Cornel WILDE (1912 / 1989)

… his "Very Wilde Life"

Cornel Wilde

Cornel Wilde aimait se glisser dans des films d'aventures divertissants, loin des préoccupations des cinémathèques.

Ainsi fut-il «Le fils de Robin des Bois» et celui, tout aussi impétueux, de D'Artagnan, choses bien peu pénibles lorsque l'on sort d'une équipe olympique. Pour autant, c'est probablement à Cecil B. De Mille, qu'il doit, sous le règne éclatant du technicolor, sa meilleure interprétation, donnant devant des millions de spectateurs, les yeux grands ouverts, «The Greatest Show on Earth».

Un physique élégant, une allure de séducteur… notre homme aurait sans doute pu prétendre à mieux. Hélas, le choix de ses films et de ses metteurs en scène ne se révélèrent pas toujours les meilleurs, pas plus que ses passages à la réalisation et à la production ne lui apportèrent de grandes satisfactions…

Yvan Foucart

Des origines incertaines…

Cornel WildeCornel Wilde

Cornel Wilde est très vraisemblablement venu au monde le dimanche 13 octobre 1912, même si certaines sources indiquent 1915, date qu'il aurait reconnu avoir ajustée pour des raisons d'engagements à un travail adaptatif.

Juif d'origine hongroise, Kornél Lajos Weisz serait né à Prievidza, Hongrie (aujourd'hui en Slovaquie), bien que d'autres prétendent New York. L'acte de naissance réel ne nous étant pas parvenu, nous ne nous pouvons l'affirmer avec certitude. Mais l'état de pauvreté du peuple hongrois, en ce début de XXème siècle, générant une abondante émigration – rien de nouveau en ce bas monde –, de nombreux réfugiés se dirigèrent vers les Etats-Unis et le Canada. Il est donc fort probable que papa et maman Weisz, accompagnés de leur fille aînée Edith et du petit Kornél choisirent de s'établir à New York.

Excellent élève de la Townsend Harris High School, le jeune garçon dû cependant, eu égard à des problèmes de santé de son père, quitter l'établissement, la famille préférant retourner en Hongrie. Trois années s'écoulèrent avant que Kornél, enfin de retour, ne s'inscrive au New York City College. Pour financer ses études, il exerce ses réels talents de vendeur en distribuant notamment les jouets de la célèbre chaîne de magasins Macy's, tout en exerçant une activité de publiciste pour un magazine d'expression française, une langue qu'il maitrisait déjà sans difficultés. Car, polyglotte dès son plus jeune âge par la grâce de nombreux voyages en Europe, il s'exprimait parfaitement en hongrois, allemand, anglais, français, italien et même en russe !

L'ambition aidant, il entreprit parallèlement des études de médecine, une discipline à laquelle il renonça rapidement, pour succomber à des affinités bien plus sélectives et attrayantes à ses yeux. La plus importante fut le sport, et plus précisément l'escrime, pour laquelle ses qualités lui permirent de prétendre à uneplace dans l'équipe nationale américaine. Mais, peu avant l'ouverture des Jeux Olympiques de Berlin (1936), n'appréciant guère les humeurs d'un inquiétant chancelier à la moustache aussi brune que sa chemise, il raccrocha ses armes pour ne les reprendre que mouchetées, quelques années plus tard.

En 1937, Kornél épousa une bien jolie blonde venue du Massachusetts, Patricia Knight, qui ne dédaignera pas faire, quelques années plus tard, trois ou quatre apparitions à l'écran, dont une à ses côtés («Schockproof», 1950) avant que, heureux géniteur d'une petite Wendy (1943), le couple ne finisse par divorcer après quatorze années d'agitations et de ruptures.

Au fil de l'épée…

Cornel WildeCornel Wilde et Patricia Knight

Vers 1940, une profonde inclination dirigea le jeune Kornél vers les scènes de Broadway. Il y fit la rencontre de Laurence Olivier, préparant alors une adaptation de «Roméo et Juliette» (1940). Eu égard à ses qualités d'escrimeur, le jeune directeur l'engagea pour assurer une chorégraphie d'escrime. Conseiller et maître d'armes de la troupe, l'escrimeur accepta également de prendre en charge le rôle de Tybalt, le cousin Capulet d'une Juliette inévitablement échue à Vivien Leigh. Au terme des trente-six représentations programmées, il fut prêt pour un envol vers Hollywood où plusieurs “talent scouts“ lui mirent aussitôt le grappin dessus.

Certes, ses premiers films ne furent pas de très grande qualité, Warner Bros lui offrant tout de même une “apparition“ à l'ombre de Miriam Hopkins dans «Lady With Red Hair» (1940). Plus heureusement, il fut de «La grande évasion» (1941) vers la Sierra Nevada, en compagnie d'un petit groupe de loubards minables menés par Humphrey Bogart. Si ce film connut un succès convenable aux States, il fut alors délaissé par une Europe en guerre, qui s'est bien rattrapée depuis !

Cornel dut attendre la proposition de la Columbia et la bénédiction des frères Cohn, principalement celle de l'autoritaire Harry, pour prétendre à un premier grand rôle, celui du romantique Frédéric Chopin fredonnant «La chanson du souvenir» (1945) à l'oreille de sa compagne George Sand. Nominé à l'Oscar, notre homme vit Ray Milland s'emparer de la statuette convoitée, ce qui ne l'empêcha jamais de considérer ce film comme étant l'un de ses meilleurs, même si on lui reprocha une reconstitution bien approximative de l'état de santé dont souffrait, à cette heure de sa vie, le phtisique compositeur polonais.

Darryl F. Zanuck, producteur de la 20th Century Fox sensible aux chants sonnants et trébuchants des perspectives que le nouvel acteur laissait espérer, l'approcha pour en faire le beau-frère d'une Jeanne Crain affriolante et l'époux d'une Gene Tierney glaciale, vénéneuse et possessive, au point de tenter de commettre un «Péché mortel» (1945), quelque part au cœur des beaux espaces forestiers du Maine. L'année suivante, la même Jeanne, enfin joyeuse, et sa sœur Linda Darnell, irradiante comme à son habitude, retrouvèrent notre Cornel en séduisant Français venu à Philadelphie pour le «Quadrille d'amour» (1946) que devait diriger d'une main de maître un Otto Preminger bien éloigné de ses préoccupations habituelles.

Avantagé sous les costumes bigarrés du prince de Nottingham, Cornel Wilde devint alors le «Le fils de Robin des Bois» (1946) pour mettre un terme aux vils agissements d'un ambitieux régent envisageant d' éliminer son adolescent de souverain pour accéder au trône, rien de moins ! C'est alors qu'arriva «Ambre» (1947), personnage tiré du best-seller de Kathleen Winsor dont Otto Preminger prit la responsabilité de retravailler le sujet pour nous narrer les amours difficiles d'une paysanne ambitieuse et d'un gentilhomme aventurier. Contesté par la censure catholique, le film, au prix de la coupure de quelques pages de l'ouvrage original jugées trop  sensuelles, ne manqua pas pour autant d'attirer quatre millions de spectateurs - rien qu'en France ! - venus admirer la belle crinière rousse que Linda Darnell, brune naturelle, consentit à décolorer pour l'occasion.

Le Grand Sebastian…

Cornel WildeCornel Wilde

Derrière les murs de «…Jericho» (1948) se livre une véritable lutte entre deux concurrents aux élections sénatoriales, pimentée par le charme de la belle Linda toujours en rupture de son jais naturel. Quant à «La femme aux cigarettes» (1948), chanteuse de cabaret au regard inquiet d'Ida Lupino, elle voit son amour pour le maître de son établissement, le vilain et jaloux Richard Widmark, chanceler sous le torse bien gonflé de l'athlétique Cornel Wilde. La décennie professionnelle de ce dernier devait se refermer sur «Jenny, femme marquée» (1948), son épouse d'alors incarnant une détenue sortie de prison qu'il prend à son service avant d'en tomber amoureux et la remettre définitivement sur un chemin plus droit. Tous deux  invités en Suisse par un producteur local pour le tournage de «Swiss Tour» (1949), Cornel y tient le rôle vedette d'une comédie plus ou moins sentimentale, entouré de deux charmantes Françaises, Josette Day et Simone Signoret, Patricia se contentant de suivre leurs ébats en simple invitée. Si le film connut de nombreuses difficultés – il ne sortit d'ailleurs jamais sur les écrans de l'Hexagone – il fut marqué par un élément déterminant pour la vie du couple Wilde, Patricia tombant amoureuse de Niels Larsen, un homme d'affaires danois qu'elle épousera peu après.

«Two Flags West» (1950) fut le premier western de Cornel, dont il partagea l'affiche avec Joseph Cotten et Jeff Chandler, la touche féminine étant représentée par l'inévitable Linda Darnell, laquelle eut à choisir entre prisonniers confédérés et unionistes avant d'accorder définitivement ses faveurs. «Les fils des mousquetaires» (1951) prirent bientôt la succession de leurs illustres géniteurs pour se rallier à un Cornel/D'Artagnan Jr tout heureux de retrouver le maniement d'une épée partagée avec Maureen O'Hara (le fils d'Athos était une fille !), avant d'unir les destinées de leurs maisons respectives.

Enfin, Cecil B. DeMille vint, avec dans ses cartons le projet de «Sous  le plus grand chapiteau du monde» (1952). Trapéziste intrépide, notre grand et beau Sebastian oscilla entre Gloria Grahame, la séduisante dresseuse d'éléphants, et Betty Hutton, sa rivale aérienne pour laquelle il osa décrocher les filets de sécurité lors d'un double saut périlleux au travers d'un cerceau, audace qui devait lui coûter sa carrière. Ce rôle devait rester le plus gros succès du sportif acteur, le box-office de l'année affichant des recettes mondiales de plus de 36 millions de dollars. La scène où, suspendu au trapèze par les genoux, il devait rattraper Betty, la tirant vers le haut pour l'embrasser, devait lui occasionner le déchirement des ligaments d'une épaule, le rendant indisponible pour plusieurs jours durant  lesquels Cecil B. DeMille tourna des scènes plus tranquilles !

Pour régulariser leurs situations respectives, à leur retour aux Amériques, Cornel et Patricia décidèrent de faire une halte par Reno afin de précipiter leur divorce, ce qui permit à madame de quitter Hollywood pour Copenhague. Peu chagriné, Cornel épousa, six jours plus tard une blonde tout aussi luxuriante, la belle Jean Wallace, officiellement libérée de Franchot Tone après plusieurs années de vie commune. Les nouveaux époux deviendront tardivement les heureux parents de Cornel Jr (1967), tout aussi blond que sa maman, qui ne saura toutefois empêcher un nouvel échec, quelque trente ans plus tard, le bonheur du jour n'étant pas forcément celui du lendemain.

Et maintenant, il dirige…

Cornel WildeCornel Wilde

On a beau être admiratif de son sujet, il y a toujours un moment où il faut affronter la réalité, les faits s'obstinant à se rappeler à vos plus mauvais souvenirs. Les années passant, la filmographie de notre acrobate se dégradait peu à peu. La MGM eut beau emmener toute sa troupe aux confins du Maroc pour «Saadia» (1953), Cornel enturbanné comme un caïd arabe, Mel Ferrer transformé en médecin salvateur de Rita Gam, rien n'y fit, pas plus que les quelques acteurs français venus compléter la distribution (Michel Simon, Jacques Dufilho,…). Lorsque June Allyson vous dit que «Les femmes mènent le monde» (1954), comment ne pas y croire, surtout lorsqu'elle pousse son mari à saisir la place de directeur général d'une firme automobile pour laquelle les candidats se bousculaient au portillon. Changement de décor avec «Tornade» (1954), un western tragique tourné au Nevada où notre homme, de retour à son hacienda, découvre le massacre de sa famille et décide de partir à la recherche des assassins, accompagné de sa belle soeur, une Yvonne de Carlo dans un double rôle fraternel.

Pour «Association criminelle» (1954), Cornel Wilde renoue avec le genre crépusculaire, alors très en vogue, dans lequel il interprète un lieutenant de police à la recherche d'un chef de gang, et d'une pianiste, en l'occurrence Jean Wallace. Il emporte sa blonde épouse dans ses bagages pour revenir en Afrique, «Au sud de Mombasa» très exactement (1956) pour répondre à un appel de son frère ayant découvert un gisement d'uranium; loin des meilleurs travaux de George Marshall, malgré les décors kenyans peuplés de girafes, de rhinocéros, de crocodiles et d'affreux hommes léopards, Cornel fera néanmoins, dans ce film, la rencontre d'une ethnologue tout aussi pimpante que passionnée, aux traits agréables de Donna Reed qui restera une amie hors plateau, pour le temps qu'il leur restait à vivre, et même plus comme on le lira. Pour l'heure, c'est dans les bras d'une «Ardente gitane» (1956) au sang chaud que sa famille veut le jeter pour perpétuer le règne familial à la tête de la tribu.

L'année 1955 fut celle de la première cohabitation du réalisateur, du producteur et de l'acteur Cornel Wilde, «Storm Fear» lui permettant de distribuer son épouse. Il en ira de même avec «Le virage du diable» (1957), pris avec davantage d'assurance, et «Tueurs à Maracaïbo» (1958), entérinant ses préférences pour les scènes d'aventures plus ou moins exotiques, ce qui ne surprendra personne. La Columbia et Don Siegel le rappelèrent toutefois comme shérif adjoint pour découvrir «Le secret du Grand Canyon» (1959), au plus profond de l'Arizona, et mettre la main sur l'assassin de trois meurtres, resté impuni. Le tournage terminé, Cornel gagna immédiatement la Yougoslavie pour personnifier «Constantin le Grand» (1960), péplum italien au terme duquel il mettra fin aux persécutions des chrétiens jetés dans l'arène : il eut été dommage de donner sa part de Christine Kaufmann aux lions !

Toujours acteur à l'occasion, Cornel Wilde s'intéressa de plus en plus à la direction des films au sein de "Theodora Productions", une société créée avec Jean Wallace et baptisée en l'honneur d'une amie qui avait formé celle-ci au "Theodora Irving's School of Theater" de New York. Si certains de leur huit films ne furent pas appréciés à leur juste valeur , «La proie nue» (1966) devait connaître l'honneur d'une nomination pour la course à l'oscar du meilleur scénario, dû à Clint Johnson et Don Peters : principal acteur, notre héros, organisateur de safaris, devait se retrouver traqué par une tribu se livrant derrière lui à une véritable chasse à l'homme. Tout aussi bien reçus par la critique furent «Le sable était rouge» (1967), dénonçant l'absurdité de la guerre bien avant «Apocalypse now», et «Terre brûlée» (1970), une oeuvre écologiste avant l'heure où l'on doit se contenter de sa voix diffusée par la radio, pour peu qu'on ait accès à la version originale.

Le retour du mousquetaire…

Cornel WildeCornel Wilde

La dernière apparition de Cornel Wilde au cinéma fut celle d'un D'Artagnan vieillissant entouré de ses trois célèbres compagnons, «Le cinquième mousquetaire» (1979) n'étant autre que le Masque de Fer ! Tourné en Basse-Autriche, mais non distribuée en France malgré une riche distribution (José Ferrer, Rex Harrison et du côté féminin Ursula Andress, Sylvia Kristel et Olivia de Havilland), cette oeuvre au caractère coquin fut la dernière occasion pour l'acteur de manier le fleuret.

Au début de l'année 1989, un diagnostic de leucémie devait tomber sur l'avenir de Cornel Wilde. Entreprenant et travailleur, sachant que sa fin était proche, il préparait une suite réclamée de «La proie nue», tout en rédigeant son autobiographie littéraire, «My Very Wilde Life». Hélas, l'une et l'autre restèrent inachevées. Son combat s'arrêta trois jours après son 74ème anniversaire. Il décéda au Centre médical Cedars-Sinaï de Los Angeles, son fils Cornel Jr et sa fille Wendy étant à ses côtés. Il repose tout près de Donna Reed qui fut sa partenaire, au Westwood Memorial Park de Los Angeles, avec comme toute indication une simple pierre tombale "Cornel Wilde 1915 - 1989".  Une dalle toute d'humilité, témoignant d'une année de naissance devant laquelle nous sommes toujours aussi dubitatifs !    

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation :

"Je me suis rendu compte, il y a longtemps, que je ne pouvais pas dépendre d'une heureuse aubaine pour m'amener le succès. J'ai travaillé extrêmement dur pour améliorer mes chances en augmentant mes capacités et mon expérience. C'était mon objectif d'accomplir dans ma vie quelque chose de valeur et de le faire avec l'intégrité et le respect de moi-même."

Cornel Wilde
A very very wilde life…
Yvan Foucart (octobre 2015)
Ed.7.2.1 : 20-10-2015