Charles de ROCHEFORT (1879 / 1952)

Lettres de noblesse…

Charles de RochefortCharles de Rochefort (1921)

Fils du marquis provençal Paul Charles Dominique d’Authier de Rochefort, directeur de la Compagnie Générale Transatlantique et d'une mère corse, le petit Charles partage son enfance avec son frère Alexandre, qui disparaîtra au front lors de la Première Guerrre Mondiale (31 décembre 1914).

À 4 ans, ne doutant de rien, l'enfant déclare à ses parents son intention de devenir comédien, nonobstant un zézaiement qu'il s'évertue à combattre en s'obligeant à des travaux de prononciation devant un miroir. Plus tard, élève au Lycée d'Oran, au Lycée Hoche de Versailles et enfin au Lycée Buffon de la capitale française, il s'illustre régulièrement dans l'exercice de la récitation. Baccalauréat en poche, il refuse d'entamer des études supérieures et se contente de l'École Pigier, pressé qu'il est d'entrer d'entrer dans la vie active.

Démarcheur pour le compte de la compagnie d'assurances "Le Globe", il ne reste pas moins fidèle à ses jeunes ambitions et ne tarde pas à organiser une représentation d'une saynète de Courteline, «Théodore cherche des allumettes». Embarrassés, – car chez ces gens-là, mossieur… – ses parents s'opposent violemment à sa vocation artistique, allant jusqu'à le séquestrer à la date du Concours d'admission au Conservatoire.

Passant outre, le jeune homme débute à la "Comédie de l'Époque" dans un mélodrame dramatique d'Arthur Bernède, «Sous l'épaulette», initiative qui lui vaut l'expulsion du domicile familial. Dans la foulée, sa mère intervient même auprès du directeur pour qu'il soit renvoyé ! Qu'à celà ne tienne, il assure des fonctions de répétiteur de diction au cours de Mme Ducellier-Monod et ne tarde pas à se produire sur les scènes de théâtre et de music-hall sous différents pseudonymes afin de ne pas être repéré par ses parents.

Au tournant du siècle, sur le conseil d'un ami et puisqu'il faut bien vivre, notre homme se présente aux studios Pathé et parvient à sa faire engager comme figurant, activité qui ne le comble guère. En 1906, il se présente enfin, plein d'assurance, au concours d'admission au Conservatoire de Paris, mais il se fait recaler, attribuant son échec à une vexation du comédien Coquelin (la même mésaventure se reproduira l'année suivante).

Entrée dans la carrière…

Charles de RochefortCharles de Rochefort (1923)

En 1910, Charles de Rochefort fait ses véritables débuts cinématographiques qui l'amèneront à déclarer dans sa biographie sa participation à plus de 500 films, la plupart de courtes bandes d'avant la Grande Guerre. Sportif depuis l'enfance, il est même amené à doubler Max Linder dans des cascades périlleuses avant de lui donner carrément la réplique («Max pratique tous les sports», 1913)… muette !. Vers 1912, sous le cache-nom de Jean Misère, il se produit aux Folies Bergère, puis il entame une longue tournée en compagnie de Théodore Botrel et La Compagnie des Bonnes Chansons. Engagé par un fils du grand Antoine pour jouer «Un grand soir», il se retrouve co-directeur de l'Université Populaire du quartier Saint-Antoine. Vers cette époque, il déclare avoir écrit, produit et dirigé un film aux studios Lordier, «Le tango rouge» (1912), dont nous n'avons pu trouver aucune trace. Toujours très actif, il donne un spectacle de music-hall sous le nom de Royal Kid en interprétant des chansons franco-américaines et en jouant des claquettes.

1914 : la guerre éclate. Bien que réformé pour une ankylose du bras droit consécutive à une chute de cheval, Charles de Rochefort insiste pour servir sa patrie. Mobilisé le 3 mars 1915 au dépôt du 164ème régiment d'infanterie de Verdun et parvenu au grade de lieutenant, il se fait remarquer par quelques actes de bravoure mais se fait capturer dans la Somme. Une première tentative d'évasion provoque son transfert en Prusse où il simule la folie. Expédié dans une clinique Suisse pour "psychose des fils de fer", il y reste jusqu'à la fin du conflit.

Osant enfin se présenter sous son véritable patronyme, il reprend alors sa carrière cinématographique, travaillant notamment pour la Gallo Films («Marthe» en 1919,…). Il connaît le succès en jouant les cowboys occitans dans le dyptique «Roi de Camargue» et «L'Arlésienne», deux oeuvres distribuées par Charles Pathé, lorsqu'Adolphe Osso, le directeur de Paramount France, lui fait signer un contrat. Il tourne son premier film pour la succursalle de Londres, «Sous le soleil d'Espagne», dont le décorateur n'est autre qu'Alfred Hitchcock. Le succès du film amène Jesse Lasky, l'un des fondateurs de la Paramount américaine, à s'intéresser à lui, l'appelant à s'installer à Hollywood. Ainsi, entre 1923 et 1924, l'acteur fait carrière aux États-Unis sous le nom de Charles De Roche. La publicité le présente avantageusement comme "The French Adonis"…

Un petit tour chez l'Uncle SAm…

Charles de RochefortLe pharaon Charles de Rochefort (1923)

Très professionnel, toujours sportif, Charles de Rochefort exécute ses propres cascades sur le plateau de «Law and the Lawless» (1923), au grand dam des casse-cous professionnels. Il croise sur les plateaux quatre des plus grandes vedettes américaines de l'époque : Pola Negri («La flétrissure» en 1923, «Mon homme» en 1924), Agnes Ayres («Le faune», 1923), Barbara La Marr («La phalène blanche», 1924) et Madge Bellamy («Love and Glory», 1924). Mais s'il entre alors dans la postérité des dignes enfants de Louis Lumière, c'est grâce à au rôle du Pharaon dans «Les dix commandements» de Cecil Blount DeMille (1923) pour lequel il se montre toujours aussi intrépide et imaginatif : à l'en croire, DeMille n'aurait été qu'un prête-nom !

Il garde de nombreux mauvais souvenirs de son séjour outre Atlantique, témoignant de nombreux excès (cupidité, faux procès, chantage, escroqueries, menaces, obsessions procédurières…) que l'on aurait pensé plus contemporains. Il retourne donc au music-hall (1925) pour des tournées canadienne et parisienne. De retour au pays, il prend en charge, tout en tenant le rôle du Maréchal Lefebvre, la production de «Madame Sans-Gêne» (1925) avant de jeter l'éponge face aux caprices de Gloria Swanson. Économe, il suggère d'utiliser les décors du film pour «La princesse aux clowns» (André Hugon, 1925) dont il assure également le montage.

Entre 1929 et 1931, toujours pour la Paramount, Charles de Rochefort dirige quelques films français de peu d'envergure – «Une femme a menti» (version française), «Le secret du docteur»,… – et c'est tout naturellement qu'il fait son petit numéro dans «Paramount en Parade» (1930), compilation d'extraits de films pour laquelle il dirige lui-même quelques scènes supplémentaires françaises. Après une dernière composition remarquée dans «La croix du Sud» (André Hugon, 1931), il s'éloigne alors du septième art.

Prenant pour un temps la direction du Théâtre des Capucines, il crée son propre théâtre (1936) qui connaît rapidement quelques triomphes («Allô Police Secours !» en 1937, «Frénésie» en 1938, «L'emprise» qu'il met lui-même en scène en 1943,…) et devient l'une des salles les plus fréquentées de Paris. Capitaine pendant la Seconde Guerre Mondiale dont il revint diminué, il ne fit dès lors parler de lui qu'à l'occasion de la publication de ses mémoires, «Secrets de vedette» (1947). Époux de l'actrice Mary Grant, il devint ainsi le beau-père du dessinateur Jean Dejoux, créateur de la pompe des Shadoks et lui-même géniteur de l'actrice Christine Dejoux.

Documents…

Sources : «Secrets de vedette, souvenirs de Charles de Rochefort» (Éditions Kergema, 1947), IMDB (pour la carrière américaine), documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Le cinéma a malheureusement trop servi à des individus sans scrupules qui ont jeté le discrédit sur les immenses possibilités qu'il offrait aux artistes et aux financiers."

Charles de Rochefort
«Les 10 commandements»
Christian Grenier (avril 2019)
Étude de moeurs

Quelques heures après mon arrivée aux États-Unis, on pouvait lire dans les journaux : "Charles de Rochefort est arrivé avec 32 malles et un manager".

Inutile de dire que tout cela était absolument inexact !

On ne se rend pas compte en France de ce qu'est la publicité américaine. Le cache-sexe d'une vedette ne lui appartient que jusqu'au jour où il plaira à l'agent de publicité de le photographier pour en passer la reproduction dans tous les journaux du monde !

Charles de Rochefort

Charles de Rochefort

S'adressant à Cecil B. DeMille…

"Je viens vous parler de ce qui vous préoccupe. Je sais l'effet que vous cherchez et vous ne l'avez pas obtenu. Je peux vous le donner."

"Je vous prie instamment de mettre à ma disposition deux de vos meilleurs cameramen et de leur recommander de m'obéir aveuglément, quoi que je puisse leur commander. Même s'ils trouvent mes ordres idiots, ils exécuteront ce que je leur demanderai."

Dès qu'il vit ma scène il poussa des cris de joie. Il me serra la main avec effusion puis, le lendemain, comme il était fatigué, il me faisait remettre le scénario avec mission de diriger une scène des «Dix commandements».

Charles de Rochefort

Éd. 9.1.4 : 22-4-2019