Madeleine ROBINSON (1917 / 2004)

… elle s'appelait Liberté

Madeleine Robinson

En tchèque, son vrai patronyme était Svoboda, ce qui signifie liberté.

Elle ne pouvait porter nom plus approprié. Comédienne dotée d'une très forte personnalité, on lui reconnaissait une totale liberté d'expression, celle d'avoir tracé son parcours artistique sans aucune compromission et d'avoir eu le courage de dénoncer les travers de sa profession.

Oui, Madeleine Robinson était un modèle d'intégrité et de droiture, ce qui ne l'exemptait pas de coups durs et mesquins…

Yvan Foucart

Article paru dans le N° X de la revue "XX", le ...

Raymond Chirat, historien du cinéma bien connu et dont les ouvrages font référence, nous a fait l'amabilité d'une lettre dans laquelle il exprime ses sentiments à l'égard de Madeleine Robinson, qu'il eut l'occasion de rencontrer à plusieurs reprises.

Nous vous en livrons la version dactylographiée, ainsi qu'un extrait du document original, moins aisé à déchiffrer sur un écran de petite taille.

L'image de Madeleine…

Madeleine RobinsonMadeleine Robinson

En 1936 eut lieu ma première rencontre avec Madeleine Robinson. J'avais quatorze ans. Elle était mon aînée de cinq ans. Discrète et touchante, elle éclairait d'une flamme intérieure un personnage de mélodrame : mère abandonnée, contrainte d'abandonner son enfant.

Le film, bien accueilli, s'intitulait «Le mioche» et devait beaucoup à cette actrice ignorée : à son tact, à cette dignité qu'elle possédait et qu'elle sut entretenir. Les portes des studios s'ouvrirent. Elle affirma ses qualités, sachant nuancer ses textes avec le calme de sa force tranquille joint au chatoiement d'une parfaite élégance.

Elle s'imposa définitivement pendant l'Occupation. Trois réalisateurs lui proposèrent la place méritée. Grémillon qui lui offrit dans «Lumière d'été» de personnifier le rayon limpide qui déchire un rideau de vilenies. Dans «Douce», Autant-Lara put admirer sa conscience professionnelle : n'avait-elle pas voulu supporter constamment le lourd harnachement des jeunes femmes fin de siècle, pour donner la touche exacte à son rôle ambigu ? Christian-Jaque, enfin, lui faisant affronter la neige de «Sortilèges» où, flamboyante, elle représenta la Jalousie.

L'ancienne auditrice chez Dullin s'épanouissait sur scène en «Grande fille toute simple», en «Adorable Julia», tandis qu'au hasard des scénarios, elle quittait le tablier de la servante («Une si jolie petite plage») pour les robes de haute couture («Entre onze heures et minuit«) portés, l'un et l'autre, avec la même véracité, la même aisance.

Si elle atteint son apogée avec sa composition de fille éperdue dans "Le garçon sauvage" de Delannoy, son chemin croisa aussi ceux de Duvivier, de Chabrol, d'Orson Welles…

Elle allait ainsi, indépendante et rigoureuse, jouant du Bernstein, au théâtre avec Gabin. Plus tard, certains propos d'un de ses partenaires, certaine désinvolture de quelques journalistes à son égard, altérèrent son équilibre, la choquèrent et la peinèrent. Elle fit front, dans un livre mordant, «Les canards majuscules», mais la blessure se referma péniblement. Elle s'éloigna de la France, apaisée et toujours consciente de son apostolat et put, alors, en se retournant, évaluer avec fierté le trajet parcouru.

Raymond Chirat
Ed.7.2.1 : 18-1-2016