Henry FONDA (1905 / 1982)

… regard d'acier, caractère de fer…

…regard d'acier, caractère de fer… Henry Fonda

On lui trouvait un visage grave et émouvant, de beaux yeux bleus d'acier trempé, une démarche tranquille, placide, et feutrée telle celle d'un félin.

D'un caractère énergique, on le disait exigeant sur la qualité des rôles proposés.

Parcourant la filmographie de Henry Fonda, on ne peut que lui donner raison, comme l'illustre la très belle composition qu'il nous offrit au tout début de sa longue carrière dans «Les raisins de la colère», film tiré du roman homonyme de John Steinbeck, ce célèbre dramaturge, qui fut l'un de ses meilleurs amis…

Yvan Foucart

Un petit grouillot…

Henry FondaHenry Fonda

Henry Jaynes Fonda nait le 16 mai 1905 à Grand Island (Nebraska). Dès ses six mois, ses parents déménagèrent pour se fixer cent cinquante miles plus loin, à Omaha, une des villes les plus importantes du Midwest, où le Missouri fait frontière avec l'Iowa. Le père, William, muni de ses précieuses presses d'imprimeur, y installa sa famille : Herberta, la mère s'occupant de la gestion ménagère; Henry, le fils aîné (vite rebaptisé Hank), Harriet et de Jayne, les deux sœurs.

Travaillant très jeune comme grouillot auprès de son père, Henry grignote quelques dollars par ci, par là, complétés par les revenus d'un emploi à temps partiel contracté auprès de la Cie des Téléphones Bell. Nanti de son diplôme de fin d'études de la Central High School, il s'inscrit aux cours de l'Université du Minnesota, dans l'espoir de devenir journaliste. En 1925, une amie de la famille, Dorothy BrandoDorothy Brando (la mère d'un MarlonMarlon Brando encore biberonnant), le persuade de tenter sa chance au théâtre de la ville "Omaha Community Playhouse" dont elle était l'une des membres fondatrices. Empressé, et même galvanisé par cette perspective, il se présente et se voit confier la construction des décors, la réfection des peintures, du lever de rideau et jusqu'au balayage de la scène, une fois les comédiens retirés. Il n'y a pas de tâche ingrate pour mettre les doigts dans des mécanismes propres à dérouler vos rêves les plus fous, d'autant moins que cette compagnie des petites tournées ne tarda pas à lui proposer un premier rôle pour une prestation certes chichement rétribuée.

Toutefois, c'est là côte Est des Etats Unis qui lui met véritablement le pied à l'étrier en lui permettant de se produire dans un vieux palace de Washington pour un cachet de cinq dollars par semaine, le vivre et le couvert compris. Le voici bientôt à Boston où il fait la connaissance d'une débutante, aux talents guère mieux reconnus que les siens, qui lui laissera, parmi d'impérissables souvenirs, celui de la gifle qu'elle lui décocha pour satisfaire aux exigences de son rôle. L'affaire n'empêchera pas le bon Henry de la trouver mignonne, bien tournée et, quoi que sensible et fragile, dotée d'un rire irrésistible. Née le même jour et le même mois que lui, la belle répondait au nom de Margaret Sullavan. Succombant aux flèches d'un CupidonCupidon malicieux, les jeunes gens ne se quittent bientôt plus et finissent par s'offrir en cadeau l'un à l'autre, ce beau soir de Noël 1931. Mais Zeus ne l'entend pas de la même oreille, qui précipite sur les tourtereaux ses orages les plus tourmentés, les amenant à un divorce aussi rapide qu'inattendu.

Entretemps, le couple de comédiens en herbe eut à souffrir des cracks financiers de Wall Street et de la fermeture des théâtres par défaut de commanditaires. Des millions d'Américains, désespérés, découvrirent la faim pendant les mois les plus froids de l'hiver 1931. Henry fut de ceux-là, parfois chanceux de pouvoir se couvrir d'une chaude casquette de chauffeur ou se vêtir de la blouse imperméable d'un peintre intérimaire. Après de longs mois de faibles revenus, il se décide à rejoindre Joshua LoganJoshua Logan, son ami universitaire qui l'aida à décrocher quelques cachets au fur et à mesure de la renaissance du théâtre new-yorkais. A cette époque, il fait la connaissance d'un jeune homme de son âge, fraîchement bardé d'un diplôme d'architecte par ces temps inutilisable, et très éloigné de l'idée de devenir à son tour comédien : James Stewart et Henry Fonda amorcent ainsi une amitié qui devait se révéler indestructible…

Vers sa destinée…

Henry FondaHenry Fonda

La situation des neveux de l'Oncle Sam s'améliore au début de l'hiver 1934. Henry se voit retenu pour le rôle vedette de «The Farmer Takes a Wife» dont le succès devient évident dès les premières représentations données à Washington, avant de s'affirmer davantage encore "on Broadway". La pièce est tant ovationnée que la 20th Century-Fox en acquiert très vite les droits, s'empresse d'en faire l'adaptation cinématographique, provoque l'arrivée d'Henry Fonda en Californie et confie quelques caméras à la direction déjà confirmée de Victor Fleming. «La jolie batelière» (1935), comme fut baptisé le film outre-Atlantique, incarnée par Janet Gaynor – la première actrice récipiendaire des tous jeunes oscars hollywoodiens – s'efforce de contenir l'imagination de son partenaire qui rêve d'agriculture, d'achat de ferme et de nid d'amour, elle qui préfère davantage piloter son bateau sur les eaux calmes d'un petit lac.

S'ensuit pour le nouvel acteur «The Moon’s Our Home» (1936), l'astre de la nuit sous lequel il retrouve Margaret Sullavan, son ex-épouse excessivement amicale, qu'il saura dissuader de l'éventualité d'une réconciliation matrimoniale. «La baie du destin» (1937) tourné dans la verte campagne entourant la capitale britannique, lui offre l'opportunité de croiser le feu du dialogue avec Annabella en jeune gitane travestie, mais surtout de rencontrer, hors plateau, une veuve américaine en villégiature, Frances Ford Seymour, aristocrate en quête d'amour. Coeur de paille, Henry contracte une deuxième union, prononcée à New York en l'automne de la même année. Le couple aura deux très beaux enfants dont on devait beaucoup parler quelques années plus tard : Jane (décembre 1937) et Peter (février 1940).

La Warner Bros le sollicite pour «Une certaine femme» (1937), plus précisément Bette Davis, une amie de jeunesse qui, sans complexe, lui rappela leur premier baiser, tandis qu'à l'écran, veuve d'un gangster, elle se doit d'épouser ce jeune homme de bonne famille dans un mélodrame à l'atmosphère bien éloignée de celle de leurs premiers ébats. L'année suivante, «L'insoumise» (1938), toujours sous les traits de Bette Davis, gratifie son fiancé de banquier d'une gifle magistrale qui le pousse à quitter la ville avant d'y revenir un an plus tard, une épouse au bras : bien fait !

L'année 1938 est aussi celle du premier titre de gloire éternelle pour Henry Fonda, frère d'un «Brigand bien-aimé» pourvu des traits forts gracieux de Tyrone Power, dans l'évocation édulcorée de ces chefs de gangs rançonnant sans vergogne les passagers de quelques trains aventureux et dévalisant sans scrupule les banques les plus grasses. De retour dans le droit chemin, celui de l'honneur et de la vertu, l'acteur déploie peu après sa silhouette longiligne dans la peau du jeune Lincoln en marche «Vers sa destinée» (1939), habilement recomposé par un John FordJohn Ford des meilleurs jours. Au terme d'une entente parfaite, les deux hommes collaboreront encore à six reprises, se retrouvant immédiatement «Sur la piste des Mohawks» (1939) peuplée d'Iroquois parcimonieusement emplumés, l'acteur formant avec Claudette Colbert un jeune couple de fermiers en butte aux attaques indiennes…

Rendez-vous à O. K . Corral…

Henry Fonda«Les raisons de la colère» (1940

En 1940 se gonflent et éclatent «Les raisins de la colère» (1940) imaginés par John Steinbeck, récent lauréat du Prix Pulitzer pour cette oeuvre relatant l'injustice sociale subit par les pauvres fermiers de l'Oklahoma abusivement attirés par la riche Californie. Ayant à peine tourné la dernière page de l'ouvrage, encore secoué par le réalisme du récit, Henry Fonda reste bouche bée en apprenant que Darryl ZanuckDarryl Zanuck, le vice-président de la Twentieth Century Fox, vient d'en acheter les droits et d'engager Nunnaly Johnson pour en faire l'adaptation et John Ford pour en assurer la mise en scène : tous trois le réclament unanimement. Ne voulant laisser passer cette opportunité, l'acteur doit accepter l'inévitable contrat de sept ans que lui impose l'habile producteur. Un temps réticent, notre homme n'eut pas à le regretter : pour beaucoup, ce fut là sans doute son meilleur film et si l'oscar du meilleur acteur lui échappa, il s'en réjouit en apprenant que cette attribution échut à son ami James Stewart, protagoniste d'une «Philadelphia Story» pourtant bien plus légère : Hollywood préfèrera toujours le rose bonbon au rouge carmin !

Ayant accouché avec Barbara Stanwyck, trois ans plus tôt, d'une oeuvrette stupide («Miss Manton est folle», 1938), les deux partenaires se retrouvent dans «Un cœur pris au piège» (1941), en l'occurrence celui de Henry, parfait candide malgré son titre de fils du roi de la bière et proie idéale pour cette affriolante aventurière.

Le dimanche 7 décembre 1941, les Etats-Unis entrent en guerre en réponse à l'attaque japonaise sur Pearl Harbor. Les acteurs les plus patriotes offrent leur service à l'armée : Clark GableClark Gable, Tyrone Power, Robert TaylorRobert Taylor et évidemment Jimmy Stewart, général de brigade en réserve de l'armée de l'air. Henry se contente d'abord des galons de quartier-maître de troisième classe dans les rangs des Marines; plus tard, convoqué au camp d'entraînement de Rhode Island, il en ressortira lieutenant, officier de renseignements et se verra affecté sur le front de l'Océan Pacifique. Les îles japonaises "libérées", les kamikazes essoufflés, l'acteur, comme des millions de citoyens du monde, est heureux de retrouver son foyer qu'attisent les coeurs de ses deux enfants, Jane (8 ans) et Peter (5 ans) et auprès duquel, apaisée à seulement trois ans de la quarantaine, l'attend sa tendre et chère Frances (Que c'est beau !).

En avril 1946, John Ford le rappelle au bon souvenir du septième art et l'invite à se rendre à Monument Valley pour «La poursuite infernale» : le voici devenu Wyatt Earp, acceptant l'étoile de shérif afin de faire régner l'ordre et la justice autour de cet O.K. Corral de légende. La loi ayant eu le dernier coup de feu, les deux hommes quittent l'Arizona pour découvrir que «Dieu est mort» (1946/47) au cours d'un soulèvement de paysans mexicains vite réprimé et ponctué d'assassinats d'ecclésiastiques perpétrés par un pouvoir faussement révolutionnaire. «Femme ou maîtresse» (1947), telle est la question que se pose un ingénieur veuf de fraîche date et récemment remarié avec Daisy Kenyon (Joan CrawfordJoan Crawford), une illustratrice de mode toute brûlante de passion pour un autre homme qu'elle n'a pu avoir. Henry Fonda renoue avec le western à «Fort Apache» (John Ford, 1948) où, lieutenant-colonel déçu de n'avoir obtenu la promotion qu'il attendait, il envoie par son intransigeance les troupes confiées à son commandement vers une mort certaine. Le tournage à peine terminé, Broadway lui propose un «Mr. Roberts» qui lui vaudra maintes louanges de la part d'un public extasié, après avoir pourtant fait la queue de longues heures aux guichets de The Avin Theater, applaudissant à tour rompe une brillante distribution où trône une seule femme, Jocelyn BrandoJocelyn Brando, la sœur d'un jeune homme qui ne met plus désormais son pouce dans sa bouche !

Le 8ème juré…

Henry FondaLe juré N°8…

La nouvelle décade s'ouvrira tragiquement pour la famille Fonda. Ayant des difficultés à accepter son apparence physique, Frances fut plusieurs fois amenée à subir des examens psychiatriques qui la reconnurent comme paranoïaque et hypocondriaque. Admise dans une clinique spécialisée, vainement empêchée de s'abandonner à ses tendances suicidaires, elle finit par se trancher la gorge en avril 1950.

En fin de cette même année, Henry épouse Susan Blanchard, la belle-fille d'un de ses amis, Oscar Hammerstein II, producteur de théâtre notoire. Le couple aura une fille, Amy (1953). L'acteur s'éloigna alors des plateaux de cinéma pendant trois années, le temps de se produire sur les plus grandes scènes d'Amérique et de rencontrer chaque soir un public différent. Ses tournées terminées, il accepte de reprendre pour la Warner Bros son personnage de «Mister Roberts/ Permission jusqu’à l’aube» (1954) sous la conduite de ce borgne génial qu'était John Ford; mais, souffrant de problème rénaux, celui-ci devra céder la baguette à Mervyn LeRoy. A cette époque, les nouveaux moguls de Cinecitta font du pied au tout Hollywood. «Guerre et paix» (1956), financé par le tandem Dino de Laurentiis/ Carlo Ponti, en fait un pacifiste convaincu qui se présente sur le front en observateur d'une guerre au cours de laquelle il sera fait prisonnier. Il est encore en costume d'époque que, des Etats-Unis, Susan lui fait part de son intention de divorcer. Décontenancé, perdu dans la capitale italienne et n'ayant pas la vocation d'un coeur solitaire, Henry Fonda rencontre bien vite Afdera Franchetti, une fille de baron que les chroniqueurs-set améliorent parfois en comtesse, une femme que l'on qualifiera d'originale. Leur mariage fut contracté en 1957 et leur divorce prononcé en 1961, à peine le temps d'une dolce vita.

Henry Fonda rentre alors New York où l'attend, Alfred Hitchcock, qui rêve d'en faire un idéal «Faux coupable» (1957), contrebassiste de jazz incarcéré à la suite de plusieurs témoignages erronés face auxquels il tente de prouver son innocence. Nous le retrouvons à nouveau justicier, venu de nulle part, pour «Du sang dans le désert» (1957) auprès d'un jeune shérif inexpérimenté auquel il enseigne la maîtrise de la manipulation des armes à feu. Enfin arrive l'heure de la confection de ce collier de perles cinématographiques constitués de «Douze hommes en colère» (1957) appelés à juger de la culpabilité d'un jeune homme à l'allure peu recommandable. United Artists lui offre le premier rôle, celui du juré N°8, tandis que l'acteur s'engage à endosser toutes responsabilités inhérentes à son nouveau titre de co-producteur. Hélas, les membres de l'Acamedy des Oscars se montreront plus difficiles à convaincre que le jury dont il fut l'empêcheur de condamner en rond. A défaut de statuette, la Grande-Bretagne lui offrira un "Bafta" récompensant le meilleur acteur étranger. Enfin, évoquons «L’homme aux colts d’or» (1959) où, tueur professionnel, il s'attache à ramener l'ordre au sein d'une petite bourgade peuplée de citadins aussi lâches que terrorisés.

Comme sur des roulettes…

Henry Fonda«Il était une fois dans l'Ouest» (1969)

En 1962, Otto Preminger engage Henry Fonda dans un affrontement avec Charles LaughtonCharles Laughton, faisant naître une «Tempête à Washington» (1962) lorsque le président des Etats-Unis, à la santé chancelante, se met en tête de le nommer au poste de secrétaire d'Etat contre l'avis de la majorité sénatoriale. Toujours en haut du panier, le voici habillé en brigadier-général Theodore Roosevelt Jr pour préparer «Le jour le plus long» (1962), qui sera aussi son dernier. Changement de décor, plongé dans la chaîne des Rocheuses, il gravit allègrement «La montagne des neuf Spencer» (1963) en compagnie de ses 9 enfants et de Maureen O'Hara, toute d'amour et de tendresse pour son patriarche de mari. A la première new-yorkaise du film, Henry croise Shirley Adams, une jeune femme de 30 ans, hôtesse de l'air à l'American Airlines et, à ses temps perdus, mannequin de mode. Si elle se révèle peu attirée par le cinéma, elle n'en est pas moins très belle, grande, élancée et, ce qui ne gâte rien, n'ayant ni fiancé ni petit ami. Aussitôt la paille de s'enflammer : les tourtereaux convoleront trois ans plus tard, George PeppardGeorge Peppard et Elizabeth AshleyElizabeth Ashley étant leurs témoins.

Les montagnes de la Sierra de Guadarrama d'Espagne l'attendent pour la reconstitution de «La bataille des Ardennes» (1965) où la Wehrmacht vécut ses dernière heures. De retour au pays, il pousse habilement «L’étrangleur de Boston» (1968) dans ses derniers retranchements en procureur général chargé de l'affaire. «ll était une fois dans l'Ouest» (1968), également tourné dans le désert espagnol pour les extérieurs, fut le plus grand succès de Sergio LeoneSergio Leone. Malgré la dureté de l'histoire et l'amputation de certaines scènes, cette oeuvre magistrale bénéficia qui d'une brillante interprétation peut s'enorgueillir d'avoir fait les plus grosses recettes de l'année, sauf aux Etats-Unis : le personnage incarné par Henry Fonda, homme cruel et sans foi, assassin d'une famille de ranchers heureux et tueur d'enfants à ses heures les plus noires, aura choqué le public américain peu préparé à la violence de ce contre-emploi. Moins venimeux fut «Le serpent» (1972), produit, réalisé et co-scénarisé par un Henri Verneuil des beaux jours, en fait le directeur à la C.I.A. confronté à un colonel soviétique, ancien responsable du KGB passé à l'Ouest. Très impressionné, Verneuil confiera qu'au "… plateau de midi, Fonda ne bougeait pas, suivant tout ce qu'il avait à faire… Ne voulant pas de doublure, il exécutait tout lui-même… Il était d'une gentillesse, d'une compréhension, d'une précision absolument extraordinaire… Fonda, c'était une joie !".

C'est revêtu en Amiral Nimitz, le grand vainqueur du Pacifique, que Henry Fonda replongea dans «La bataille de Midway» (1975) dont il fut en son temps l'un des témoins les plus proches. Trois ans plus tard, Billy Wilder, à la tête d'une co-production franco-allemande, lui propose un rôle de quatre minutes, celui de président de l'Académie des Oscars devant se déplacer jusqu'à une île grecque afin de remettre la statuette d'honneur à «Fedora» (1978), star déchue et oubliée…

La famille recomposée…

Henry FondaJane, Henry et Peter Fonda

Avec le temps, Jane et Peter s'étaient éloignés de leur père, rejetant la turbulence de leurs rapports sur la divergence de leurs opinions politiques dans une époque ou l'Amérique fut secouée par de sombres événements, comme la guerre du Vietnam, Les Black Panters, les assassinats des Kennedy et de Martin Luther King, etc. Les années filant, les trois parties ressentirent le besoin de recomposer le noyau familial. Après une apparition dans la dernière réalisation de son fils Peter («Wanda Nevada», 1979), il fut heureux, en clôture d'une carrière exceptionnelle, de retrouver sa fille Jane dans «La maison du Lac», le récit dun homme vieillissant reformant des liens de tendresse avec sa progéniture, personnages dont la ressemblance avec des êtres vivants ou ayant existé ne devait rien au hasard. Henry, entouré de Mark Rydell, brillant metteur en scène, et de Jane sa partenaire-fille, fit la rencontre d'une partenaire qu'il vénérait depuis très longtemps, lui fixant l'unique rendez-vous de leurs carrières respectives, Katharine Hepburn. Flamboyante sous sa chevelure d'argent, la vieille actrice, qui l'appréciait, sut l'émouvoir en lui offrant un chapeau ayant appartenu à Spencer Tracy, son grand amour qui l'avait quittée treize années auparavant. Le 31 mars 1981 vint enfin pour lui la consécration officielle et la remise par Robert Redford d'un oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Enfin, peu de temps avant sa mort, c'est la statuette du meilleur acteur pour son rôle dans «La maison du lac» qui lui était attribuée. Trop épuisé, le récipiendaire ne put assister à la cérémonie et c'est Jane, tout émue, qui se présenta en son nom.

Car, affaibli par une tumeur cancérigène et frappé par un infarctus, Henry Fonda, devait être admis en 1982 aux urgences de l'Hôpital Cedars-Sinaï de Los Angeles où il décédera le 12 août de la même année. Son incinération, revendiquée, fut suivie d'une dispersion discrète de ses cendres, au grand dam d'un large public qui ne put envisager qu'un simple recueillement.

Documents…

Sources : «Henry Fonda : My Life» (1981), son livre de souvenirs écrit en collaboration avec Howard Teichmann, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Wyatt Earp…

Citation :

"Henry Fonda possède un lyrisme naturel qui ne s'apprend pas. C'est un acteur visant la perfection, un homme qui s'efforce de communiquer avec autrui, mais qui est lui-même inaccessible. Un doux capable de violence. Un homme critiquant les autres, mais se critiquant lui-même très durement."

John Steinbeck
Yvan Foucart 'janvier 2015)
Ed.7.2.1 : 3-2-2016