Maria MAUBAN (1924 / 2014)

… un devoir de mémoire

Maria Mauban

Maria Mauban fut une très grande comédienne, une icone du théâtre un peu délaissée par le septième art. A tel point que l’on se demande parfois si son nom rappelle quelques souvenirs à nos cinéphiles de moins de quarante ans.

De cette amnésie quasi générale, elle ne fut pas la seule victime. Maria Mauban fit partie de ces comédiennes trop vite délaissées par les professionnels, les décideurs du grand écran alors que le public des scènes théâtrales ne put l’oublier.

A croire que celui-ci possède une mémoire bien plus fidèle que la leur…

Yvan Foucart

Article paru dans le N° 28 de la revue "Mon Film" (5-2-1947)

Confidences recueillies par Paule Marguy.

Maria Mauban nous dit la vérité…

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Jean Gabin, quand je l'ai connu, m'a dit qu'il était libre et qu'il voulait m'épouser.

- Voilà qui me semble clair !

- Tout ce qui s'est passé par la suite, je vais vous le raconter en vous demandant de ne rien changer à mon récit, car on a déjà trop écrit sur cette affaire privée dont on a fait un scandale.

- Vous pouvez compter sur moi, mademoiselle.

- On m'a traitée de jeune starlette en instance de succès, d'écervelée, que sais-je, encore !

On a dit que j'ai téléphoné aux journalistes pour les prier d'annoncer mes fiançailles avec Gabin ! On a prétendu que j'avais convoqué des amis pour prendre des photos dont je me serais servie pour soigner ma publicité et, aussi, forcer mon mariage. Un de vos confrères m'a traitée de chipie !

- C'est un monsieur peu galant.

- Aussi odieux que cela puisse être, je préfère ne pas relever le gant.

- Pourquoi ? Il y a des moments, dans la vie, où il est bon de se défendre.

- Je suis d'accord avec vous, mais j'ai perdu ma mère il y a peu de temps. Elle aurait détesté ce scandale et, en souvenir d'elle et par respect pour mes soeurs, qui sont deux filles épatantes, je préfère éteindre le feu de la médisance au lieu de l'attiser.

- Planez…. Planez et dédaignez. Dés qu'un bonheur nous menace, nous faisons des jaloux, et les méchants et les méchantes s'en donnent à cour joie de se venger de ce qui leur fait envie.

Comment tout a commencé…

- C'est bien ce que j'essaie de faire, mais c'est difficile remarquez-le, on a plutôt envie de riposter vertement, mais je viens de vous donner les raisons que j'ai de me taire quand nous aurons fait cette mise au point.

- J'étais dans une boite de nuit, avec des amis à moi qui sont aussi les siens. Gabin vint nous rejoindre. Nous avons passé cette première soirée ensemble et, par la suite, nous sommes sortis ainsi tous les soirs.

Jean venait me chercher avec des fleurs plein les bras. Il rayonnait. II m'a dit, je le répète, qu'il était libre et qu'il voulait m'épouser. je l'aimais. J'ai pris sa demande au sérieux. Nous sommes allés à la mairie, je puis même vous nommer l'arrondissement…

- Peu importe !

- Là, les employés ont cru que j'étais Madeleine Sologne à cause de mes longs cheveux. Nous avons demandé quelles formalités il nous allait remplir. Nous fîmes établir notre certificat pré-nuptial et nous allions publier les bans quand une violente dispute éclata entre nous, au sujet de qui… Vous le devinez, je pense !

Marlène…

- C'était le soir du gala de Marlène au Palais de Chaillot. Jean me demanda d'y assister : "Tu comprends, me dit-il, je ne puis refuser... j'ai tout de même des obligations vis-à-vis d'elle ". Je n'ai pas accepté cette réflexion comme, peut-être, j'aurais dù le faire ! J'ai répliqué vertement : "Si tu as des obligations, tu en as d'abord vis-à-vis de moi. Tu vas être mon mari et tu n'y vas pas, ou tu y vas et je ne te vois plus". D'un mot sur l'autre, nous nous sommes blessés. J'ai fait ma valise et je suis partie réveillonner à Cannes. Vous voyez, il y a juste un peu plus d'un an. Une fois sur la côte d'Azur, je reçus de Jean un télégramme ainsi conçu : "C'est idiot ! Reviens ! Je n'ai pas eu un joyeux Noël. Toute ma tendresse".

Nouveaux espoirs…

- Je rentre à Paris. Il me fait comprendre qu'il devait encore des égards à Marlène parce qu'il l'avait fait venir en France. Que jusqu'à son départ, au moins, il devait agir avec délicatesse. Et moi, j'ai eu la sottise d'accepter ses raisons.

" - Tu seras patiente ?" me demanda-t-il.

"- J'attendrai tout le temps qu'il faudra", répondis-je. Pourtant, je savais qu'en mon absence il était sorti avec Marlène, il s'était montré partout avec elle. Bref, une nouvelle vie commença, qui dura de janvier à avril !

- Vous avez subi bravement l'épreuve imposée !

- Jean sortait toujours avec la grande vedette américaine. mais il venait aussi me voir. Il me téléphonait à minuit en allant mettre sa voiture au garage, il m'emmenait dîner au San-Francisco. Tout n'allait pas si mal quand je fus obligée de partir pour la Belgique.

- Vraiment, le travail n'est pas compatible avec l'amour !

- Nous fûmes donc séparés encore deux mois et, quand Marlène quittait la France, je repartais pour la côte d'Azur, où j'ai tourné «Le chanteur inconnu» dont j'étais la vedette féminine.

- C'était bien votre troisième film ?

- Effectivement. J'avais déjà terminé «Patrie» et «Le cocu magnifique».

La dernière phase…

- Quand je suis revenue à Paris, après le Festival de Cannes, Jean me dit que nous étions encore à temps de nous marier. Quelle occasion j'avais là, dites-moi ! Si j'avais voulu me faire de la publicité, de m'élancer sur sa nouvelle proposition. Mais après certaines blessures, le coeur se replie. J'avais réfléchi. je ne voulais plus rien entendre et, soudain, je dis oui. Si on veut rompre avec quelqu'un qu'on aime, il ne faut plus le revoir ! Tout était rétabli dans l'ordre precédent. Mais, voilà… Nous ne nous sommes pas entendus.

Exigences…

- Jean ne voulait-il pas que j'abandonne le cinéma ?!

- Pas possible !

- Mais si ! Il me dit textuellement : "Tu es trop jeune pour faire ce métier. Au bout de six mois je serais marron !"

- Il n'avait pas confiance ?

- Abandonner ma carrière, je n'ai pu m'y résigner ! J'avais précisément un projet de film qui me tenait à coeur. J'ai compris tout ce que j'allais perdre en acceptant les conditions de Jean Gabin.

- Sacrifier une belle carrière pour un homme, je crois que c'est une folie. La carrière, le métier vous font manger. Si un jour l'homme décide de s'en aller ailleurs, il ne nous laisse pas une fortune pour remplacer notre gagne-pain !

- Voilà ! Vous m'avez comprise.

- Cependant, vous referez votre vie avec un autre homme et un autre amour.

- Jean était mon idéal !

- Le prochain postulant à votre coeur sera peut-être une douce et reposante réalité. Je vous le souhaite.

- Merci !

Voilà la vérité sur les amours de Maria Mauban et de Jean Gabin.

Paule Marguy
Ed.7.2.1 : 26-1-2016