Constance TALMADGE (1899 / 1973)

 Constance Talmadge

The Talmadge Sisters

Plongeons-nous à nouveau dans les profondeurs du cinéma muet pour nous remémorer, à ses premières heures, l'aura internationale que connurent en leur temps les soeurs Talmadge, bien oubliées de nos jours, tout au moins en Europe…

Christian Grenier

La jeunesse de Constance…

Constance TalmadgeLa jeune Constance Talmadge

Tant que cela fut nécessaire à sa carrière, Constance Talmadge, la benjamine des trois soeurs laissa croire qu'elle était née en 1900. Bien que l'année varia selon les sources et avec le temps, li nous semble aujourd'hui probable que l'heureux événement eut lieu le 19 avril 1899 à Brooklyn (New York).

Aussi blonde que sa soeur était brune, Constance répondit dès sa petite enfance au surnom de "Dutch", donné par maman Peg pour évoquer ses jolies boucles jaunes lui donnant un air de “garçon hollandais” (?).

Elle essuyait encore les bancs de l'école tandis que sa soeur faisait ses apparitions, encore furtives, devant les caméras de la Vitagraph. S'il faut en croire ses propos de l'époque (Ciné Miroir, 1922), c'est en suivant Norma sur un plateau que la jeune fille parvint à se glisser au coin de l'oeil d'une caméra en pleine activité. Si quelqu'un a pu la pousser, il devait porter le chapeau de Margaret-Peg ! Engagée au tarif de 5 dollars la semaine, la figurante se devait de ne pas dépasser le cadre restrictif de ses attributions décoratives.

En 1916, participant à la conquête de l'Ouest organisée par l'inévitable maman, elle atterrit dans les studios de David Wark GriffithDavid Wark Griffith.

En 1917, toujours à la remorque de Norma et de Margaret , elle plaça sa carrière sous la houlette de Joseph SchenckJoseph Schenck, producteur et époux de Norma . En 1919, sur les conseils et la supervision éclairée de celui-ci, elle fonde sa propre compagnie, la "Constance Talmadge Film Company", dont les films furent souvent distribués par la First National Pictures.

En 1920, en compagnie de son amie Dorothy Gish, Constance nous fit une escapade campagnarde vers un petit village du Connecticut. Tandis que Dorothy s'y mariait secrètement avec l'acteur James Rennie , Constance disait "yes" (variante locale d'une universelle concession amoureuse) à un Grec millionnaire, Constantin Pialoglou , que l'on surnommait déjà "le roi du tabac". Celui-ci exigeant rapidement que sa reine laissât tomber sa carrière artistique, le mariage partit rapidement en fumée (1922)…

La carrière de Constance…

Constance Talmadge«The Primitive Lover» (1922, window card)

Des trois sœurs, Constance Talmadge est la moins bien lotie quant à la conservation de ses films, puisqu’il semble qu’environ deux tiers d’entre eux n’aient pas été retrouvés. A l’instar de Norma, le cinéphile lambda a peu d’occasions de se faire une idée des qualités de Constance. «Intolérance» demeure le plus accessible mais, en cherchant bien, on peut trouver quelques autres prestations de la vedette sur DVD.

Autant Norma excellait dans la tragédie, autant Constance se plaisait à jouer la comédie. Si elle évita toute concurrence familiale, cette différence de répertoire ne permit pas à ces demoiselles de se cotoyer souvent sur un même plateau. En fait, la communion de leurs deux noms au déroulé d'un même générique – formule de style, tant les génériques de cette époque étaient réduits à peau de chagrin – ne se fit qu'à quatre reprises, dont deux débouchèrent sur de véritables collaborations artistiques : «The Peacemaker » (1914) et «The Missing Link» (1916), ce dernier étant produit par la Fine Arts company de Griffith .

Plus chanceuse, la blondinette attire l'intérêt du maître qui en fait l'une des principales interprètes de sa prochaine super-production, «Intolérance» (1916). Brune pour la circonstance, elle incarne «la fille de la montagne» de l'époque babylonienne et Marguerite de Valois dans l'épisode français. En 1919, Griffith reprendra le premier épisode en un film indépendant, «The Fall of Babylone», retournant à cette occasion la scène finale pour lui donner une issue plus heureuse. Six films marquèrent la collaboration du grand metteur en scène et de sa nouvelle protégée, parmi lesquels «The Matrimaniac» (notez l'erreur de titre sur l'affiche) lui permit de se confronter au jeune Douglas Fairbanks Sr .

En 1917, elle atterrit dans les filets de la Select Picture Corporation de Lewis SelznickLewis Selznick (le papa de David O. ), au sein de laquelle elle entama une collaboration artistique avec l'acteur Harrison FordHarrison Ford, premier du nom (1884/1957).

De sa collaboration avec Joseph M. Schenck naquirent la plupart de ces derniers films, souvent réalisés par Sidney FranklinSidney Franklin, écrits ou produits par le couple John Emerson/Anita Loos, la créatrice de «Les hommes préfèrent les blondes» devenant peu à peu l'amie et la confidente des trois soeurs dont elle publiera les biographies en 1978.

Elle tourna son dernier film en France, «Vénus» (1929), une réalisation de Louis Mercanton , dans lequel elle incarnait une princesse qui, pour être moderne, n'en demeurait pas moins d'opérette.

Les adieux de Constance…

Constance TalmadgeConstance en 1936

A l'avènement du parlant, Constance Talmadge décida de mettre un terme à l'aventure. Suffisamment riche pour affronter les bises à venir, elle quitta Hollywood pour faire sagement fructifier ses avoirs dans des affaires immobilières, comme le fameux parc Talmadge Park real estate de San Diego, complexe dont 3 rues portent encore le nom des célèbres soeurs.

Fugacement mariée à Alastair MacIntosh (1926/1927), puis à Townsend Metcher (1929/1931), elle trouva la stabilité auprès de Walter Michael Giblin , qu'elle conduisit à sa dernière demeure. Une stabilité relative puisque, à l'instar de ses soeurs, elle succomba aux sirènes de Bacchus sur la fin de sa vie, qu'elle mena recluse.

En 1960, au producteur Leonard Sillman qui lui proposait de faire un retour sur les planches de Broadway, elle répondit, lucide : "Vous plaisantez ! Je n'ai jamais su jouer, même lorsque j'étais une actrice de cinéma !".

Elle s'éteignit à Los Angeles, le 23 novembre 1973, des suites d'une penumonie. Têtue ou respectueuse de sa coquetterie, la famille fit graver sur sa pierre tombale l'année 1903 comme étant celle de sa naissance.

Documents…

Sources :La principale source d'informations concernant la vie et la carrière des soeurs Talmadge demeure le livre de la scénariste Anita LoosAnita Loos, «The Talmadge girls» (1978), qui les a cotoyées pendant de nombreuses années. Pour le reste, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Par ailleurs, Marlène Pilaete a consacré une page à Constance Talmadge dans sa 33ème planche, "Trois soeurs".

Constance Talmadge : "I am not fitted to be a vamp type. There is nothing alluring, or exotic, or erotic, or neurotic about me (Je n'ai pas les caractéristiques de la vamp. Il n'y a rien de séduisant, d'exotique, d'érotique, ni même de névrotique en moi)" (confidence faite à la scénariste et romancière Anita Loos)

Christian Grenier (novembre 2009)
Ed.7.2.1 : 2-8-2015