Nicole MAUREY (1926 / 2016)

… une Parisienne à Hollywood

Nicole Maurey

Nicole Maurey fut la parfaite ambassadrice outre-Atlantique de la Parisienne lorsque ce label d'élégance et de séduction signifiait encore quelque chose.

Au-delà de sa touche glamour, il y a en elle une grâce permanente et un côté racé qui réveillent notre sensibilité et qui nous émeut.

Malgré la place que les Américains lui accordèrent en haut des génériques, il nous reste ses trop rares films qui nous donnent aujourd'hui une idée forcément incomplète de ses énormes possibilités.

Yvan Foucart

Article paru dans le N° 230 de la revue "Mon Film" (17-1-1951)

Une jeune femme belle jusqu'à la perfection. Une maman attentionnée. Un mari beau garçon et plein d'entrain qui jongle avec leur jeunesse. Une camarade de travail qui fait leurs louanges au lieu de médire… ce qui est si rare entre humains.… Voilà ce que l'on rencontre autour de Nicole Maurey.

Elle partage sa loge, au théâtre Antoine, avec la fine et intelligente Catherine Damet, et une gaieté rafraîchissante anime ces lieux où de nombreux autographes, une pelote à épingles, deux lapins blancs à oreilles et cravate de velours rose règnent, côté Damet, et où, côté Maurey, deux négrillons font leur charmant métier de porte-bonheur.

Nicole Maurey… ou la joie naît dans la famille…

Nicole MaureyNicole Maurey
Premiers pas

Nicole, éblouissante dans son costume d'infirmière de théâtre, ouvre la bouche pour répondre à mes questions.

- Je suis née un vingt décembre, sous le Sagittaire.

- Où ?

- A Bois-Colombes. J'ai fait des études secondaires, que j'ai perfectionnées avec un professeur à la maison. Je détestais le latin, mais je me complaisais aux récits de l'histoire de France et aux langues vivantes.

- Vous auriez fait merveille dans Deuxième Bureau…

- J'ai travaillé l'art dramatique avec Solange Sicard, femme charmante qu'il m'a bien fallu quitter quand j'ai entrepris le Conservatoire.

- Mais certains professeurs savent rester nos amis.

- Telle Mlle Lamballe, qui me fit travailler la danse classique pendant cinq années.

- Et, après Mlle Lamballe et Mme Sicard ?

- J'ai travaillé avec Maurice Escande, et je me suis présentée au Conservatoire, où je suis entrée dans la classe de Mme Dussane.

- Vos films ?

- J'ai tourné dans "Blondine" ; j'avais alors seize ans. Puis dans "Cavalier noir", "Paméla" et enfin "Le journal d'un curé de campagne". Mon séjour au théâtre Antoine est un enchantement.

- Des projets ?

- Si vagues…

Dans la coulisse

- Et votre mari ?

- Je l'ai connu quand j'avais quinze ans, voilà sept ans; alors, je ne pensais pas que je deviendrais un jour sa femme. Nous sortions toujours ensemble, mais jamais seuls. Comme cela se produit parfois dans ces cas-là, ce ne fut pas le grand amour tout de suite.

- Quel âge a-t-il ?

- Vingt-six ans. Il est industriel.

Soudain, la jeune femme semble vouloir se taire…

- Jacques ne serait peut-être pas content.

Me voilà bien ! Comment faire, avec si peu de chose, pour vous contenter, chers lecteurs ? Je suis navrée. Mais la jeune femme sort de la loge pour entrer en scène. Heureusement, il y a encore Catherine Damet.

- Je vous raconterais bien une histoire, dit-elle. Mais… voudraient-ils ?

4

- Est-ce donc si compromettant ?

- Nous avons étrenné la pièce à Bruxelles, commence la jeune femme. Et, deux jours seulement avant la fin des représentations, nous avons pu aller visiter Gand et Bruges, comme nous nous étions promis de le faire; Jacques et Nicole étaient en pleine lune de miel et c'était très gentil de leur part de m'emmener avec eux. La veille de notre départ pour les deux villes que j'ai citées, nous nous étions donné rendez-vous dans un café, à dix heures. Mais à dix heures trente, personne encore ne se montrait…

- Lune de miel !

- Évidemment. A onze heures, je reçois un coup de téléphone. "Attends-nous encore dix minutes ; on vient !"

Mais une demi-heure après, personne ! A midi, nouveau coup de téléphone de Nicole : "Viens prendre ton petit déjeuner avec nous, et on part".

- C'est tout ?

- Non ! Nous étions partis par un temps clair, ensoleillé. Et à mesure que nous avancions vers Bruges le temps s'est couvert, il s'est mis à pleuvoir. Visiter la ville devenait une complication. Mais il y avait des vitrines merveilleuses et Nicole, qui cherche encore sa bague de fiançailles parce qu'elle veut un bijou ancien, s'arrêtait partout. Elle jouait dans le deuxième acte et moi dans le premier. Je commençais de me torturer avec la peur de ne pas être de retour à temps, de rater mon entrée. Quand on fut à cette heure de la journée que l'on nomme entre chien et loup, que la route était si mauvaise que Jacques était obligé d'aller lentement, mon angoisse fut à son comble. Je leur ai empoisonné ce voyage, les pauvres, et, pour conclure, quand, à bout de nerfs, je suis entrée à l'hôtel pour me laver, me changer, avec la hâte que donne la peur de perdre son emploi ou de recevoir un blâme, avant même de monter dans ma chambre, je rencontre Marcelle Praince qui me crie : "Ne te presse pas, c'est inutile, on ne joue pas ce soir !"

L'histoire est amusante, mais je sais bien peu de choses sur mon jeune couple… Pourquoi donc les femmes tremblent-elles devant leur mari ? J'en suis là de mes réflexions quand un jeune homme entre dans la loge de Nicole Maurey comme en pays conquis.

- Vous êtes la journaliste ?

- Bien entendu. Que ferais-je ici, avec un crayon à la main ? D'ailleurs votre femme n'a rien voulu dire, de peur de vous contrarier.

Alors le jeune mari, avec un dynamisme et une gaieté dignes de sa jeunesse, fit la confidence :

- Nous avions une passion : jouer à la crapette. Et c'est au cours d'une partie de crapette que nous avons décidé de nous marier…

- Vous vous êtes interrompus pour vous embrasser ?

- Celui qui gagne doit formuler une' demande. Nicole a gagné ; elle m'a demandé en mariage.

Nicole rentre à ce moment-là ; son rire se joint au nôtre et son mari la taquine.

- J'ai une femme qui est très jalouse. Dans le Nord, nous avons admiré uni tableau où un homme, couché, est dépouillé par ses semblables: "Tu vois, m'a-t-elle prévenu, si tu me trompes, je me vengerai comme cela ! "

Nicole Maurey s'écrie :

- Et lui, il est tellement jaloux que personne ne peut même m'approcher.

- Je le conçois ; la jalousie est la rançon de vos privilèges…

Paule Marguy
Ed.7.2.1 : 16-1-2015-2016