Nicole MAUREY (1926 / 2016)

… une Parisienne à Hollywood

Nicole Maurey

Nicole Maurey fut la parfaite ambassadrice outre-Atlantique de la Parisienne lorsque ce label d'élégance et de séduction signifiait encore quelque chose.

Au-delà de sa touche glamour, il y a en elle une grâce permanente et un côté racé qui réveillent notre sensibilité et qui nous émeut.

Malgré la place que les Américains lui accordèrent en haut des génériques, il nous reste ses trop rares films qui nous donnent aujourd'hui une idée forcément incomplète de ses énormes possibilités.

Yvan Foucart

Graîne d'actrice…

Nicole Maurey«Le cavalier noir» (1944)

Nicole naît le 20 décembre 1926 à Bois-Colombes dans la banlieue parisienne, fille cadette (sa sœur Jacqueline est son aînée d’un an et demi) d'un papa architecte et d'une maman intéressée par la littérature et le théâtre. Elle y effectue sa prime scolarité puis s’appliquera aux cours privés dispensés dans les classes encore mixtes de l'époque du Lycée Janson de Sailly. Une scarlatine et une néphrite aiguë l’empêcheront d’y poursuivre ses études, lesquelles se termineront avec un professeur à la maison.

Nicole reconnaîtra plus tard que ses études ne la passionnèrent guère et que, par ailleurs poussée par maman, petit rat à l'Opéra de Paris lui convint bien mieux. Par la suite, sans aucune opposition maternelle, celle-ci l’encouragea à suivre la filière classique des jeunes filles attirées par la scène. Maman n’est pas son seul soutien puisque Solange SicardSolange Sicard, rencontrée de façon bien fortuite à la clinique où elles sont toutes deux hospitalisées, l'incite à s'ouvrir à l'art dramatique et à lui donner ses premiers cours.

Deux mois plus tard, elle fréquente aussi en alternance les classes de Maurice EscandeMaurice Escande, de Jacques CharonJacques Charon, de Madame Calvi et de Béatrix DussaneBéatrix Dussane. Par la suite, elle sera reçue première au concours d'entrée du Conservatoire et y passera deux ans auprès de condisciples dont les noms et les talents se feront connaître : Frédérique HébrardFrédérique Hébrard et Martine SarceyMartine Sarcey, lesquelles deviendront des amies très chères, Louis Velle, Robert Hirsch, Jean-François Calvé, Perrette Souplex, Marcelle Ranson, etc.

En 1949, elle débute au théâtre avec le rôle de Sainte Marguerite dans «Jeanne et ses juges» de Thierry Maulnier. Les représentations se donnent sur le parvis de la cathédrale de Rouen; Jacqueline Morane, Marcelle Tassencourt, Michel Vitold et Martine Sarcey en sont les principaux protagonistes.

Après un petit rôle dans «Madame de Falindor» de Georges Manoir et Armand Vérhylle avec Davia, Coco Aslan et Frédérique Hébrard , Simone Berriau l'accueille sous son aile protectrice et la fait débuter dans sa salle mythique du boulevard de Strasbourg dans «Le petit café», une alerte comédie de Tristan Bernard aux côtés de Bernard Blier et de Marie Dubas (1949). Puis, accompagnant Fernand GraveyFernand Gravey, elle enchaîne sur cette même scène avec «Harvey», une pièce américaine de Mary Chase adaptée par Marcel Achard, qui tint l'affiche à Broadway durant cinq ans et lui valu le Prix Pulitzer.

L'année suivante, elle participe à la création de «Manouche», un aimable divertissement d'André Birabeau avec Denise Grey, Jean Brochard et Jean d'Yd . Enfin «Vogue la galère» (1951) avec Antoine Balpêtré et Marcel André, un titre plutôt de circonstance si l'on en juge les critiques, Jean-Jacques Gautier en particulier qui avoue avoir "le cœur lourd de ne pouvoir défendre la pièce", reste l'un des rares échecs de Marcel Aymé.

Enroute vers la gloire…

Nicole MaureyFilm complet N° 330

Parallèlement, Nicole Maurey accroît sa popularité au cinéma qu'elle avait abordé quelques années plus tôt lors de ses débuts discrets dans «Blondine» (1943) de Henri Mahé. L'échec, d'ordre technique, venait d'un procédé optique qui se voulait révolutionnaire, mais qui fut très mal utilisé. Néanmoins, ce bide sera bien vite oublié compensé par son premier baiser de cinéma, celui très tendre échangé avec Georges Marchal, son séduisant partenaire et idole des jeunes filles d'alors.

Elle enchaîne avec «Paméla» (1944) en Madame Royale écrouée dans la prison du Temple avec son jeune frère, le Dauphin Louis XVII pour lequel on échafaudait une évasion finalement avortée.

Plongée sans transition dans le dix-septième siècle, c'est en blonde qu'elle succombe dans les bras d'un seigneur masqué chantant d'une voix veloutée empruntée à Georges Guétary dont c'est là le premier film, «Le cavalier noir» (1944). Sept ans plus tard, toujours sur la musique de Francis Lopez, elle s’ébaudit avec des couplets tout aussi suaves interprétés par un irrésistible Luis Mariano, qui lui a donné «Rendez-vous à Grenade» (1951).

En vérité, c'est Robert Bresson qui lui ouvre les portes de son avenir cinématographique et qui la dirige ensuite, toute jeune institutrice, dans son «Journal d'un curé de campagne» (1950) auprès d’un prêtre malade, fraîchement issu du noviciat, magnifiquement incarné par Claude Laydu. La même année, Edouard de Segonzac, directeur de la Paramount française, la découvre au théâtre dans «Les derniers outrages», une comédie de Robert Beauvais dont l'action se passe sous l'occupation (1952). Elle y tient le premier rôle féminin, celui d'une femme de tête autoritaire, que Cupidon se charge de métamorphoser en la créature la plus douce et la plus amoureuse qui soit. Ravi de son jeu et de l'évidence de son talent, de Segonzac la présente à William Perlberg, producteur, et à George Seaton, metteur en scène, à la recherche de talents français et d'extérieurs parisiens pour leur film «Little Boy Lost/Le petit garçon perdu» (1952). Elle souffle à Colette Deréal le rôle principal de Lisa, la jeune chanteuse française mariée à Bing Crosby, un correspondant de guerre de la radio américaine à Paris. Entrée dans la résistance, elle tombe sous les balles allemandes tandis que son petit garçon, campé par le souffreteux Christian Fourcade, est recueilli par l'Assistance publique. Cette comédie dramatique chargée de délicate mélancolie récolte un très beau succès auprès du public.

Going to Hollywood…

Nicole MaureyNicole joue à la cowgirl (1959)

Accompagnée de son mari Jacques Gallo, un homme d'affaires épousé deux ans plus tôt, Nicole Maurey traverse pour la première fois l'Atlantique. Le film récolte un immense succès, de même que Nicole qui fait la première page du "Life Magazine" et assume les tournées de promotion épuisantes des villes des USA, que ce soit aux cinémas, aux radios, aux chaînes de télévision… voire pour l'ouverture d'un magasin ! Bing Crosby, interviewé, n'hésite pas à déclarer qu'elle est "a mixture of Rita Hayworth and a farmer's daughter( un mélange glamour de Rita Hayworth et d'un naturel d'une jolie fille de la campagne)". Non seulement la Paramount, mais le tout-Hollywood veulent la retenir, sans succès, malgré l’alléchant et habituel contrat de sept ans. La respiration de Nicole reste en France et une présence durable aux Etats-Unis s’avère pour elle tout à fait impossible.

A son retour à Paris, elle joue «Les compagnes de la nuit» (1953) aux amours tarifées, campant une “fille” qui veut s'en sortir, mais qui finit tragiquement sous les coups de son proxénète. Dans «L'œil en coulisse» (1953, un titre qui m'est cher), aimable comédie de l'infatigable Berthomieu, elle interprète la jeune épouse modèle, mais vive à la riposte, de Jean-Marc Thibault. Enfin, «L'ennemi public n°1» (1953), comédie burlesque sans surprise, elle est Peggy, convoitée par un Fernandel bigleux et maladroit.

Dès lors, Nicole se partage entre les Etats-Unis et la France après être apparue comme il convient dans les cours d'histoire de Maître Guitry, «Si Versailles m'était conté» (1953) et «Napoléon» (1954).

La Paramount en fait une ravissante réfugiée roumaine recherchée par la police de son pays dont tombe amoureux Charlton Heston, un pilote aventurier plutôt bien bâti, dans «The Secret of the Incas/Le secret des Incas» (1954). Avec «Me and the Colonel/Moi et le colonel» (1954) à la distribution internationale, elle prend part à l'exode de juin 1940 et traverse la France en Rolls Royce. Elle apporte une touche de charme et de discrétion dans une suite d'invraisemblables imbroglios où, jeune fiancée de Curd Jürgens, elle est convoitée par un attendrissant Danny Kaye, loin de son registre habituel. La première est présentée à l'Odéon de Londres le 27 octobre 1958 à la Reine Elizabeth II et au Duc d'Edimbourg.

Diversifiant son registre, elle aborde le western avec «The Jayhawkers/Violence au Kansas» (1959), hésitante entre un méchant Jeff Chandler sur la vie du repentir et un bon Fess Parker débarrassé de son costume de trappeur. Voici l'aventure, «The House of the Seven Hawks/La maison des sept faucons» (1959), un thriller tourné en Hollande par Richard Thorpe, à laquelle Robert Taylor s’implique bien involontairement. Pour «High Time/Le démon de midi» (1960), une comédie musicale de Blake Edwards, selon ses confidences un réalisateur charmant et complice, elle retrouve Bing Crosby.

Toutefois, son meilleur souvenir reste «The Bold and the Brave/Le brave et le téméraire» (1955), tourné en 1956 aux studios RKO par Lewis R. Foster. A l'issue d'une scène particulièrement dramatique et chargée d'émotion, tout le plateau, des machinistes aux électriciens, du metteur en scène à ses partenaires Don Taylor, Mickey Rooney et Wendell Corey en tête, lui offrent la plus belle des standings ovations.

Allez et retours…

Nicole MaureyNicole Maurey (1981)

Sa parfaite maîtrise de la langue anglaise entraîne l'actrice à des allers retours incessants entre les USA et l'Angleterre. Citons «The Constant Husband/Un mari presque fidèle» (1954) aux côtés d'un Rex Harrison très empressé et «The Scapegoat/Le bouc émissaire» (1958) tourné aux studios londoniens de la MGM, avec Bette Davis et Alec Guiness, un partenaire des plus timides et des plus attachants.

Débuts 1960, toujours à Londres, deux films réalisés par Cyril Frankel et qui lui offrent le même partenaire en la personne de Richard Todd s'imposent auprès du public. Dans «Don’t Bother to Knock/Troublez-moi ce soir» (1960), gentille comédie, elle figure parmi les conquêtes d’un séducteur écossais impénitent; dans «The Very Edge» (1963), elle incarne une secrétaire débordant de sentiments pour un patron en pleine crise conjugale.

Nicole Maurey regagne régulièrement la France. On la voit, mauvaise fille, dans «Action immédiate» (1956) où, auprès de Henri Vidal, elle fait la connaissance d'un jeune débutant, Lino Ventura; «Pleins feux sur Stanislas» (1965) lui permet de partager les aventures de l'agent secret Jean Marais aux prises avec une bande internationale d’espions; «Sale temps pour les mouches» (1966), un San Antonio d'honorable facture, en fait une aventurière finaude aux côtés d’un avenant et séduisant Gérard Barray; C'est avec «Gloria» (1976), un mélodrame de Claude Autant-Lara, qu'elle clôt ses activités cinématographiques.

Elle renoue avec les scènes de l'hexagone notamment lors d'une tournée Barret avec «La jalousie» de Sacha Guitry, revient souvent et fidèlement à Lyon avec Jean Meyer pour des œuvres majeures : «La nuit des rois» de Shakespeare, «Lorenzaccio» d'Alfred de Musset, «Histoire d'un détective» de Sidney Kingsley, «Amphitryon 38» de Giraudoux, «Les femmes savantes» de Molière, etc.

La télévision, qui l'avait déjà sollicitée à de nombreuses reprises, lui offre de bien tangibles satisfactions. Nous l'avons notamment appréciée en dame en noir dans la série des «Rouletabille», en ministre de la joie de vivre dans «La demoiselle d'Avignon», en mère de Bruno Garcin dans «Lucien Leuwen» de Stendhal, en mère de famille moderne dans «La lune papa», et jusqu'au dernier, «Le grand bâtre» (1981), une ode à la Camargue en neuf épisodes due à la brillante et fertile imagination de sa fidèle amie Frédérique Hébrard.

Aujourd'hui, après des années passées à Paris suivies d'une long et indéfectible attachement à l'Ile-de-France, elle reste toujours très active, se rend aux conférences et s'intéresse évidemment au cinéma d'autant qu'elle fait partie, entre autres, du jury des César, ceci sans nostalgie excessive pour la “French glamour girl” qu'elle a personnifiée et dont les cheveux auburn, les yeux mordorés et la sublime plastique firent fantasmer Hollywood… ainsi que ses fans du vieux continent !

Documents…

Addenda : C'est avec tristesse que nous apprenons, sans plus de précision, le décès de Nicole Maurey, survenu le 11 mars 2016, à Versailles.

Sources : Propos recueillis auprès de Nicole Maurey, que nous remercions pour sa gentillesse et sa grande disponibilité, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation : Avec son autorisation, nous avons le plaisir de reprendre les lignes complices de sa grande et fidèle amie, qui a bien voulu la décrire comme suit :

Yvan Foucart (juin 2011)
Ed.7.2.1 : 16-1-2015-2016