Simone RENANT (1911 / 2004)

… la plus jolie femme de Paris…

…la plus jolie femme de Paris… Simone Renant

Blonde, attirante, aux fossettes séduisantes, aux yeux de noisette ou violette selon les jours, elle fut la perfection de l'élégance parisienne. Celle apportée par la haute couture et le prêt-à-porter de luxe lancés par les Heim, Dior, Lanvin, Chanel et autres créateurs de ces très belles années.

Désignée par les journalistes "la plus jolie femme de Paris", voilà telle que nous apparut Simone Renant.

Certes, ils avaient raison, mais cela ne l'empêcha pas d'être aussi cette jolie picarde très attachée à sa "petite Venise du Nord".

Yvan Foucart

La voie de son maître…

Simone RenantSimone Renant

Simone Renant, de son vrai nom Georgette Simone Alexine Buigny, vit le jour à Amiens (Somme) le 19 mars 1911. Elle dut ses prénoms à Georges, son papa, employé aux chemins de fer, et à Simone, sa maman, tenant commerce dans la mercerie et la couture. Leur mariage tint peu puisqu'il fut dissous dès les quatorze ans de Georgette.

En octobre 1926, celle-ci fut admise en octobre au conservatoire de sa ville natale où, deux ans plus tard, elle obtint le premier prix d'art dramatique, un très bel encouragement pour poursuivre l'aventure à Paris. Ses parents ayant divorcés et résidant toujours dans la Somme, Simone fut accueillie à Paris par son oncle, Robert Krettly, premier violon d'un quatuor à cordes célèbre de l'époque, et par son cousin alors âgé de dix ans qui se fit connaître sous le nom de Gérard CalviGérard Calvi, comme compositeur et chef d'orchestre, accompagnateur des Branquignols.

A l'issue des trois années passées au "Conservatoire de musique et de déclamation" de la rue de Madrid, elle dut se contenter d'un second prix au concours de sortie (1932), ce qui la priva d'un engagement à la Comédie Française, cette maison dont elle rêvait tant. Fort heureusement, ce refus ne l'empêcha pas d'effectuer la carrière qu'on lui connait avec toujours une préférence nettement marquée pour la scène. En reconnaissance envers son illustre professeur René SimonRené Simon, elle adopta le pseudonyme de Simone Renant et débuta au boulevard auprès d'André LuguetAndré Luguet, avant de rejoindre René Rocher au Théâtre du Vieux Colombier pour aborder le répertoire classique avec des auteurs qui lui convinrent bien : Molière, Corneille, Marivaux, etc.

Silence ! On tourne…

Simone RenantSimone Renant

La carrière cinématographique de Simone Renant reposa souvent sur des adaptations plus ou moins réussies des pièces de théâtre. C'est ainsi avec «La folle nuit» (1932) qu'elle débuta sous la caméra de Robert Bibal pour une apparition auprès de la “grande” Marguerite DevalMarguerite Deval et Suzanne BianchettiSuzanne Bianchetti. «Escale» (1935) lui apporta un second rôle et un réconfort non négligeable dans les bras d'un bel officier de marine d'origine roumaine, Samson FainsilberSamson Fainsilber. «On ne roule pas Antoinette» (1936), surtout lorsqu'elle est incarnée par Simone, aux côtés d'Armand BernardArmand Bernard qu'elle retrouva immédiatement à«L'école des journalistes» (1936) qui n'empêcha par la méprise du photographe un peu sot l'interviewant comme vedette au détriment de la réelle Colette DarfeuilColette Darfeuil. La chose finit pour le mieux puisqu'elle permit à l'actrice de travailler sous la direction de Christian-Jaque, lequel devait la conduire dès l'année suivante bien plus haut dans son coeur qu'elle ne le fut jusque là aux rangs des génériques. Bel homme, cavaleur diront certaines qui savaient sans doute de quoi elles parlaient, ce dernier la dirigea tendrement en Madame du Barry, détentrice pour peu de temps d'une des «Perles de la couronne» (1937) film qu'il co-réalisa avec Sacha GuitrySacha Guitry. Ce même Christian-Jaque l'exposa dans un tout autre décor pour «Les pirates du rail» (1937), censé se dérouler dans le Yunnan chinois, hélas plus banalement reconstitué du côté de Nice.

Profitons-en pour retirer définitivement de sa liste de mariage de Simone Renant le nom parfois avancé de Marcel DalioColette Darfeuil. Sa première union fut contractée auprès de Charles WeiskopfCharles Gombault (1933/1937), officiellement renommé Gombault, journaliste et co-directeur de France Soir.

En avril 1940, «Elles étaient douze femmes» (dont Simone Renant) au "gala des petits lits blancs", disposées à gâter les soldats sur le front de Verdun. Deux mois plus tard, lors de la journée ensoleillée du 19 juin 1940 , Simone et Christian-Jaque s'unirent à la mairie de Royan (Charente-Maritime) trois jours avant que la région ne soit occupée par la 44ème division de la Wehrmacht ! Cette union, qui souffrit des trop nombreuses de sa composante masculine, déboucha rapidement sur un divorce (1944).

En 1941, dans les studios glacés de la Continental-Films d'Alfred Greven, Maurice Tourneur fit de notre vedette une coquette du Second Empire aux côtés d'Edwige Feuillère, parfaite «Mam'zelle Bonaparte» (1941). Auprès de cette même Edwige, parfaite séductrice élevée au titre de «Duchesse de Langeais» (1941), Simone, son amie admirative et dévouée, n'eut pas à rougir de son rang de vicomtesse.

«Voyage sans espoir» (1943), son dernier film avec Christian-Jaque, nous la révéla en chanteuse de night-club, hésitant entre son amant évadé de prison et un joli garçon fraîchement rencontré. La voici jeune épouse en pâmoison devant son «Domino» (1943), alias Fernand Gravey, pour une oeuvrette bien oubliée. En ange céleste et blond, elle déjoua «La tentation de Barbizon» (1945) qu'un vilain petit diable (François PérierFrançois Périer) s'efforçait à placer sur la route d'un jeune ménage innocent. La même année, elle eut beaucoup de peine à restituer à ses parents «L'ange qu'on m'a donné» (1945), un chérubin recueilli au cours de l'exode de 1940. Vint enfin le rôle qui la plaça parmi les grandes actrices fut, celui de la photographe mélancolique et lesbienne du «Quai des orfèvres» de Clouzot (1947), tenant tête à un superbe Louis Jouvet qui, la confondant, finit par lui lancer : "Dans le fond, vous êtes un type dans mon genre, avec les femmes, vous n'aurez jamais de chance !".

Une Parisienne stylée…

Simone RenantSimone Renant

Ce fut Jean-Pierre Aumont, «L'homme de joie» (1950) qui, sur sa demande, la vengea des tromperies de son mari avec une chanteuse de music-hall. L'Italie sollicita Simone Renant auprès de Rossano BrazziRossano Brazzi pour soutenir «Le fils de Lagardère» (1952, roman du fils de Paul Féval) que, fille du traître Peyrolles, elle éleva secrètement. Ne voulant être en reste, la Metro-Goldwyn-Mayer l'employa dans «Boulevards de Paris» (1955, tourné en France il est vrai), film mineur pour lequel, elle apparut en charmante styliste parisienne. Toujours avec le même glamour, elle débarqua de son Constellation de la TWA, vedette hollywoodienne lors d'une «Escale à Orly» (1954), pour découvrir que son producteur la jugeait déplacée dans son prochain personnage de jeune première. Quant à Sacha Guitry, désirant sans doute se faire pardonner d'avoir supprimé au montage la scène de son «Napoléon» (1954) dans laquelle elle figurait, il la dédommagea l'année suivante, l'habillant en Marquise de Latour-Maubourg, belle, altière et élégante dans sa robe de bal en crinoline rose pour «Si Paris nous était conté».

Quel plaisir elle eut de porter à l'écran «Les oeufs de l'autruche» (1957), sur des dialogues savoureux d'André Roussin et avec la présence de Pierre Fresnay, son mari, qu'elle rendait responsable de l'immoralité de leurs enfants. Au contraire, elle vécu longtemps «Sans famille» (1957, d'après le roman d'Hector Malot), incarnant la douce mère anglaise du pauvre Rémi (Joël FlateauJoël Flateau), l'enfant vendu par son père adoptif qu'elle ne retrouva qu'après de longues et pénibles recherches. «Echec au porteur» (1957) lui restitua le même Joël Flateau, mère et fils vivant dans un triste milieu de terrains vagues paupérisés. Le cinéma est ainsi fait qu'il vous fait aussitôt basculer dans les boudoirs de Choderlos de Laclos pour des «Liaisons dangereuses» retissées par Roger Vadim (1959) où elle campa Madame Volanges, la mère de la jeune fille séduite par un Gérard Philipe plus pervers que jamais (1959).

Simone Renant inaugura la nouvelle décade en avocate, défendant un irrésistible séducteur (Robert LamoureuxRobert Lamoureux) face à «La femme seule», illustrant un volet de «La Française et l'amour» (1960). Tenancière de tripot exilée quelque part au Brésil, elle accueilla à sa façon «L'homme de Rio» (1963), un Belmondo en quête de statuettes indiennes, dans une réalisation magnifiquement rythmée par Philippe de Broca. Dans «Un homme qui me plaît» (1969), elle se contenta d'une apparition furtive dans un hôtel de Los Angeles où elle croisa son amie (Annie GirardotAnnie Girardot). Quelques années plus tard Simone retrouva Annie, sa nièce devenue un bien «Tendre poulet» (1977) face aux appétits de Philippe NoiretPhilippe Noiret. Ces trois films furent produits par Alexandre MnouchkineAlexandre Mnouchkine, avec qui elle convola le 17 mars 1975 en la mairie du XVIIIème arrondissement de Paris.

Pour «Trois hommes à abattre» (1980, tout est dans le titre), son ultime travail cinématographique, elle apparut, hôtelière sérieuse et accueillante à Trouville-sur-Mer, en mère d'un Alain Delon entraîné bien malgré lui dans une organisation de vente d'armes : il aurait dû se méfier !

Les feux de la rampe…

Simone RenantSimone Renant (1980)

Le palmarès théâtral de Simone Renant fut couronné d'applaudissements mérités, tant elle sut mettre en valeur le charme et l'esprit de son répertoire boulevardier. Bornons-nous à citer quelques titres où elle promena son image de femme pétillante et délicieusement bourgeoise que le septième art nous a conservée : «Les vignes du seigneur» de Robert de Flers et Francis de Croisset (1937); «Le bonheur» (1933), «Victor» (1950) et «Le voyage» (1950) d'Henry Bernstein; «Une jeune fille savait» (1942) d'André Haguet; «Blithe Spirit» (1946) de Noël Coward; «Nous irons à Valparaiso» (1947) et «Patate» (1957) de Marcel Achard, «La huitième femme de Barbe-Bleue» (1949) d'Alfred Savoir; «Treize à table» (1953-54) de Marc-Gilbert Sauvajon; «Le cœur léger» (1959) de Samuel Taylor; «Que les hommes sont chers» (1961) de Jaime Silas (pour lequel elle bénéficia du soutien de Robert ManuelRobert Manuel, son metteur en scène, alors qu'elle venait d'être touchée par le décès de son père) et, bien sûr, "Les œufs de l'autruche» (1966) d'André Roussin.

Elle nous gratifia également de nombreux passages par la petite lucarne, certains dans le cadre de l'émission «Au théâtre ce soir» comme «Treize à table», «Les œufs de l'autruche» et «Le système Ribadier».

En 1960, la direction du Festival de Cannes l'invita à siéger comme membre du jury sous l'autorité attentive du président Georges Simenon. La Croisette accoucha d'un bon crû , la palme d'or ayant été décernée à «La dolce vita» de Federico Fellini.

D'origine modeste, Simone Renant dégageait dans ses manières une discrète aristocratie. Appréciée du public, elle possédait une réelle gentillesse plusieurs fois récompensée par le "Prix Orange" octroyé à la comédienne la plus coopérative avec la presse.

Malheureusement atteinte de la maladie d'Alzheimer, elle fut contrainte, de longues années durant, à l'éloignement de ce monde du spectacle auquel elle tenait tant. Elle nous quitta peu à peu, hospitalisée dans une Résidence médicalisée de Garches où elle s'éteignit doucement, rendant son dernier souffle dans la nuit du 29 mars 2004, dix jours après son 93ème anniversaire. Veuve depuis 1993, elle rejoignit Alexandre Mnouchkine qui l'attendait au petit cimetière de la Genêtrière de Marly-le-Roi, endroit que le cortège funèbre rejoignit par des sous-bois encore humides. Ce jour-là, les brumes du matin firent place à un soleil renaissant, le printemps ayant tenu à faire acte de présence…

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

"Lumineuse Simone…"

Citation :

"Lumineuse Simone, belle de prestance, exquise de visage, qui remet au goût du jour les grâces des figurines de Saxe. Elle a fixé une image de la Parisienne. Celle d'une femme qui n'est que sourires dans la grisaille de l'Occupation. Coquette, raffinée et gaie, frivole d'apparence et pourtant courageuse, on oubliait alors rien qu'en la regardant la misère des temps."

Raymond Chirat
Yvan Foucart (juin 2014)
Ed.7.2.1 : 30-1-2016