que l'on peut juger dissolue, une accusation d'adultère portée contre elle par une épouse outragée, ses manières résultant d'une enfance perturbée sont autant d'éléments qui lui valent chaque jour de nouveaux dénigrements.

Découvrant que sa secrétaire puise dans ses propres ressources, elle lui intente un procès (1931). L'employée, condamnée, se venge en faisant à la presse des révélations scabreuses, plus ou moins avérées, sur les moeurs de son ancienne patronne.

La Paramount ne tarde pas à prendre ses distances. Schulberg lui-même abandonne sa vedette qui déclare ne plus vouloir revenir au cinéma tant qu'on la considèrera comme un objet sexuel. Il faut dire que les cabales, la désaffection du public et la détérioration de sa santé ne lui laisse guère le choix.

A la fin de l'année 1931, Clara Bow épouse l'acteur Rex Bell, spécialiste des westerns de série "B", rencontré sur le plateau de «True to the Navy» (1930). Ce mariage la met à l'abri d'un besoin financier immédiat.

Dans le ranch familial, l'actrice se repose, certaine de pouvoir revenir au cinéma dès que les offres compatibles avec ses nouvelles exigences se présenteront. Effectivement, hormis la Paramount, les studios ne l'ont pas oubliée. Pour des raisons financières, elle choisit de signer un contrat de deux films avec la Fox Film Corporation.

Dans «Call Her Savage/La fille de feu» (1932), elle se montre encore femme fatale aux dépends de Gilbert Roland. Dans «Hoop-la» (1933), elle fait la preuve d'une beauté toujours éclatante. Les deux films rencontrent un succès public mais, le premier notamment, soulèvent des protestations, violant la rigidité des codes vertueux régissant désormais la moralité du septième art.

La Fox poursuivrait bien l'aventure qui s'est révélée fructueuse mais, découragée par le carcan des contraintes morales qui lui ont valu une nouvelle campagne de critiques, la star se déclare fatiguée…

Epilogue…

Clara BowClara Bow dans les années 40

Clara Bow ne reviendra plus au cinéma. Elle se retire dans le domaine familial de Rancho Clarita, où elle élevera ses deux enfants, Rex Jr (1934) et George (1938).

En 1940, l'actrice souffre de graves insomnies et se plaint de maux de têtes fréquents, désagréments qui justifient un séjour de 4 mois au Kimbal Sanatorium de Los Angeles.

Peu de temps après, son conjoint, Rex Bell, entame une carrière politique dans le camp des Républicains. La perspective d'une victoire électorale l'amène à envisager de s'installer, avec sa famille, à Washington. Cette éventualité effraie l'ex-actrice, retirée de toute agitation depuis trop longtemps, qui tente de se suicider. Rex Bell perd les élections…

A la fin des années quarante, l'état mental de son épouse s'aggravant de façon alarmante, Rex Bell parvient à convaincre celle-ci d'accepter un internement au prestigieux ‘Institute of Living’ de Hartford (Connecticut), où les psychiatres parviennent à découvrir l'origine de sa schizophrénie: un viol paternel subi dans sa seizième année. Quelques années plus tard, Rex Bell - qui n'a jamais voulu divorcer - devient lieutenant gouverneur de l'état du Nevada (1954)…

Bien qu'à la tête d'une petite fortune, Clara Bow passent les dernières années de sa vie dans un modeste bungalow de Los Angeles où, séparée de son mari, elle reçoit de temps à autre la visite de ses enfants. Au grand regret des éditeurs et d'une bonne partie du public, elle refuse d'écrire ses mémoires, "afin de ne pas mettre ma descendance dans l'embarras "

Elle entre peu à peu dans l'ombre et meurt à Los Angeles, d'une crise cardiaque, le 27 septembre 1965. Elle avait à peine soixante ans. Peut-être moins…

Documents…

Sources : The Clara Bow page, L'Encyclopédie Atlas du cinéma, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Par ailleurs, Marlène Pilaete, a consacré une page à Clara Bow dans sa planche N°7.

Citation : "The more I see of men, the more I like dogs/Plus je vois les hommes, plus j'aime les chiens". (Clara Bow)

Citation :

"The more I see of men, the more I like dogs/Plus je vois les hommes, plus j'aime les chiens."

Clara Bow
la môme qu'a d'ça !
Christian Grenier (février 2008)
Ed.7.2.2 : 12-10-2016