Betty HUTTON (1921 / 2007)

Une blonde incendiaire…

Betty Hutton

… un véritable ouragan, une énergie qui semblait indestructible, elle fut un moment – un court moment – la vedette la mieux payée d'Hollywood. Elle rapporta aussi beaucoup d'argent aux studios en particulier à la Paramount Pictures ainsi qu'à la M.G.M.

Hélas, sa carrière cinématographique se termina à 33 ans.

Complètement épuisée, en conflit et lâchée par les studios, elle se ressaisira, mais sans come-back vers le grand écran.

Elle nous quitta pauvre et oubliée peu après son quatre-vingt sixième anniversaire, faute en partie, diront certains, de ne pas avoir pu maitriser son égo et adoucir ses caprices.

D'autres l'ont aimée. Elle s'appelait Betty Hutton.

Yvan Foucart

Une enfance mouvementée…

Betty HuttonBetty Hutton (1939)

Betty Hutton naît le 26 février 1921 à Battle Creek, ville nordiste du Michigan, sous le patronyme d'Elizabeth June Thornburg. Elle rejoint Marion, sa sœur aînée de deux ans. Son père qu'elle ne connaîtra jamais, Percy, un contremaître, quitte très tôt le toit familial pour une nouvelle compagne, laissant Mabel, son épouse avec les deux enfants en bas âge. Elles apprendront son suicide en 1939.

A la recherche d'un travail, Mabel quitte Battle Creek pour Lansing, la capitale de l’état, une ville davantage prospère grâce à l'industrie automobile. Après son sporadique travail à l'usine voire un état d'ébriété consommé, elle inculque à ses filles les danses et les refrains à la mode. Betty, alors âgée de trois ans, accompagnée de Marion, se souviendra toujours de ses premiers "récitals", debout ou autour de la table de cuisine !

A onze ans, en pleine prohibition, afin de récolter quelques cents, elle chante au coin des rues et mêmes dans certains bars clandestins au sol recouvert de sciure.

A quinze ans, elle rejoint un petit orchestre qui, à défaut de scène, se produit dans les rues. Existe-t-il image plus misérabiliste ? Sommes-nous en présence d'une Charlie Chaplin féminine sortie de ce pauvre quartier londonien de Lambeth ?

En 1938, Vincent Lopez, célèbre chef d'orchestre, la repère dans un restaurant de Détroit et la fait débuter dans son spectacle au Fox Theater, puis en tournée à travers les States avant de rejoindre New York pour la consécration suprême, la naissance d'une nouvelle star du music-hall d'à peine dix-huit ans.

Buddy DeSylva, producteur attaché aux revues de Broadway, la découvre à son tour et lui offre un rôle dans sa nouvelle comédie musicale «Panama Hattie» dont il est aussi le librettiste. Subjugué par tant de naturel et de tempérament, il la fait tourner l'année d'après dans «The fleet’s in/L’escadre est au port» (1942), un film musical dont le fil conducteur ne sert qu'à relier des tableaux les uns aux autres. Betty, aux côtés d'une Dorothy Lamour toujours fidèle à ses sarongs et d'un William HoldenWilliam Holden encore hésitant, anime le spectacle tambour battant par ses facéties et ses chansons. DeSylva, définitivement gagné à sa cause, ne peut que lui présenter l'incontournable contrat hollywoodien des sept ans.

Viennent ensuite «Star spangled rythm/Au pays du rythme» (1942), un des nombreux films américains projetés bien après la guerre, dont le canevas repose sur une visite des studios permettant une distribution des plus riches dans laquelle Betty, boute-en-train irrésistible, apparaît déjà comme la véritable vedette; «The miracle of Morgan’s Creek/Miracle au village» (1944) lui permet un premier rôle dramatique et non chantant qu'elle assume avec succès ; «Incendiary blonde/La blonde incendiaire» (1945) narre l'histoire vraie d'une des reines de Broadway au temps de la prohibition qui, par la suite, fut engagée dans les tournées d'un grand cirque. Le film repose essentiellement sur ses épaules, son entrain, sa verve et sa pétulance. Son titre devient un slogan, l'identité même de Betty, à tout jamais cette “blonde incendiaire”. Le lendemain de la sortie du film, elle convole à Chicago avec Ted Briskin, un industriel spécialisé dans les appareils photographiques. Ils auront deux filles : Lindsay en 1946 et Candy en 1948. Leur union, perturbée par un rythme de vie s’accordant mal à une vie familiale, ne tiendra pas cinq ans.

Les exploits de Betty…

Betty Hutton«Annie, reine du cirque» (1950)

Citons aussi «Cross my Heart» (1946), une histoire à la Louis Verneuil version hollywood pour laquelle on réussit à la faire chanter en plein tribunal et recueillir les applaudissements du jury et du juge ! Dans «The Perils of Pauline/Les exploits de Pearl White» (1947), elle incarne Pearl WhitePearl White, une grande star du muet qui, malgré ses démêlés sentimentaux avec son cabotin de mari, anime les bons moments du film, ceux de l'époque des tartes à la crème, des coups de poing et des kidnappings menés sur un rythme capricant; dans «Dream girl» (1948), on la retrouve petite fille sentimentale, un peu lunatique, terriblement rêveuse, tombant amoureuse d'un jeune homme réaliste interprété fort habilement par Macdonald Carey; Dans «Red, hot and blue/L’ange endiablé» (1949), jeune actrice en quête de publicité, elle se fait kidnapper par un gangster dans les rues de New York (les scénaristes se seraient-ils inspirés d'une aventure analogue arrivée à Martine Carol quelques mois plus tôt ?).

En 1950, Arthur Freed, le célèbre producteur des comédies musicales de la Metro-Goldwyn-Mayer, est en plein préparatifs pour la version filmée de «Annie get your gun/Annie, la reine du cirque», l'opérette d’Irving Berlin qui fit durant près de quatre ans les beaux jours de Broadway. Sa vedette, Judy GarlandJudy Garland, dépressive et épuisée par deux tentatives de suicide, lui fait faux bond. Ne voyant que Betty pour la remplacer, il négocie le “prêt” avec la Paramount. Betty fait preuve d'un allant et d'une frénésie qui séduisent le public, le tout en parfaite adéquation avec son partenaire, Howard Keel, un ténor plutôt bien bâti. Avec raison, le magazine "Photoplay" la désigne comme l'actrice la plus populaire de l'année.

De retour à la Paramount, elle enchaîne avec «Let’s dance/Maman est à la page» (1950) où, riche veuve, elle retrouve un ancien partenaire (Fred Astaire) qui ne la fera pas que danser car ses chansons et ses mimiques de parfait clown complèteront son généreux abattage.

Enfin Cecil B. DeMille vint, avec «The Greatest Show on Earth/Sous le plus grand chapiteau du monde» (1952). Pour Betty, ce sera indiscutablement son plus gros succès, de même que celui du box-office qui affichera plus de 15 millions de dollars. En jolie trapéziste, elle y séduit tour à tour Charlton Heston, l'intransigeant directeur du cirque, Cornel Wilde son partenaire et rival aérien, ainsi que des millions de spectateurs. Elle pousse la perfection en effectuant plusieurs séjours à Sarasota, en Floride, où se tiennent les quartiers d'hiver du "Ringling Brothers, Barnum and Bailey Circus" afin de s'entraîner et d’entrer dans son rôle en parfaite condition.

Infatigable, elle termine l'année avec «Somebody loves me/C’est toi que j’aime» (1952), pour lequel elle entre dans la peau de Blossom SeeleyBlossom Seeley, l'étoile incontestée du music-hall américain qui fit tourner la tête de tous les Yankees d'avant la première guerre mondiale, mais dont la vie sentimentale sera toujours cahotante. Plus que jamais trépidante, elle joue, elle danse, elle chante… et sauve le film, son dernier tournage pour la Paramount qu'elle quitte après de profonds désaccords avec ses producteurs.

Le feu sous la braise…

Betty HuttonBetty Hutton

Si le septième art ne la rejette, on ne peut oublier qu’elle fut hyper présente sur les chaînes radiophoniques, entourée de partenaires prestigieux : Bob HopeBob Hope, Bing CrosbyBing Crosby, Frank SinatraFrank Sinatra, Danny KayeDanny Kaye, etc. Elle se produisit dans les plus grandes salles de Las Vegas, telles le "Sahara" et le "Flamingo". Elle fit de nombreuses tournées aux Etats-Unis, très souvent pour des oeuvres caritatives, mais aussi au Japon et en Corée pour divertir les troupes proches des lignes de front (1952), en Angleterre, au Canada, en Allemagne, en Afrique du Sud, etc.

Le dimanche 7 novembre 1954, a 33 ans, sur la scène du célèbre night club "Desert Inn" de Las Vegas, elle annonce d'une voix brisée, le visage noyé de larmes, qu'elle se retire définitivement du monde du spectacle. Fatiguée, épuisée même, au bord de l'asthénie, elle achève une carrière de trente années écoulée sans lui laisser le moindre répit. Son public, debout, triste et consterné, lui adresse une interminable standing ovation.

Trois années plus tard, «Spring reunion/Par la faute de son père» (1957), produit à petit budget par Kirk DouglasKirk Douglas et distribué par United Artist, se veut être son film de retour. L'ancienne blonde incendiaire, assagie dans cette réunion d'anciens collégiens qui vivent toujours leur célibat, retrouve son ancien flirt de jeunesse que son père de nature possessive lui avait demandé d'oublier. Ce retour au cinéma peut faire croire à une embellie, mais hélas l'hirondelle ne fera pas le printemps. En 1962, l'actrice est pressentie auprès de Howard Keel pour «Billy Rose' Jumbo/La plus belle fille du monde» (1962) mais, enceinte de sa troisième fille, elle doit décliner la proposition. En 1966, la Paramount, lui ayant pardonné, lui propose «Red Tomahawk/Fort Bastion ne répond plus» : hélas, elle sera licenciée après les premiers jours de tournage. Cette fois, la décision est irrévocable, elle ne reviendra plus jamais sur les plateaux, si ce ne sont ceux de la télévision pour quelques courtes apparitions qui la décevront tout autant.

La petite lucarne l'appelle notamment en tant qu'invitée dans des shows comme ceux de Jimmy Durante, Nat King Cole, Dinah Shore, Mike Douglas. D'octobre 1959 à mai 1960, elle anime «The Betty Hutton Show» sur la CBS, mais , trop concurrencée par sa rivale «The Donna Reed Show» d'ABC (de 1958 à 1966), son contrat n'est pas reconduit au terme de la trentième émission. Son ultime prestation sera pour une brève apparition dans "Baretta" (1977), une série policière dont le succès se limitera aux States.

Paix à ses cendres…

Betty HuttonBetty Hutton (1959)

Après une union de trois années avec le chorégraphe Charles O'Curran, Betty Hutton convole en troisièmes noces avec Alan W. Livingstone, président de la maison de disques Capitol Records. La célébration en la notoire et pittoresque petite église en bois rouge, la "Little Church of the West", de Las Vegas, qui se veut garante d'un bonheur assuré, n'empêchera pas leur divorce d'être prononcé cinq ans plus tard (1955-1960). Enfin, elle clôt sa vie sentimentale par un dernier mariage avec le trompettiste de jazz Pete Candoli, père de sa troisième fille, Caroline (1962). Ce sera la plus longue de ses unions : 6 ans et 6 mois.

Le dernier jour de l'année 1961, triste réveillon de Saint-Sylvestre, elle apprend le décès de sa mère dans l'incendie de sa maison. Quant à ses filles, trop souvent privées de tendresses et d'attentions, elles finissent par se détacher d'elle.

Triste bilan ! Solitaire, ruinée, elle part à la dérive, sombre dans des dépressions à répétition, se réfugie abusivement dans l'alcool et les médicaments, et va jusqu'à une tentative de suicide.

1970, elle rencontre le Père Peter Maguire, prêtre catholique de la paroisse de Portsmouth au Rhode Island, le plus petit état des USA. Il l'engage comme cuisinière et femme de ménage tandis que, le soir, elle sert dans un restaurant. Certains paroissiens la reconnaissent et se montrent très discrets et attentionnés à son égard.

Par la suite, elle suit des cours et décroche un master en psychologie à l'Université Salve Regina de Newport qui lui permet d'enseigner au Collège Emerson de Boston.

En 1999, au décès du Père Maguire, elle s'installe à Palm Springs, ville de villégiature emblématique des stars hollywoodiennes et des riches retraités californiens… ce qu'elle n'est plus. Elle y décède dans son appartement, le 12 mars 2007, après avoir lutté contre un cancer du colon. Elle repose au cimetière de Cathedral City, localité de la banlieue de Palm Springs. Sa tombe, toute simple, est proche de celle de Frank Sinatra.

Oubliée d'Hollywood, elle avait souhaité que son décès ne soit connu qu'après ses obsèques, ce qui fut respecté.Oubliée d'Hollywood (il nous reste la trace de son étoile sur la Walk of Fame), mais non de ses fans qui, fidèles, gardent le souvenir de la trépidante Annie Oakley si ce n'est celui de l'audacieuse Holly, reine du trapèze et du "bras roulé"…. à qui elle envoya tant et tant de «best wishes".

Documents…

Sources : "The decline and fall of the love goddesses" de Patrick Agan, édition aujourd'hui épuisée, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Avec mes remerciements à Nancy McKenzie (New Hampshire) et Sean Kinder (Kentucky) pour leur amicale collaboration.

Betty Hutton

Citation :

"If I could just get it across to every audience, if I could explain the thrill I get performing, 'if I could just look at them out there and the tell them 'There's nothing I wouldn't do for you…"

Si seulement je pouvais communiquer aux spectateurs, leur expliquer la joie que je ressens en jouant, si seulement je pouvais les regarder et leur dire: 'Il n'y a rien que je ne ferais pas pour vous…')"

Betty Hutton
Yvan Foucart (novembre 2011)
Ed.7.2.1 : 17-1-2016