Philippe LEMAIRE (1927 / 2004)

… le séducteur au coeur triste

Philippe Lemaire

Philippe Lemaire fut par excellence la coqueluche des adolescentes des années cinquante. Charmant, séduisant, ce beau blond aux yeux bleus, aux fossettes éclatantes possédait une très forte capacité de séduction dont il savait habilement user.

S'il pouvait jouer à la perfection les tendres comme les durs, peu savent que ses rôles ne reflétaient pas du tout sa vraie nature. Il mena sa carrière humblement avec une discrétion parfois teintée de mélancolie et, parfois même, d'anxiété.

Pourquoi ? La plupart de ses intimes en sont toujours à l'ignorer…

Yvan Foucart

Article paru dans le N° 268 de la revue "Mon Film" (3-10-1951)

Nicole et Philippe Lemaire divorcent. Elle avait abandonné le théâtre ; elle estime que seul le travail assure la sécurité d'une femme et que le mariage n'est plus, malheureusement, dans certains cas, qu'une aventure aussi banale qu'un flirt de vacances.

Philippe Lemaire se voue à ses admiratrices…

Philippe LemairePhilippe Lemaire
Pour un rêve perdu…

Dans le bureau de l'agence Aubert, Philippe Lemaire dépouille son courrier.

"Mon Film… et encore Mon Film", dit-il en; examinant les enveloppes qui, huit fois sur dix, portent notre cachet.

- Toutes ces admiratrices ne vous lassent pas ?

- Au contraire, je me voue définitivement â elles… Voyons un peu, que voulez-vous savoir exactement ? Où je suis né ? ,je l'ai répété si souvent !

- Nos lecteurs seront ravis que vous leur confirmiez ce qu'ils ont seulement entendu dire.

-J'ai vu le jour à Moussy, en Seine-et-Marne, le 14 mars 1927.Je suis donc né, “zodiaquement” parlant sous le signe des Poissons. J'ai passé mon enfance entre Fontainebleau, Saint-Jean-de-Luz et Paris.

- De longues études ?

- J'ai débuté dans la vie en perdant mes parents. Une tante eut la bonté de se pencher sur ma détresse de petit enfant déjà dépouillé dans ses droits les plus humains. J'avais fait un rêve…

- Lequel ?

- Être officier de marine. Je le désirais intensément, mais, quand je réalisai la somme de connaissances qu'il me fallait acquérir pour atteindre mon but et tout ce que cela coûtait, je renonçai. D'ailleurs j'étais bien meilleur en récitation qu'en mathématiques.

- Pour un rêve perdu, vous avez atteint le succès à l'écran…

- J'ai travaillé, avec Maurice Escande, René Simon, et c'est Roger Ferdinand qui m'a donné ma chance à la scène avec «Ils ont vingt ans».

- Combien avez-vous tourné de films ?

- Nous allons essayer de les compter…

- Quel est celui du départ ?

- «Les amoureux sont seuls au monde». Puis, successivement : «Les amants de Vérone», «Scandale», «Bonheur en location», «Maria Chapdelaine», «La porteuse de pain», «Mon ami le cambrioleur», «Mammy», «Taxi de nuit», «Nous irons à Paris», «Le Christ interdit» et «Nous irons à Monte-Carlo», en double version, française et anglaise. Mon plus cher désir : que l'hiver prochain ne se passe pas sans que l'on m'ait confié un rôle important au théâtre."

Pitié pour les sans-logis

Philippe Lemaire s'éloigne un instant et une secrétaire aimable me renseigne sur son caractère. "Il est charmant à regarder vivre", dit-elle. "D'abord, il fait une confiance totale à ceux qui s'occupent de lui, et c'est bon pour ceux qui méritent cette confiance. Il est généreux, enjoué, animé du désir de faire plaisir. Vous voyez...", ajoute-t-elle en montrant l'énorme courrier, "il s'astreint à répondre à a toutes ces lettres. Il communie vraiment, à travers ces échanges épistolaires, avec son public".

Le jeune homme revient. Il jette un regard distrait sur le Paris que nous découvrons de ce cinquième étage et son attention se fixe de nouveau sur l'interview.

- Je voudrais trouver un appartement, soupire-t-il…

…C'est cruel de laisser les gens qui doivent vivre honnêtement de leur travail dans l'inconfort et les chicanes des meublés.

- Pourquoi divorcez-vous ? questionnai-je à brûle-pourpoint. A Neuilly, vous aviez un appartement…

- Je me suis marié, très jeune, avec une très jeune fille. Elle a aussi une personnalité à cristalliser. Moi, je suis le plus enragé des indépendants. J'aime la liberté jusqu'à la folie… Au moins les folies que le goût trop prononcé de la liberté nous fait commettre.

- Préférez-vous à Nicole Lemaire une autre femme ?

- Je vais faire ici une confession", promet le jeune homme. Il réfléchit quelques instants et avoue :

- J'aime toutes les jolies femmes…

- Peut-être votre cœur n'a-t-il pas encore parlé selon les lois du véritable amour.

- En effet, il doit y avoir un amour qui a ses lois et ses exigences. Peut-être le découvrirai-je en feuilletant ces lettres qui me donnent tant de joie et d'émotion ? Voyez, je vous donne l'autorisation de chercher ; dans toute cette pile, je n'ai trouvé que gentillesse et décence.

En effet, nous pouvons être fiers de nos lectrices. Si l'on faisait un concours de la plus jolie lettre, elles seraient nombreuses à mériter le prix. Philippe Lemaire ouvre les enveloppes, lit et me passe les pages qui ont été dictées par les cœurs les plus sensibles…

"Monsieur, je viens avec un peu de retard vous remercier de votre photo. Vous souvenez-vous de Liliane ? Sur la dédicace, vous avez écrit : «A bientôt. ,j'aurai donc la joie de vous voir une fois ? J'en serai très heureuse. Surtout ne croyez pas que je suis amoureuse de vous, j'ai seulement une très vive sympathie".

- Je suis très touché de cette phrase : "Surtout ne croyez pas que je suis amoureuse de vous", dit Philippe Lemaire…

… Je suis ravi quand on me traite comme le plus simple de mes camarades et non comme une vedette de cinéma.

- Que répondrez-vous à cette correspondante ?

- Qu'il pourrait bien arriver qu'en la voyant je sois le plus honoré des deux. Et encore lisez ceci…

II me tend une autre lettre…

"Cher monsieur, c'est aujourd'hui la deuxième fois que je vous écris. Comment se fait-il que vous ne m'ayez pas encore répondu- ? Je travaille dans un bureau et j'ai préparé mon P. C. A. Cela est terminé, heureusement. je vais vous poser des questions parce que je suis une jeune fille et nous sommes très curieuses ; je ne fais pas exception la règle. J'aimerais bien savoir si vous êtes remarié. je sais que vous êtes en instance de divorce. Vous remarierez-vous unie seconde fois ?"

- Que répondrez-vous, encore une fois ? dis-je en repliant la lettre.

- Que je redeviens célibataire, pour commencer, mon divorce n'étant pas terminé. Ensuite… on verra, pour le reste, avec le destin, conclut Philippe Lemaire.

Paule Marguy
Ed.7.2.1 : 20-1-2016