Nadine ALARI (1927)

… une histoire simple

Nadine Alari

"J'avoue avoir quelque peu négligé mon parcours.
J'en suis en grande partie responsable me laissant porter par la facilité des chances qui m'étaient offertes à mon tout début sans trouver en moi l'exigence qui aurait été nécessaire.

Et puis, j'ai eu très vite le goût “d'aller voir ailleurs” grâce à de nombreux voyages, professionnels parfois, mais souvent de simple curiosité.

Je ne l'ai jamais regretté car cela a toujours été très enrichissant."

Nadine Alari, confidence faite lors de notre entretien, du 5 mars 2010.

Yvan Foucart

Actrice en herbe…

Nadine AlariNadine Alari

Parisienne, Nadine Alari naît le 23 février 1927 au domicile paternel non loin de la place de la Nation. Elle est l'unique enfant de Henri Boverie, un décorateur-architecte, et de Christiane Verger qui composa plusieurs chansons pour Cora Vaucaire, Barbara et d'autres accompagnant des poèmes de Jacques Prévert.

Alari est le nom de jeune fille de sa grand-mère paternelle dont elle changea l'orthographe pour qu'elle ne soit pas tentée de le lui interdire. Elle considère Nadine comme son véritable prénom car c’est celui qu’elle porta dès sa naissance. Quant à Bernadette, celui de l'état civil, il vient uniquement du fait qu'à cette époque on ne pouvait prendre que le prénom d'une sainte afin d'être enregistrée officiellement. Elle fut donc, sans regret, une Nadine clandestine jusqu'à l'adoption de son pseudonyme.

Elle termine ses études secondaires et suit les cours René Simon durant un an et demi avec quelques retours après avoir commencé à jouer et à tourner. Pépinière reconnue de jeunes talents, elle a comme condisciples, entre autres, Maria Pacôme, Claude Gensac, Marie Daems, Danièle DelormeDanièle Delorme, François ChaumetteFrançois Chaumette et Daniel GélinDaniel Gélin.

Elle échoue au Conservatoire, mais se produit non loin de là avec davantage de succès. Il s’agit du Théâtre de la Gaité-Montparnasse, situé rive gauche, alors dirigé par Agnès CapriAgnès Capri. Dans «Zig-zag», spectacle composé de sketches musicaux, de parodies, de tours de chant et de récitals poétiques, elle récite des poèmes inédits de Jacques Prévert, des scènes d'Alphonse Allais, de Georges Neveux… et rencontre Tania Balachova, qui lui donnera quelques cours particuliers.

Un peu plus tard, elle entre dans la Compagnie Renaud-Barrault qui vient de s’installer au Théâtre Marigny. Elle y reste un an, mais y reviendra très régulièrement.

Le théâtre la sollicite. Cela commence fort avec «Hamlet» qu’elle joue avec Jean-Louis Barrault, Hamlet sur les planches, tout en étant le metteur en scène du drame shakespearien. Dix-huit ans plus tard, dans la cour d'honneur du Festival d'Avignon, elle reprendra la pièce avec Pierre VaneckPierre Vaneck dans le rôle-titre et en s’investissant d'un texte fort, celui de Gertrude, la mère, qu'avait tenue précédemment Marie-Hélène Dasté.

Débuts à l'écran…

Nadine Alari… dans «Madame Du Barry» (1954)

Elle a dix-huit ans. Elle rencontre le réalisateur Jacques de Casembroot qui la recommande auprès de son confrère Henri CalefHenri Calef à la recherche d’une jeune fille pour le film qu’il prépare, «Jéricho» (1945). C’est un film sur la résistance pour lequel de Casembroot en sera d’ailleurs le conseiller technique. Le tournage débute en avril 1945, soit huit mois après la capitulation allemande de Paris. Ici, l’intrigue du film se situe plus tôt et se passe dans un Amiens occupé et délétère. Nadine y incarne la fille de Louis Seigner, docteur parmi les otages condamnés à être fusillés à l'aube, ce à quoi ils échapperont grâce à l’intervention de la R.A.F. qui les aide à rejoindre le maquis.

Son interprétation est remarquée, mais la suivante plus encore. L'atmosphère est toujours celle de l'Occupation, mais dans un village des Charentes, avec «Le père tranquille» (1946), elle y interprète la fille de Noël-Noël et de Claire Olivier. Le “père tranquille” n’est autre qu’un brave assureur faussement pusillanime, en réalité chef d’un réseau de résistants. Dès sa sortie, ce film connaît un énorme succès. Un film qui fleure bon un cinéma français aujourd’hui hélas bien révolu. Film qui restera surtout son meilleur souvenir du 7ème art : elle y fête ses dix-neuf ans, une rencontre importante avec un merveilleux Noël-NoëlNoël-Noël, une autre avec José Artur, son frère dans le film, qui deviendra tout simplement son frère dans la vie. Par ailleurs, elle sera la marraine de sa fille, Sophie.

Entre-temps, Resnais, qui fait déjà office de maître à penser pour les jeunes comédiens tourne, en amateur, un film en 16mm, «Ouvert pour cause d’inventaire» (1946), auquel Nadine s’associe pour une modeste contribution aux côtés de Gérard Philipe, Danièle Delorme, Michel Auclair et Pierre Trabaud.

L’année suivante, Henri Decoin en fait la petite amie aux amours contrariées de Marc Cassot dans «Les amants du pont Saint-Jean» (1947), un drame brumeux avec une distribution enrichie par les présences de Michel Simon et de Gaby Morlay.

Elle passe du cinéma au théâtre. Jean-Pierre Aumont, qui vient d’écrire sa première pièce, «L’empereur de Chine», la veut pour la création à Lille, puis au Théâtre des Mathurins co-dirigé par Marcel Herrand et Jean Marchat. Elle incarne la fille de Yolande Laffon, toutes deux… “séduites” par l'auteur-acteur, héros mythomane de cet agréable divertissement. La pièce part en tournée, mais des engagements cinématographiques font que c’est Elina Labourdette qui reprend son rôle.

Des films, encore des films…

Nadine Alari… avec Jean-Pierre Aumont dans «La reverdie»
(téléfilm, 1984)

Elle retrouve Jean-Pierre Aumont deux ans plus tard pour la version filmée de «L’homme de joie» (1950), tirée de la pièce de Paul Géraldy et de Robert Spitzer créée au Théâtre de la Madeleine en 1929. Gilles Grangier, passé depuis peu à la réalisation, lui offre d'incarner une girl jolie et sérieuse des Concerts-Parisiens, mais qui succombera néanmoins au charme de Jean-Pierre Aumont, parfait séducteur désinvolte et impénitent.

Elle enchaîne avec «Caroline chérie» (1950) où elle incarne la belle-sœur de l'héroïne chère à Cécil Saint-Laurent, c’est-à-dire de Martine CarolMartine Carol, grande vedette des fresques historiques de l’époque ne rechignant jamais à dévoiler ses atouts physiques.

Nadine la retrouve d'ailleurs pour «Madame du Barry» (1954), ex-citoyenne Bécu, et se glisse en duchesse parmi les courtisans et courtisanes du roi Louis XV, un rôle qui ne lui laisse qu’un bien vague souvenir.

Suivent, notamment, «Un grand patron» (1951) aux côtés de Pierre Fresnay, célèbre chirurgien, auprès duquel elle interprète la copine de Roland Alexandre, étudiant en médecine. Cette même année, le jury de la SACD lui décerne le "Prix Suzanne Bianchetti", créé en 1937 par René Jeanne et encourageant un jeune espoir au début de son parcours professionnel.

Citons aussi «Le joueur» (1958) d'après le roman de Dostoïevski où elle se défend honorablement en Blanche de Cominges, aventurière coquette et intéressée, maîtresse du Général, ce qui ne l'empêche pas de séduire le joueur (Gérard Philipe)… lorsqu'il gagne ! «Il suffit d’aimer» (1960), l’histoire de Bernadette Soubirous revisitée par Gilbert Cesbron où elle apparaît sous la cornette de mère Marie-Thérèse ; «Compartiment tueurs» (1965), un thriller de Costa-Gavras pour lequel elle campe la femme de l'inspecteur de police Yves Montand ; «Les risques du métier» (1967) de Cayatte, en maman de la jeune Nathalie Nell accusant son instituteur de viol afin de cacher sa liaison avec un travailleur portugais ; en censeur de lycée dans «Diabolo menthe» (1977) ; en gynécologue compréhensive soutenant Romy Schneider dans «Une histoire simple» (1978) ; «L'adversaire» (2002), inspiré de l'histoire vraie de Jean-Claude Romand qui fit la une des journaux de l'époque (1993), où elle interprète la belle-mère de Daniel Auteuil convaincant en assassin simulateur etc.

Impossible de tout citer, sa dernière participation au grand écran, est pour «Made in Italy» (2008) où, maîtresse du défunt, elle assiste avec les veuves à l'enterrement de son amour de jeunesse, un Casanova galant du vingtième siècle.

La télévision et le théâtre…

Nadine Alari«La vie de Berlioz» (1983, mini-série)

A l'instar de son amie Martine SarceyMartine Sarcey, qui nous a gentiment postfacé cette biographie, on doit à Nadine Alari beaucoup de doublages. Elle fut entre autres la voix française côté italien de Silvana Mangano, Sophia Loren, Eleanora Rossi-Drago, Carla Gravina et Valentina Cortese et côté américain d'Eleanor Parker, Lauren Bacall, Jean Simmons, Kim Novak, Barbara Stanwyck, Janet Leigh, Julie Christie… et Greta Garbo pour un redoublage impressionnant de «Camille/Le roman de Marguerite Gautier», de George Cukor, etc. Recensement impossible !

Présente sur tous les fronts, son actif télévisé est lui aussi très éloquent. Une carrière qui débuta avec les dramatiques en direct de l'ORTF, elle donna vie notamment à la désintéressée Madame de Beauséant auprès d'un remarquable Charles Vanel dans «Le père Goriot» (1972) d'après Balzac. Elle fut remarquable, romancière et épouse du «Docteur Teyran» (1980), un drame familial brillamment interprété par Michel Piccoli vis-à-vis duquel elle est aujourd’hui encore admirative et reconnaissante pour sa bienveillance et sa précieuse attention durant le tournage.

Signalons sa composition très attachante et combative en héroïne de «La Reverdie» (1984), plusieurs participations aux «Cinq dernières minutes» version Jacques Debary, sans omettre ce qui fut le plus passionnant, les notoires «Heures chaudes de Montparnasse», une vaste fresque de la vie artistique de la première moitié du XXème siècle de ce quartier de Paris que l’on doit à Jean-Marie Drot.

Plus récemment, en 2005, nous retiendrons son prix d'interprétation décerné par le Festival de Saint-Tropez pour «Adèle et Kamel», sa rencontre attendrissante d'une vieille dame solitaire atteinte de la maladie d'Alzheimer et d'un gamin de rues en danger coupable d'un vol de scooter. De même, nous saluons sa magnifique interprétation dans «Le réveillon des bonnes» (2007), une fiction en huit épisodes de Michel Hassan co-produite par France3 et la Belgique et ayant nécessité quatre mois de tournage non loin d'Armentières et de Bruxelles. Elle campe la sage doyenne des domestiques d'un immeuble bourgeois du début du vingtième siècle. Un très beau rôle qui lui permet d’insuffler une force émotionnelle d'une absolue crédibilité !

Le théâtre, pour une quarantaine de pièces, lui apporta ses plus grandes joies. Il suffit de reprendre les titres qu'elle nous a, elle-même, mis en exergue son meilleur souvenir : «Mademoiselle Julie» de Strindberg, joué au Théâtre du Tertre et qui lui fit prendre une direction nouvelle à son parcours ; «Richard III», l’oeuvre forte du théâtre élisabéthain mis en scène par Roger Planchon dans son théâtre de Villeurbanne, avec Michel Auclair ; «Nicomède", toujours chez Planchon avec Jean-Pierre Miquel et Monique Mélinand ; «Equus» avec François Périer (Cie Renaud-Barrault au Rond-Point, puis à l'Athénée) ; «Madame de Sade» de Yukio Mishima (Cie Renaud-Barrault, puis tournées en France et au Japon) ; «Le bourgeois gentilhomme» avec Jérôme Savary, à Chaillot (1989) «La dernière soirée de Carnaval» de Carlo Goldoni ; «Le vieux tracassier» du même Goldoni au Théâtre 14.

Mais encore et entre autres : «Victor» de Henry Bernstein en tournée Karsenty avec Bernard Blier (1951) ; «Une femme libre» d'Armand Salacrou ; «Les demoiselles de petite vertu» de Marcel Achard ; «Aux quatre coins» de Jean Marsan ; «Les vignes du Seigneur», comédie bien construite par Robert de Flers et Francis de Croisset ; «Victor ou les enfants au pouvoir» de Roger Vitrac ; «Un homme comblé» de Jacques Deval avec Robert Lamoureux et Gisèle Pascal (Th. Variétés, 1964) ; «Echec et meurtre» de et avec Robert Lamoureux (Th. des Ambassadeurs) ; «Le hasard du coin du feu» de Crébillon fils avec Jean-Pierre Cassel (1965) qui se complète d’une rencontre importante avec Jean Vilar à la mise en scène ; «Les possédés» de Dostoïevski avec Maria Casarès et Michel Vitold pour des représentations qui se succèderont sur toute l'année 1982 (Centre culturel de Besançon, la Cour d'Honneur d'Avignon, le TEP à Paris et en tournée dans l'Hexagone) ; «Électre» de Jean Giraudoux avec Jean Davy (Festival de Bellac, 1988) ; «Le canard à l'orange», une fantaisie subtile et malicieuse basée sur un “faux couple idéal” de William-Douglas Home et Alain Lionel avec Michel Roux (Théâtre Daunou, 1995) ; etc.

Dans le cadre de "Au théâtre, ce soir" de Pierre Sabbagh, elle apparut dans «Les Français à Moscou» de Pol Quentin avec Jean-Claude Pascal (1972).

Une retraite sereine…

Nadine AlariNadine Alari (2008)

Elle a commencé sa carrière à 18 ans, sur un chemin jalonné de bonnes rencontres et bien à l'écart des frivolités du monde du show-business. Rien ne l'a jamais arrêtée et elle continue à nous surprendre. Toujours active, débordante de vitalité, parfois secrètement mélancolique, elle a néanmoins délaissé ce qui fut son hobby : la photo, celle d'avant le numérique qui l'intéresse beaucoup moins. Par contre, elle lit, beaucoup.

Encadrée d'une chevelure passée à la teinte qui sied à la sérénité que lui confère ses 83 ans, elle a gardé cette douce pâleur du visage, son visage aux traits si délicats, le radieux sourire de sa jeunesse et l'éclat de ses regards alimentés par de beaux yeux marrons toujours aussi pétillants.

Une grâce indéfinissable que celle de Nadine.

Et puis, évidemment… c'est si beau une femme belle et intelligente.

Documents…

Sources : propos recueillis auprès de Nadine Alari que nous tenons à remercier pour sa gentillesse et sa très grande disponibilité. Pour le reste, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Nadine Alari, la plus belle femme de sa génération, engagée dans tous les combats contre l'injustice à travers le monde : Chili, Afrique et autres… Douée pour plusieurs vies : théâtre, photos, reportages… Et avec tout ça, pour l'amitié longue-durée.

Bref, quelqu'un de rare dont je suis fière d'être une amie !"

Yvan Foucart (mai 2010)
Ed.7.2.1 : 11-1-2016