Geneviève PAGE (1927)

Article de Paule Marguy, paru dans le N° 318 de la revue "Mon film" (24-9-52)

Geneviève Page n'est pas seulement jolie : elle est animée par une vie intérieure qui rayonne autour d'elle…

Geneviève Page, ravissante fée de l'imprévu

Geneviève Page«Fanfan la Tulipe»
Poétiquement

Il semble naturel que cette jeune fille élancée, transparente, dise…

- Je suis née rue des Eaux, en bas du square, à Passy. Mon père antiquaire-décorateur, est un lettré qui possède au plus haut degré le goût des arts. D'ailleurs, nous sommes tous ainsi dans la famille.

- Vous n'avez donc pas eu à lutter pour faire du théâtre ?

- Mes parents ont été très bien. Mon père estime qu'à partir du moment où l'on fait bien les choses, on peut faire ce que l'on aime.

- L'histoire de votre vocation ?

- Je me suis présentée, à dix-sept ans, au Conservatoire. J'ai été reçue la deuxième année. Un drame de famille étant survenu, j'ai travaillé comme antiquaire, à la maison.

- Est-ce indiscret de vous questionner sur ce drame ?

- J'ai un frère ainé. II fut brûlé dans un terrible incendie. II était aux colonies. Il ne put être transporté en avion et, pendant un an, je ne l'ai pas quitté. Après mon année d'antiquaire-décoratrice, j'ai décidé qu'il fallait absolument faire quelque chose. Denise Tual faisait un film, «Ce siècle a cinquante ans»

- Ce furent là vos débuts…

- Puis j'ai joué à la Biennale de Venise la première pièce de Molière, «L'étourdi». Jouer dans le plus beau théâtre du monde, dans cette ville pleine de beauté, c'est recevoir un choc inoubliable, garder une émotion
incomparable.

- Et vous avez tourné de nouveau ?

- «Pas de pitié pour les femmes», puis «Fanfan la Tulipe». Cet hiver, à Londres, j'ai joué chez Laurence Olivier «Happy Times».

- Songez-vous au mariage ?

- Les parents veulent que les filles se marient, c'est normal. J'admets que les hommes aient du temps à me consacrer, qu'ils me fassent la cour, m'envoient des fleurs.

- Et vous ?

- J'avoue ne pas avoir de loisirs à leur consacrer. Il faudrait prendre le temps de choisir… Non, pas pour le moment.

Pourquoi ?

- Sportive ?

- Ski, équitation, natation, danse classique, tout, sauf la marche.

- Vous nagez ?

- Et aussi je plonge. Je joue au croquet (je suis même championne) et quand je perds, je me sers violemment du maillet !

- Vous êtes très douce !

- En ski, chaque hiver, je me casse souvent quelque chose. Quand février arrive, les gens de mon quartier savent qu'ils vont me revoir en pantalon écossais, traînant au moins une jambe…

- Vous conduisez votre voiture ?

- La mienne ou celles de mes amies. Je préfère les voitures ouvertes, qui permettent les disputes entre conducteurs et les injures projetées à l'abri de l'incognito de la rue. Dernièrement, j'allais à un cocktail chez des amis. Je croise un garçon qui conduisait aussi sa voiture accrochage, injures… et quelles injures ! Nous nous sommes sorti un vocabulaire de charretiers. Et voilà qu'en arrivant chez mes amis nous nous retrouvons dans le salon. Nous ne savions plus où nous mettre…

- Et maintenant ?

- Nous sommes d'excellents amis. J'ai la spécialité des histoires ridicules : je mets un grand chapeau et je ne puis plus entrer par la porte. Je mets un tailleur blanc et j'arrive pleine de cambouis !

- Vous ne le faites pas exprès ?

- J'en suis très gênée, au contraire. Et je rougis pour rien. Mon docteur appelle cela "troubles vaso-moteurs".

- C'est un technicien…

- Alors on me croit perpétuellement en faute. Je suis myope. Je dis bonjour à des gens que je ne connais pas…Ainsi, vous comprendrez que je me trouve tellement mieux en solitude studieuse, dans ma campagne…

- Car vous en avez une ?

- Un peu en dehors de Soissons. J'ai des poules, des canards et des vaches.

- C'est le bonheur.

- Vous ne vous en doutez pas, mais je sais traire les vaches.

- Vraiment ?

- Le nouveau fermier et moi, nous avons fait un concours.

- Et vous avez gagné ?

- Haut les mains !

-Qu'a dit le fermier ?

- Il l'a raconté dans tout le village. Chaque fois que je rentre au pays, on me parle, larmes aux yeux, de ce concours, on me rappelle mes lauriers...

Je regrette, cher lecteur, de ne pouvoir vous traduire exactement le récit de Geneviève Page. Elle est inimitable et excellente comédienne dans la "scène du fermier". Mais elle est autre chose encore…

- Mon frère et moi, nous sommes des affamés de musique.

- Il y a les concerts...

- Nous les suivons. Nous nous procurons les disques “dernier cri”. Tout ce qui naît sur cette terre, tout ce qui vibre sous ce ciel, tout ce que le cerveau et le coeur humain peuvent enfanter nous passionne…

© Paule Marguy
Ed.8.1.1 : 30-1-2016