Nadine ALARI (1927)

… une histoire simple

Nadine Alari

"J'avoue avoir quelque peu négligé mon parcours.
J'en suis en grande partie responsable me laissant porter par la facilité des chances qui m'étaient offertes à mon tout début sans trouver en moi l'exigence qui aurait été nécessaire.

Et puis, j'ai eu très vite le goût “d'aller voir ailleurs” grâce à de nombreux voyages, professionnels parfois, mais souvent de simple curiosité.

Je ne l'ai jamais regretté car cela a toujours été très enrichissant."

Nadine Alari, confidence faite lors de notre entretien, du 5 mars 2010.

Yvan Foucart

Article de Paule Marguy paru dans le N° 182 de la revue "Mon film" (15-2-1950)

Son type d'homme ? Gary Cooper.

Son rêve le plus pressant ? Acheter une motocyclette et partir à des trains d'enfer sur les longues routes.

Nadine Alari est une grande belle fille brune, aux yeux sombres, et dont le coeur doit être cuirassé par une fierté sauvage. Elle aussi est Parisienne de naissance. Elle est sympathique, parce que l'on sent qu'elle ne peut perdre ses illusions sur la vie sans se briser.

Une interview…

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Découverte…

"Je venais de passer la première partie de mon bachot, quand j'ai découvert que la comédie existait..

- Et cette découverte a changé le cours de votre existence ?

- Oui. Je me suis inscrite chez René Simon. J'ai fait la connaissance de Maurice Merlau-Ponty, auteur connu et ami de Jean-Paul Sartre. Avec lui, je potassais ma philo tout en m'amusant.

- Il faut toujours s'enrichir auprès d'autrui.

- Puis j'ai commencé à jouer chez Agnès Capri et, chez elle, je disais aussi des poèmes.

- Et vous avez tourné assez vite.

- "Jéricho", "Le Père tranquille" et "Les Amants du Pont Saint-Jean". J'ai joué une saison dans "Hamlet", puis j'ai eu le plaisir d'être une interprète de Jean-Pierre Aumont, dans la pièce dont il est l'auteur : "L'Empereur de Chine".

- On vous a vue aussi dans "La Femme libre". Avez-vous des projets pour après les représentations de "La Demoiselle de petite vertu" ?

- Aucun. Et ce n'est pas par superstition que je vous fais cette réponse.

CE N'ETAIT QU'UN RÊVE…

- Comme bien des jeunes femmes, malgré vos grands airs d'indépendance, vous ne demandez qu'à vous marier ?

- Il faudra bien que j'y arrive, parce que j'adore les enfants. Pour l'instant, mon idéal, c'est de rester seule et tranquille. je vis chez mes parents; je suis fille unique. Je suis très bien ainsi.

Rencontres et enchantements passés…

- Mais vous êtes à l'âge d'aimer…

- Bien entendu, j'ai des souvenirs", avoue la jeune femme dont le visage vient enfin de s'éveiller. "L'année dernière, au moment de Pàques, j'ai passé trois semaines extraordinaires, trois semaines qui sont, jusqu'à ce jour, les plus belles de mon existence.

- Vous n'étiez pas seule, certainement…"

Nadine Alari se contente de sourire.

"- J'ai connu ce pays à une époque oie il faisait encore assez froid, ce pays qui est un joyau de la Bretagne, et qui s'appelle Camaret. Je ne vous donnerai pas de détails sur les joies merveilleuses qui m'ont été données pendant ces vacances uniques, mais vous pouvez écrire que jamais je ne les oublierai.

- Mais l'histoire que j'attends ?

- La voici… En général, on méconnaît la petite fille. Certaines d'entre elles peuvent aimer comme des femmes.

- A quel âge avez-vous senti votre coeur battre pour quelqu'un ?

- A neuf ans, j'ai eu un grand amour pour un garçon de quinze ans.

- Comment s'appelait-il ?

- Pierre. je l'avais connu en Normandie, à Cabourg, et il me donnait des leçons de ping-pong. Il était très beau et, déjà, il se dégageait de son autorité cette impression de sécurité, cette force communicative dont la femme, jeune ou vieille, a toujours besoin.

- Vous aimiez qu'il s'intéresse à vous ?

- Il s'occupait sans cesse de moi, et il était si jaloux de ses camarades que, déjà, je trouvais le moyen de lui donner des inquiétudes.

- Vous n'oseriez pas être si méchante, aujourd'hui.

- C'est possible. Un jour, pour exprimer le chagrin que je lui avais fait, il m'écrivit une première lettre d'amour.

- Vous l'avez encore ?

- Elle et les autres, car il m'en écrivit plusieurs.

- Que vous disait-il de si touchant ?

- Que je devais devenir une jeune fille accomplie. Qu'il le voulait parce que, plus tard, dès qu'il aurait fait sa situation, il me demanderait d'être sa femme.

- Vous l'avez cru ?

- Oui et non… C'est bien agréable, quand même, de se rappeler que la première demande en mariage remonte à une époque aussi ravissante que celle de l'enfance.

- Vos parents s'apercevaient-ils de ce début de roman ?

Mes parents et les siens riaient de sa cour pressante et de mes manèges si féminins déjà… La maman de Pierre était légèrement inquiète. Elle ne cachait pas qu'elle désirait pour son fils, qui serait sûrement médecin ou avocat, une héritière qui puisse lui permettre de s'installer confortablement. Aussi, ma maman la consolait. je l'entends encore : «Ne vous tourmentez donc pas; l'an prochain, il l'aura déjà oubliée.»

- Et vous a-t-il oubliée ?

- Je ne l'ai plus revu. Il m'a écrit longtemps. Puis les lettres sont devenues des cartes postales, puis il n'y eut plus que des cartes de visite et des voeux pour Noël, et, enfin, plus rien… Je ne l'ai plus revu. Je suppose qu'il est marié selon les désirs de sa mère…"

Et Nadine Alari reprend contact avec le présent en entrant en scène.

Paule Marguy
Ed.7.2.1 : 11-1-2016