Nicole COURCEL (1931 / 2016)

Article paru dans le N° 215 de la revue "Mon film" (4-10-1950)

L'immense appartement que les parents de Nicole Courcel ont confié à un décorateur, dont on ne peut nier le grand art, abrite une nombreuse famille où les jeunes filles règnent. Ce décor lumineux met en valeur la beauté de la jeune comédienne, vraie blonde qui donne la réplique aux exigences de la lumière du jour.

Nicole Courcel, une interview…

Nicole CourcelNicole Courcel

- Il y a beaucoup trop de filles dans cette maison ! Je croyais que vous aviez un frère ?

- Ce n'est qu'un tout petit homme de huit ans, et il est en Corse, pour se soigner, car il est malade. Mais une demi-soeur et des cousines habitent avec moi.

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- Si nous parlions de votre métier ?

- J'ai toujours désiré faire du théâtre. Quand j'étais tonte petite, j'en exprimais déjà la volonté avec force. Le merveilleux, c'est que ma famille m'y a aidée, au lieu de me faire opposition. Papa m'a dit : "Tu sais, dans ce milieu, tu rencontreras des gens très intéressants, mais aussi des mufles, des 'resquilleurs' de l'art, des exploiteurs, beaucoup de mensonge ! Non pas tant les mensonges que le mensonge".

- Il connait la vie, votre papa, et la jungle où le monsieur qui vous a fait une crasse n'aime pas qu'on la lui rende…

- J'ai réfléchi deux ou trois jours et j'ai pensé que, puisqu'il s'agissait de défaillances humaines, je les rencontrerais aussi bien ailleurs et, bravement, j'ai entrepris ce que j'aimais.

- C'est courageux.

- J'ai fait des essais avec Jacques Becker; beaucoup d'essais. J'étais patiente. Je me disais : "Tu es encore jeune, tu as le temps, ne t'énerve pas…". Et aussi, ayant fait le tour de ma patience, je me suis trouvée au «Rendez-vous de juillet». Puis ce fut «La Marie du port». Et, en ce moment, je prépare ma rentrée au théâtre.

- Où cela ?

- Dans la pièce d'un auteur qui est un si grand monsieur que je n'aime pas commettre d'indiscrétion avant d'y avoir été autorisée.

- Vous n'abandonnez pas à tout fait vos études, j'espère ?

- Absolument pas. je suis allée en Angleterre. J'y suis restée un an et demi. Et, si vous voulez connaitre mon impression, je vous dirai précisément que, là-bas, je trouve qu'on ne travaille pas assez.

- Pourtant, les Anglais ne manquent pas d'érudition ?

- Par rapport à eux ! Mais par rapport à nous, leur érudition est bien faible.

- A quoi donc passent-ils leur temps ?

- Tous les après-midi sont consacrés au sport. J'ai séjourné dans une école. Le site était très agréable. Le bâtiment ? Un grand château dans un parc de quarante hectares. Tout le confort. Il y avait là des jeunes filles de dix à dix-huit ans.

- Quel âge avez-vous donc ?

- J'aurai dix-neuf ans au mois d'octobre.

- Et les jeunes Anglais ?

- Je ne les voyais pas, étant pensionnaire. Mais je n'ai pas attendu jusque-là pour avoir un premier amour…

- C'était récent ?

- Mon premier amour ? Oh ! Non ! C'est bien loin, soupire Nicole Courcel avec mélancolie.

Bagatelles et espérances

… J'avais douze ans quand je me suis éprise d'un gars qui avait une motocyclette qui faisait un bruit infernal. Ah ! Cette moto, elle était extraordinaire !

- Quel aspect physique avait ce héros ?

- Tout le contraire de ce que j'exige maintenant, c'est-àdire qu'il était blond et frisé, et pas très grand.

- Un Parisien ?

- Oui, mais du Lot. J'étais dans un petit pays, à Martille (ndlwm : Martel). Là-bas, le paysage est si beau qu'il entraine à la rêverie sentimentale.

-- Savait-il que vous l'aimiez ?

- J'avais tout fait pour qu'il s'en aperçoive !

- Et quelles réactions avait-il ?

- Il se moquait de moi. II était amoureux d'une femme de vingt-huit ans qui ne dédaignait pas ses hommages.

- Vous étiez jalouse ?

- Furieusement. Et, comme il était très infatué de lui-méme, il en profitait.

- En quoi faisant ?

- En se moquant de moi avec quelques mots que je trouvais méchants, et des regards en coin corsés d'un sourire ironique.

- Vous étiez souvent sur son chemin ?

- Je m'y mettais exprès. J'avais une petite bicyclette avec laquelle j'essayais péniblement de concourir avec sa moto.

- Le lièvre et la tortue ?

- A peu près. Mais cette modeste bécane me servait bien pour l'espionner, et, quand il avait des rendez-vous avec son grand flirt, je surgissais toujours au moment où ils s'y attendaient le moins. Puisque nous n'étions que deux Parisiennes au village, nous étions, mutuellement, l'une pour l'autre, une distraction !

- Et maintenant, qui espérez-vous ?

- Je ne suis pas pressée de me marier. Je voudrais faire beaucoup de théâtre, beaucoup de cinéma, et, ensuite, au besoin, pouvoir me retirer dans la paix du foyer pour élever moi-méme mes enfants.

- Vous avez certainement déjà trouvé des “épouseux” ?

- C'est étonnant que vous n'ayez pas dit : "… jolie comme vous êtes".

- Je l'ai seulement pensé, en effet.

- Je suis toujours tombée sur des garçons qui avaient mauvais caractère.

- C'est la preuve éclatante qu'ils en ont un !

- Mais c'est très désagréable de vivre avec des gens grognons…

- Préférez-vous l'inconsistance des médiocres ou des indifférents ?

- Jamais ! Mais je n'aime pas le flirt; alors je suis très exigeante. J'étais, il faut le dire, une si grande sportive, jusqu'à ce jour, que je n'évoluais pas dans une atmosphère très propice à l'éclosion de la vie sentimentale…

- Vous avez beaucoup voyagé ?

- En Europe. Mon plus beau souvenir vient d'Italie, et c'est Rome, la capitale que je préfère… après Paris !

Paule Marguy
Ed.8.1.1 : 20-1-2016