Jean GAVEN (1918 / 2014)

… Jean du Larzac

Jean Gaven

Jean Gaven n'eut jamais l'ambition de devenir une star.

S'il sut servir son métier avec ardeur et intelligence, il ne courut jamais les salons où l'on se montre pour séduire. Désertant la cinéphilie dans le couloir, il ne sut pas vendre son talent à des producteurs trop souvent affligés d'une cécité prudente.

Dès lors, il entretint son éclectisme dans son coin, ne fut-ce que pour son plaisir et celui de ses amis cinéphiles très heureux de suivre sa carrière, ses rôles, ses réussites.

Il en reste encore quelques-uns pour s'en souvenir et le remercier…

Yvan Foucart

Article paru dans le N° 272 de la revue "Mon Film", le 7 novembre 1951

Le physique de Jean Gaven correspond à son tempérament réel : il aime la vie au grand air, la beauté des paysages Champêtres. Mais laissons-le se raconter lui-même…

Il n'a pas trouvé la femme de sa vie…

Jean GavenJean Gaven
Au fil du métier…

- Le destin s'est servi de la guerre pour décider que je deviendrais acteur.
- Le destin a de ces astuces…
- Je n'y songeais même pas !
- Et vos parents ?
- Ils étaient fonctionnaires. Mon père receveur des postes. Et moi…
Une ombre de silence passe entre Jean Gaven et moi ; hésitation ou rêve intérieur qui détourne le cours de son récit.
- Et vous ? demandai-je timidement.
- Moi, reprend-il en sursautant, je préparais l'École de l'Air. Mais, comme beaucoup de jeunes gens, je me réfugiai à Nice sous l'occupation et c'est ainsi que, des routes du ciel, je descendis sur le plancher d'un théâtre.
- Sans l'avoir voulu?
- Pas le moins du monde.
- Alors ?
- Je n'avais pas de travail et je me promenais tristement en songeant à tout ce qui s'offre de méprisable à la jeunesse en quête d'argent… J'étais au bord du découragement quand je m'entendis héler : "Jean, mon vieux !… Qu'est-ce que tu as ?" Je levai la tête et me trouvai nez à nez avec un bon camarade dont les événements m'avaient séparé depuis un an ! Il me questionna sur ma tristesse et je me rendis compte, à cet instant, combien mes préoccupations intimes étaient apparentes. Je les avouai, simplement et, moi-même, lui portant intérêt, je le questionnai : "Et toi, que fais-tu ? - De la figuration !" répondit-il. Et, comme illuminé, il ajouta: Mais dis donc, vieux, tu sais que la figuration c'est un moyen de gagner du fric ?
Ici, Jean Gaven s'excuse avec un franc sourire d'employer ce mot d'argot…
- C'est donc ainsi que vous avez débuté ? répliquai-je.
- Oui. Au bout de la deuxième pièce, on me confia un rôle important. J'avais eu la présomption de l'accepter… Je ne pus aller jusqu'au bout. Bonne leçon qui me donna envie de travailler.
- Voulez-vous que nous passions à la liste des films que vous avez tournés par la suite ?
- Oui : «Les Cadets de l'océan», «Fils de France», «L'assassin n'est pas coupable», «Tombé du Ciel», «Six heures â perdre» et «Histoire de chanter». Ma première opérette fut «Mademoiselle Star», et «Plume au vent» ne fut pas la moindre. Je l'ai jouée très longtemps.
- Vous n'oubliez pas d'autres films ?
- «Les joyeux conscrits», «Le Grand Balcon», «La peau d'un homme», «Demain, nous divorçons», «Les sergents du Fort-Carré» et, enfin, «Duel â Dakar»… Et des projets jusqu'en janvier. J'aimerais que Mon Film signale que j'ai créé, au Théâtre de Paris, «Il faut marier Maman».
- Il le fera avec plaisir.

L'idéal est-il de ce monde ?
- Marié ?
- Célibataire. La trentaine.
- Pourquoi célibataire ? Vous savez pourtant que les célibataires, de notre temps, sont bien mal partagés ?
- Je n'ai pas encore rencontré la femme de ma vie.
- II faut la chercher…
- L'idéal est-il de ce monde ?
- Cela dépend de l'idée qu'on s'en fait. Quel est le votre ?
- Brune ou blonde, cela m'est égal, mais je désire absolument qu'elle ne soit pas actrice.
- Et pourquoi cela ?
- Elles jouent trop la comédie dans la vie…
- Et les acteurs, m'écriai-je, sont-ils moins comédiens au naturel ?
- Non, avoua Jean Gaven.
- C'est peut-être une comédienne que vous aimerez.
- Je suis certain que ce n'est pas là que je rencontrerai l'amour… D'ailleurs, vous me faites parler et, en général, je ne suis guère loquace avec les journalistes.
- Vous n'êtes pas trop avare avec «Mon Film» ;continuez ! J'espère que vous ne m'en voudrez pas.
- J'aime les femmes actives.
- Vous n'exigerez pas que votre femme reste à la maison ?
- Non. Je préférerai qu'elle travaille.
- Aimez-vous votre intérieur ?
- J'aime la propreté, c'est tout. Je peux vivre sans savoir ce qu'il y a autour de moi ; je me moque de ce qui est accroché au mur.
- Alors, sportif ?
- Boxe, équitation, natation, ski, ski nautique. D'ailleurs, j'en ai les marques…
- Alors, faisons le bilan…
- Deux poignets cassés : trapèze volant. Un tibia cassé : football. Épaule luxée : ski de montagne. Côte cassée en exerçant mon métier… sur la scène. Je pêche dans le Tarn. Je lis beaucoup. J'adore la musique.
- Du, camping, naturellement?
- Cela ne m'intéresse plus. J'oubliais de vous dire que la côte fêlée… car elle n'était pas tout à fait endommagée, est un souvenir de Jean Paqui !
- Tiens, tiens, querelle pour femmes ?
- Non ! On jouait «Raffle». Je faisais le cambrioleur. Il devait me donner un coup de poing à la face et me tomber dessus pour me passer les menottes.
- Et il vous est tombé dessus !
- Plus qu'il ne voulait…

Paule Marguy
Ed.7.2.2 : 25-2-2016