Marisa PAVAN (1932)

… une beauté lumineuse

Marisa Pavan

Promise à un brillant avenir cinématographique, Marisa Pavan fut récompensée en 1955 par un Golden Globe amplement mérité qui la couvrit des plus enthousiastes dithyrambes. Pourtant, au plus fort de son ascension, elle décida de quitter l'Amérique pour se fixer en France, son rôle de mère et d'épouse parfaites primant sur le reste.

Vous l'avez peut-être connue, sans doute un peu oubliée, mais serez heureux, je l'espère, de la retrouver dans ce siècle nouveau. Sa passion pour le septième art et le théâtre existe toujours mais elle l'a sacrifiée par le devoir qu'elle s'impose à aider les chercheurs français face à la maladie d'Alzheimer…

Yvan Foucart

Actrice à coeur défendant…

Anna Maria Pierangeli et Marisa PavanAnna Maria et Marisa

Sœur jumelle et cadette de vingt minutes d'Anna-Maria Pierangeli, Marisa naquit le 19 juin 1932 en Sardaigne où son père Luigi, ingénieur architecte, mena à bien d'importants projets dans le domaine de la construction civile. Elle ne garda guère de souvenirs précis de l'île, n'ayant que trois ans lorsque la famille la quitta pour s'établir à Rome. Marisa y effectua toutes ses études au Lycée Torquato Tasso, l'un des plus réputés de la capitale.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, ses parents cachèrent dans leur cave un Général de l'Armée de Terre d'origine juive, à ce titre activement recherché par les Allemands.  Ce général dont le patronyme était Pavan intrigua et fascina la jeune enfant à tel point que, plus tard, elle adopta ce nom comme pseudonyme.

Les deux jumelles s'entendaient à merveille bien que leurs personnalités fussent différentes. Autant Anna-Maria était exubérante et démonstrative, autant Marisa apparaissait tranquille et secrète. Seize ans après leur naissance, elles s'enrichirent d'une petite sœur répondant au joli prénom de Patrizia.

Engagée à 17 ans par le réalisateur franco-ukrainien Léonide Moguy pour «Demain, il sera trop tard» (1951), Anna Maria fut sacrée meilleure actrice au Festival de Venise. Cette reconnaissance déboucha sur la signature d'un contrat auprès de la toute puissante Metro-Goldwyn-Mayer. Madame Pierangeli mère, veuve depuis peu, fut contrainte de s'envoler pour la Californie avec ses deux autres filles afin de veiller sur la prometteuse carrière de la jeune vedette.  Marisa quitta ses amies et son lycée sans grand enthousiasme, se demandant ce qu'elle allait faire aux Etats-Unis.

Une enfant à Hollywood…

La famille s'établit sur Sunset Boulevard à Brentwood. Anna-Maria, que les Américains rebaptisèrent Pier Angeli, n'eut aucune difficulté à s'imposer, comme nous l'avons narré par ailleurs. Quant à Marisa, sa silhouette gracile et son regard chargé d'une ombre de mélancolie lui valurent la curiosité des impresarios. Ainsi, l'italo-américain Cubby Broccoli, grand ami de la famille, incita la belle enfant à devenir actrice.  Mais celle-ci, elle envisageant davantage de devenir traductrice, ne fit pas preuve d'un grand enthousiasme.

Nullement découragé, Broccoli usa alors d'un adroit stratagème afin qu'elle se trouve sur les plateaux de la Twentieth Century Fox pour y passer des essais "juste pour rire".  On lui demanda si elle pouvait chanter… en français. Chanter est inné pour une Italienne, mais en français. Amusée par la plaisanterie, Marisa se lança dans les premières couplets de «Je suis seule ce soir». On la pria alors d'enfiler un costume de scène, de se coiffer et se maquiller.  Elle s'exécuta toujours de bonne grâce jusqu'au moment où elle se rendit compte, qu'à l'autre bout du plateau, une jeune fille était accoutrée de la même façon qu'elle.  Celle-ci, qui devait se faire connaître plus tard sous le nom d'Anne Bancroft, paya le prix de la farce. Marisa eut beau se défendre, on la présenta à un géant borgne dont elle n'eut aucun mérite de n'avoir jamais oublié le nom : John Ford. Le lendemain, le célèbre Irlandais réclama la petite Italienne pour son  «What Price Glory?» (1952), dont l'histoire se déroulait en France vers la fin de la première guerre mondiale. Souvent considéré comme difficile, Ford se montra pourtant agréable à son égard, la couvant de gentillesse. Tant et si bien que sa performance, auprès de James Cagney, Robert Wagner et Dan Dailey fut remarquée et se concrétisa par un contrat de sept ans avec la  compagnie

Deux Italiennes chez l'Oncle Sam…

Marisa Pavan«La rose tatouée», avec Ben Cooper

L'Italie du cinéma, prise de remords d'avoir laissé partir deux jeunes actrices aussi prometteuses, proposa à Marisa un rôle dans «Ho scelto l'amore/J'ai choisi l'amour» (1952), une distrayante comédie de Mario Zampi. Elle accepta avec un certain empressement, ne fut-ce que pour retrouver durant quelques semaines Rome et ses amies.  Sa carrière était lancée, les Artistes Associés la révéla en jeune aveugle échappant à un viol dans «L'assassin parmi eux» (1953), auprès de Broderick Crawford, parfait en agent du FBI. A peine terminé, ce fut la Warner Bros qui se manifesta en lui offrant son premier rôle important, celui de Toby, une jeune Indienne aux longs cheveux de jais secrètement amoureuse d'Alan Ladd pour «L'aigle solitaire» (1953), un western de Delmer Daves tourné dans les décors naturels et sauvages de l'Arizona. Alan étant de petite taille, lorsqu'il s'agît de filmer un gros plan du héros en compagnie de Marisa, l'on dût creuser pour y déposer l'actrice tandis que l'on jucha son partenaire sur une boîte en bois ! Ce tournage offrit également à notre vedette le plaisir de recevoir la visite de sa petite soeur Patrizia.

Fin de cette année, Marisa accompagna Anna-Maria à Paris, où cette dernière devait tourner «Mam'zelle Nitouche».  Avant de regagner Hollywood, les deux sœurs décidèrent de passer leur dernière soirée au Théâtre de la Comédie-Caumartin affichant «Les pavés du ciel» (1953), une pièce amusante d'Albert Husson. Pour Anna-Maria, ce fut surtout l'occasion d'y applaudir Jean-Pierre Aumont, rencontré l'année précédente à la MGM.  A l'issue de la représentation, les deux sœurs bavardèrent allégrement avec l'acteur qui, attentionné et rayonnant de gentillesse, bouquets de fleurs à la main, les accompagna le lendemain à l'aéroport d'Orly.

Une nomination à l'oscar…

Prête à de nouvelles aventures, Marisa accepta la proposition de la Paramount qui préparait l'adaptation de «La rose tatouée» (1954) d'après la pièce dure et violente de Tennessee Williams qui, hors plateau, ne manqua pas de la féliciter pour son interprétation du personnage délicat de Rosa, la fille d'Anna Magnani qu'accompagnait un partenaire masculin tout aussi imposant. Hors plateau, en véritable gentleman, Burt Lancaster, tout de douceur et de tendresse, surprit notre demoiselle davantage que la diva italienne, probablement imprégnée de son rôle qui devait l'amener à gratifier Marisa d'une gifle magistrale. Si l'oscar échappa de justesse à cette dernière, elle n'en fut pas affectée outre mesure, estimant sincèrement que sa “rivale” (Jo Van Fleet pour «A l'est d'Eden») l'avait bien mérité. Elle fut néanmoins récompensée par la presse étrangère qui lui accorda le prix du Golden Globe Award du meilleur second rôle.

La carrière de l'actrice s'enrichissait peu à peu. Chaque film consolidait un peu plus sa position à Hollywood. Partenaire de Lana Turner et de Roger Moore, elle incarna avec beaucoup d'autorité Catherine de Médicis, la  rivale de «Diane de Poitiers» (1955). Vint ensuite une composition tout en douceur d'une jeune Italienne s'offrant à Gregory Peck, un très beau capitaine de l'armée américaine devenu  «L'homme au complet gris» (1955). Sur le plateau voisin se tournait «Hilda Crane», avec Jean Simmons et Jean-Pierre Aumont. Retrouvailles, embrassades, déjeuners et dîners en commun… Bref, deux mois idylliques qui menèrent les jeunes gens jusqu'au mariage, le 27 mars 1956, à Santa Barbara (Californie).  Le soir même, le jeune couple s'envolait pour Hawaii et Honolulu où leur lune de miel ne manqua pas d'être délicieuse.

Marisa et Jean Pierre…

Marisa PavanJean-Pierre et Marisa

Les jeunes mariés ayant à peine regagné leur havre de Rueil-Malmaison, Universal rappela Marisa Pavan pour lui donner «Rendez-vous avec une ombre» (1957), en jeune secrétaire amoureuse d'un séduisant détective (Tony Curtis, dont elle n'oublia jamais de souligner l'extrême gentillesse). Peu après, couvée de mille prévenances par un Charles Coburn adorable comme au cinéma, elle se glissa dans la peau de l'épouse délaissée de «John Paul Jones» (1958), un superbe héros de l'Indépendance.  A Madrid, elle rejoignit la superproduction de la United Artists que fut «Salomon et la reine de Saba» (1958), une épopée biblique qui lui laissa une très grande déception lorsqu'elle s'aperçut que le scénario n'avait plus rien à voir avec le synopsis et que son rôle avait subi de nombreuses coupures. Malgré les remarques adressées à son agent et son avocat. Rien ne sera modifié. Plus dramatique, et nous l'avons raconté par ailleurs, ce tournage fut marqué par le décès de Tyrone Power succombant à une crise cardiaque lors des prises de vues du duel l'opposant à George Sanders.

A cette époque, Gérard Oury conçu un projet assez étonnant, amusant et resté méconnu : l'histoire de deux jumelles parcourant la France en 1944 ayant comme mission de conduire des aviateurs alliés jusqu'à la frontière espagnole, les deux sœurs pouvant être Anna-Maria et Marisa.  Mais, comme cela arrive fréquemment, le tournage fut retardé, Oury ne parvenant pas à contacter Anna-Maria à Rome. Le film se fit quelques années plus tard avec des rôles profondément retravaillés et octroyés à… Bourvil et Louis de Funès, opportunément réuni pour une «Grande vadrouille» promise à un énorme succès !

Durant de longues années, en fonction de leurs contrats, les Aumont se partagèrent entre les Etats-Unis, côtes est et ouest, et leur propriété du parc de la Malmaison où planait les souvenirs de l'Impératrice Joséphine. ils y connurent le plaisir d'enjamber le ruisselet “frontalier” les séparant de leurs voisins et amis, dont l'un d'entre eux était déjà reconnu comme un "tendre jardinier de l'amour", Salvatore Adamo.

En 1969, les carrières de Marisa et de Jean-Pierre prirent une tournure inattendue. Le couple fut engagé pour un tour de chant qui fit les beaux soirs des citadins de plusieurs villes américaines et canadiennes ainsi que de Mexico City. De cette tournée radieuse, saluées d'applaudissements voire de standings ovations, ils gardèrent de merveilleux souvenirs, particulièrement de leurs passages dans les night clubs les plus huppés, comme la Camellia Room de Chicago, ou encore la Persian Room de New York où un spectateur curieux et surpris, ne manqua pas de leur signifier son admiration : Maurice Chevalier. A leur répertoire figurait notamment : «I Remember It Well» (issu de «Gigi») et «Que reste-t-il de nos amours ?» ainsi qu'une émouvante évocation du film «Lili». Cette tournée n'en resta pas là : très sollicités, ils reprirent en tournée «Gigi», la pièce de Colette, et «Carnival», une comédie musicale, tout en se produisant dans de très nombreux shows télévisés.

Le 10 septembre 1971, le téléphone sonna, pour marquer le coeur de Marisa Pavan d'une inguérissable déchirure : la disparition d'Anna-Maria.

«J'ai choisi l'amour»…

Marisa PavanMarisa Pavan

Après un long silence cinématographique, Marisa Pavan retrouve les plateaux français pour «L'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune» (1973), qui toucha un charmant Marcello Mastroianni bizarrement “enceint” pour les besoins de l'histoire. Si elle n'apparut que dans une scène, la grandeur du partenaire compensait l'étroitesse du rôle. Vint enfin «Antoine et Sébastien» (1973),  où elle nous gratifia de sa dernière composition en épouse italienne d'un François Périer directeur d'un aéro-club.

Des deux côtés de l'Atlantique, l'actrice participa longtemps à de nombreuses productions télévisées où on la vit davantage qu'au cinéma. Aux Etats-Unis, elle fut de plusieurs séries (un épisode de «Naked City» en 1961, un épisode de «Breaking Point» avec le jeune et beau Robert Redford en 1963, quatre épisodes de «The Moneychangers» en 1976, un épisode de «Wonder Woman» en 1977, etc), de plusieurs téléfilms («The Diary of Anne Frank» en 1967, «The Trial of Lee Harvey Oswals» en 1977, etc). En France, elle fut au générique de «Cinéma 16 : Johnny Monroe» (1975), «Renseignements Généraux : le démon de midi» (1991), "Haute Tension : Adieu marin» (1992), etc.

Le théâtre ne fut pas en reste, et il nous plait de signaler sa présence dans «Rien pour rien», une pièce policière de Charles Maitre, En 1975, une tournée Karsenty avec «Nous irons à Valparaiso», etc. Aux Etats-Unis, Marisa se produisit à Boston dans «Anatole» du viennois Arthur Schnitzler, puis en tournée dans le Connecticut avec «Gog et Magog» de Roger McDougall et Ted Allan.  En 1984, elle co-produisit et joua «Trio», une pièce de l'auteur et metteur en scène argentin Kado Kostzer… Enfin, pour être tout à fait complet, signalons qu'elle enregistra des disques en français pour Pathé Marconi et pour AZ, dont certains produits par Michel Polnareff.

«Se souvenir des belles choses…»

Marisa Pavan a conservé d'agréables souvenirs hollywoodiens, de belles rencontres dont elle retient Stefanie Powers, Gary Cooper, Claude Dauphin, Ronald Reagan, Gregory Peck, Louis Jourdan et Tennessee Williams, l'homme le plus doux de la terre alors que chacune de ses œuvres était une provocation. Il y eut aussi quelques soirées plus agitées, comme lorsque, alourdi de fatigue et d'une bonne dose de whisky, Montgomery Clift s'écroula sur ses jambes, épargnant ainsi celles de Lauren Bacall, tout aussi proches ! 

Ses deux fils lui ont donné six petits-enfants. De Jean-Claude (né en 1957) naquirent Adrien (que l'on vit, enfant, devant les caméras de la télévision), Lola et Misha; de Patrick (né en 1960) apparurent Ariane, Arthur et Anouk. La Malmaison devenue trop grande après le départ de la nouvelle génération, le couple aménagea à la Butte Montmartre avant de se fixer définitivement, dans leur havre de paix méditerranéen. Aujourd'hui, ayant perdu le seul amour de sa vie (Jean-Pierre a succombé à une crise cardiaque le 30 janvier 2001), elle se complait dans son San Genesio (du nom du patron des artistes), une magnifique propriété surplombant le golfe azuré de Saint-Tropez. Débordante de vitalité et d'enthousiasme, elle créa en 2004 l'association URMA (Unis pour la Recherche sur la Maladie d'Alzheimer), une œuvre caritative pour récolter des fonds et dont elle demeure la présidente.

Avec la cordialité et la simplicité qui la caractérise, elle reçoit toujours ses rares et fidèles amis et, bien entendu, Patrizia, sa jeune sœur.  Très complice, les deux femmes ont la même douceur, la même grâce profonde et intense, celle des Pierangeli.

Marisa Pavan fut trop brièvement une grande actrice. Car, le moment venu, elle préféra être durablement heureuse, une priorité que nous pouvons comprendre, même si nous lui faisons le grief de nous avoir ainsi privé de sa sensibilité, de sa rayonnante beauté et de son immense talent.

Documents…

Sources : propos recueillis auprès de Marisa Pavan (que nous remercions pour sa longue amitié et son extrême gentillesse), de Paolo Faillace (pour quelques photos de son excellent site www.annamariapierangeli.com), du Dr. André Delacourte et de Mme Annick Wattez de Lille, ses amis (pour l'aide apportée à ses combats face à la maladie d'Alzheimer).

Pour le reste, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citations :

"Dans le contexte de la mondialisation agressive, le pauvre chercheur français doit lutter avec au moins deux boulets au pied supplémentaires : une administration naïve et peu de moyens financiers. C'est pour dire que je n'oublierai jamais cet appel téléphonique de Marisa Pavan me proposant de m'aider financièrement dans mes recherches. Et Marisa m'a réellement aidé, en organisant ses soirées caritatives annuelles avec le gratin du monde des arts et de la finance, ce qui a été un coup de pouce décisif pour mes recherches. Que de beaux souvenirs… Le temps a passé et le projet de développement d'un médicament anti-Alzheimer progresse, et nous sommes maintenant aux portes de l'essai thérapeutique, géré par une SAS que j'ai co-fondée nommée Alzprotect. Marisa, merci mille fois, ta contribution a été déterminante"

André Delacourt, directeur de l'INSERM, en retraite)

"J'ai rencontré Marisa un soir d'août 2003. Ce fut pour nous le début d'une belle aventure. Nous avons créée l'association URMA (Unis pour la Recherche sur la Maladie d'Alzheimer) en mars 2004. J'aide Marisa pour tout ce qui est administratif. Elle est débordante d'idées, et son entêtement à tout diriger, à tout superviser. J'ai rarement vu un tel acharnement à se battre pour une cause qui lui tient à cœur. Voilà 11 ans que je côtoie Marisa à qui je voue une admiration sans borne et je crois pouvoir dire qu'au fil du temps nous sommes devenues amies. C'est une très grande fierté pour moi. J'espère qu'elle gardera encore très longtemps cet acharnement à toujours vouloir aller plus loin pour la cause qu'elle défend si bien."

Annick Wattez, ingénieur de l'INSERM, en retraite
Yvan Foucart (avril 2015)
Ed.7.2.1 : 15-4-2015