Marc CASSOT (1923 / 2016)

Un gamin de Paris…

Marc CassotMarc Cassot

Marc Cassot naquit à Paris, le 16 juin 1923. Son père, Émile, travailla dans diverses entreprises commerciales dans le domaine des transports. Sa mère, Jeanne, très affable, s'occupait du foyer familial que venait compléter Mireille, une sœur plus âgée de deux ans.

Après d'inévitables études primaires, Marc décrocha rapidement un brevet élémentaire d'électro-mécanicien et se retrouva bientôt à travailler en usine, tandis que résonnaient déjà quelques bruits de bottes de mauvais augure, venu d'outre-Rhin.

Comme beaucoup de jeunes gens de son âge, n'ayant aucune prédilection pour le Service du travail Obligatoire et la tête traversée d'un esprit de révolte, il s'activa dans d'imprudentes activités clandestines.

En 1943, il prit connaissance d'une annonce pour un emploi de garçon de courses au "Théâtre des Nouveautés". Ce fut là qu'il connut et débuta plutôt sur les planches, le comédien en titre étant tombé malade. Marc devint le boy chanteur et danseur de «Ça va papa», une opérette pleine de jeunesse et d'entrain, vivement menée par Georges Grey et Monique Rolland. Inexpérimenté, il comprit que s'il voulait vraiment poursuivre dans ce métier et s'y faire une place, il avait grand intérêt à prendre des leçons d'art dramatique. C'est ainsi qu'il s'inscrivit aux cours de Marcel Herrand et de Jean Marchat, avant de rejoindre la classe de Henri Rollan au Théâtre Daunou pour finir par le Conservatoire de la Rue Blanche.

En 1945, Mary Morgan, la directrice du Théâtre Saint-Georges, lui offrit de reprendre en tournée «Le fauve», une pièce d'Eddy Guilain créée au Théâtre du Gymnase (1942-1943) par Serge Reggiani. Ce dernier céda son rôle à Daniel Gélin qui, hélas, dut renoncer très vite, victime d'une hépatite. Le bonheur des uns…

 A cette époque, le comédien en herbe fit une rencontre des plus attirantes en la personne d'une toute jeune collègue nommée Pépita Jiménez. Heureux de jouer ensemble sur la scène du Théâtre de la Bruyère «Moineau, étudiante» (1945), la pièce de Jean Canolle, ils succombèrent rapidement à un coup de foudre réciproque. A la suite de quoi la prometteuse débutante renonça peu après à ses aspirations professionnelles, préférant d'autres récompenses plus tangibles, à commencer par un rôle d'épouse à la suite de leur mariage le 5 juin 1947 à la mairie de Levallois-Perret. Leur union se concrétisa cinq ans plus tard par la naissance de leur fille Manuela (1952), qui ne devait pas suivre la voie de ses parents, étant davantage attirée par les arts graphiques et la peinture…

Un certain Monsieur Cassot…

Marc Cassot«Le grand pavois» (1953)

Marc Cassot aborde le 7ème art dès 1945 avec «La route du bagne» parcourue aux côtés d'une Viviane Romance meurtrière reléguée dans une colonie pénitentiaire de Nouméa, le cœur oscillant entre Lucien Coëdel et Clément Duhour. Vinrent ensuite quelques «Nuits d'alerte» (1946) lui rappelant celles encore douloureuses de la Résistance, où il eut pour partenaire Roger Pigaut. A cette époque déjà, les artistes du ballon rond jouaient «Les dieux du dimanche» (1948) et lui, obscur petit gardien de but d'un club de football de province trop vite transformé en héros orgueilleux, redescendit sur terre le jour où il revint blessé et diminué du front. «Un certain Monsieur» (1950) le distribue en inspecteur de police aux ordres de son commissaire incarné par Louis Seigner. Désignée par une élection qui s'avèrera truquée, «La plus belle fille du monde» (1951), ne rompit pas pour autant ses fiançailles avec notre héros, devenu un bel électricien fort attrayant.

Ces premières compositions permirent à notre vedette de retenir l'attention de l'exigeant Jean Grémillon, signant alors son ultime réalisation avec «L'amour d'une femme» (1953) et transformant notre vedette en gardien de phare lourd d'inimitié envers la nouvelle et jeune doctoresse (Micheline Presle) fraîchement débarquée dans le merveilleux mais austère paysage de l'île d'Ouessant. C'est en tout jeune officier méhariste, amoureux de la fille de son colonel, qu'il mènera «La patrouille des sables» (1954) dans une mission de protection face à une tribu de farouches guerriers sahariens. Il prit ensuite un «Escalier de service» (1954) pour se rendre auprès de Carlo Rim, lequel lui offrira le rôle d'un peintre tout aussi génial que léger, fils d'un Louis de Funès à une époque ou ce nom ne représentait pas encore grand chose. C'est toujours en costume d'officier de marine qu'il put hisser le «Grand pavois» (1954) – enfin, façon de parler ! – à bord du croiseur-école "Jeanne d'Arc", donnant parfois quelques signes de révolte face à son commandant (Jean Chevrier) tout en essayant de résoudre la crise sentimentale qu'il traverse avec sa jeune fiancée (Nicole Courcel). Tant d'efforts autorisaient bien les quelques lauriers dont le gratifia pour l'occasion le Festival de cinéma de Vichy, une ville où il faisait bon revivre.

Ah ! «Si tous les gars du monde» (1956) se donnaient plus souvent la main, suivant l'exemple des radios amateurs de l'histoire éponyme imaginée par le superbe tandem Henri-Georges Clouzot/Christian-Jaque… En attendant ce jour, les deux hommes lui composèrent un personnage d'une riche densité humaine, où il ajouta l'agrément de sa talentueuse interprétation de mécano défendant son second, Doudou Babet, le brave “bicot” de service persécuté par l'équipage d'un chalutier dont les membres n'avaient pas encore vu le film !

Ce fut une toute autre affaire que de sortir des griffes des «Louves» (1957) lorsque, prisonnier de guerre évadé d'un camp allemand, il se retrouva isolé au milieu de trois jeunes femmes qui se déchiraient sur fond d'héritage et de frustrations. Il lui fut assurément plus agréable de partager ses heures de loisir parmi «Les copains du dimanche» (1958) unis par leur passion commune de l'aviation et rêvant de fonder un petit aéroclub, sujet lorgnant, d'une façon moins sombre, vers «La belle équipe» du bon père Duvivier. Profitant d'une opportunité, la belle Pépita se permet là une courte apparition auprès de son mari.

«Pourquoi viens-tu si tard ?» (1959), semblait dire Michèle Morgan à Henri Vidal dans ce film de Henri Decoin, tandis que Marc Cassot, médecin dirigeant une clinique psychiatrique, recueillait les confidences de cette charmante patiente, une avocate alcoolique. Terminant la décennie de la paix retrouvée, l'acteur participa à cette évocation historique que constitue l'oeuvre de Jean Dréville, «Normandie-Niemen» (1959), une co-production franco-soviétique, où il se retrouva à la tête de la fameuse escadrille de chasse tout au long de cinq mois d'un tournage dont il garda un souvenir impérissable et en retira l'éternelle amitié de son compagnon de combat virtuel, Pierre Trabaud.

Du grand écran…

Marc CassotMarc Cassot

Marc Cassot aborda les “sixties” avec «La mort de Belle» (1960) telle que l'a voulue Georges Simenon, incarnant un commissaire de police genevois prêt à admettre l'innocence d'un suspect que tout accuse. «Le jeu de la vérité» (Robert Hossein, 1961) se poursuivit en compagnie de Perrette Pradier en un huis-clos mondain d'une dizaine de personnages ayant chacun quelque chose à se reprocher. Si l'acteur affectionna les petites productions, comme «L'une et l'autre» de René Allio (1967), il ne put refuser des opportunités plus commerciales, comme ce «Vertige pour un tueur» (1970) en homme d'affaires débarrassé de son associé mais traqué par un chef de la Maffia, ou «Un beau monstre» (1970), en play-boy courtisant la très belle Virna Lisi, deux ouvrages de bonne facture. «Quand la ville s'éveille» (1975), Marc a déjà fini son travail, patron d'un important quotidien dont l'un de ses journalistes (Louis Velle), accompagné de son photographe (Marc Porel), s'adonne à la chasse aux truands.

Pourtant, les offres cinématographiques se font de plus en plus rares dans un cinéma en pleine évolution et chaque jour davantage concurrencé par le petit écran. Il faut donc attendre 1987 pour le retrouver dans un rôle digne de son talent, à nouveau commandant d'un superbe navire de croisière à bord duquel «La brute» (1987) a la fâcheuse idée de commettre son crime. Quant à «Natalia» (1988), pour son ultime apparition confirmée au grand écran, l'acteur ne nous gratifie que d'une bien modeste prestation de professeur dans la triste période de l'occupation allemande (précisons que nous savons peu de chose de son apparition dans «James Keane, les mystères de Dragopolis», une oeuvre au micro-budget telle que la présente son réalisateur, Guillaume Bouiges, et dont nous n'avons pas l'assurance qu'elle ait pu bénéficier d'une distribution en salles ailleurs que dans de rares festivals).

Dès lors, inexplicablement boudé par le cinéma, la "théâtrographie" de Marc Cassot prit davantage d'ampleur, non seulement comme comédien, mais aussi comme metteur en scène.  Citons en vrac : «Des souris et des hommes» (1946 et 1962), l'incontournable succès attribuable à John Steinbeck au Théâtre Hébertot et reprit plusieurs fois en tournées, «Un homme comme les autres» (1947) d'Armand Salacrou, «Le héros et le soldat» (1950) de Bernard Shaw au Studio des Champs-Elysées, «Le soleil de minuit» (1959) au théâtre légendaire du Vieux-Colombier en officier nazi, «Vêtir ceux qui sont nus» (1954) de Luigi Pirandello au Petit Théâtre Marigny, «Requiem pour une nonne» (1956) de William Faulkner au Théâtre des Mathurins, sur une adaptation et une mise en scène d'Albert Camus.

N'oublions pas pour autant «La contessa» (1962) de Maurice Druon, au Théâtre de Paris, «Les justes» (1966) d'Albert Camus au Théâtre de l'Oeuvre, «Montserrat» (1967) au festival de Carcassonne,  «Siegfried» (1968) de Jean Giraudoux au Théâtre des Célestins, «Qui a peur de Virginia Wolf ?» (1969) d'Edward Albee en tournée Baret avec Madeleine Robinson , «Le séquoia» (1976) et «Reviens dormir à l'Elysée» (1980) avec Jacqueline Gauthier , «Ouragan sur le Caine» (1997) à la Comédie des Champs-Elysées sous la direction de son ami Robert Hossein qui lui proposera plus tard le rôle de Jean-Paul II  dans «N'ayez pas peur» (2007) d'Alain Decaux, etc.

… jusqu'au petit

Marc CassotMarc Cassot

Un silence cinématographique définitif s'installa donc, qui fut tout bénéfice pour la télévision.  Contrairement à beaucoup d'autres comédiens gênés de leurs passages au petit écran, les prestations de Marc furent toujours d'excellente facture, nous laissant de merveilleux souvenirs : tels ce «Montserrat» (1960) conçu par Emmanuel Roblès où il défendait le rôle principal, objet de l'une de ses plus grandes satisfactions ; «La nuit de Varennes» (1960) en Jean-Baptiste Drouet, pour le compte de «La caméra explore le temps», où il campa le maître de poste reconnaissant le couple royal ; «L'affaire du courrier de Lyon» (1963) dans la même série, où il était l'innocent inculpé, condamné à mort et guillotiné avec les véritables malfaiteurs ; «Le chemin de Damas» (1964) en Barnabas auprès de Roger Coggio; «L'affaire Ledru» (1965) dans le rôle-titre de l'avocat ; le mari de «Marie Curie» (1965) sous la direction de Pierre Badel dans le cadre du Théâtre de la jeunesse ; «Marie Tudor» (1965) d'Abel Gance avec Françoise Christophe. Comme nous eûmes de la chance d'être nourri au lait de cette télévision là !

Citons encore «Des amis très chers» (1971) avec Marie Daëms, disparue deux jours avant lui ; «Le manège de Port-Barcarès» (1972) avec Colette Deréal ; «Les nuits de la colère» (1973) d'après la pièce d'Armand Salacrou avec Pierre Mondy et Nicole Maurey ; «Pour tout l'or du Transvaal» (1979) de Claude Boissol ; «L'histoire en jugement : Rommel» (1979) en procureur, «L'histoire en jugement : Léon Blum» (1979),… ainsi que de nombreuses participations aux séances de «Au théâtre, ce soir», etc.

Enfin, n'omettons pas ses travaux pour la radio et son passage par la post-synchronisation, étant la voix française de Paul Newman pour plus de dix films, mais aussi de Burt Lancaster, William Holden, Steve McQueen, Clint Eastwood, Richard Widmark, Richard Harris, etc.

Ancré depuis plus de cinquante ans dans son appartement parisien entre Pigalle et les grands boulevards, Marc Cassot fut néanmoins un épicurien amoureux de la nature, séjournant avec beaucoup de plaisir dans la vallée de la Vienne où il possédait une maison de campagne, tout comme au Plan-de-la-Tour près de Sainte-Maxime où il appréciait tant de se reposer et jouir de l'estime de la population. Là, il s'engagea  auprès de la Mairie pour organiser "Le Festival dans les Vignes" en tant que délégué chargé de la Culture et du Tourisme. Son premier  invité sur scène fut évidemment l'un de ses proches, Maurice Baquet, non seulement un bon acteur, mais aussi un étincelant violoncelliste. Il y reçut également l'électrique Annie Cordy, le joyeux Patrick Préjean («Les joyeuses commères de Windsor» en 2000) et, à deux reprises, les inséparables "Chevaliers du Fiel", duo très prisé du public varois.

Marc aimait la peinture, la guitare et les spectacles sportifs. De par ses originales familiales, il entretenait une relation particulière avec le petit village d'Autignac, proche de Béziers où il se rendait tout aussi souvent, au point que la municipalité inaugura en sa présence, le samedi 26 avril 2014, une "Salle polyvalente Marc Cassot".

Hospitalisé en une clinique parisienne, Marc nous quitta le 21 janvier 2016. Ses obsèques eurent lieu à l'église Saint Roch de Paris. Il retrouva ainsi sa Pépita qu'il avait perdue le 29 novembre 2013 et il est permis d'imaginer, leurs cendres ayant été réunies dans une même urne, le couple jouant sur les vagues de la Méditerranée, au large de ces plages où il aimait tant se promener.

Documents…

Sources : propos recueillis auprès de Michel Alcaine, auteur de l'ouvrage «Marc Cassot et les siens», qui nous a généreusement permis d'utiliser quelques photos de son album. Pour le reste, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Marc Cassot, un certain monsieur…

Citation :

"Marc Cassot sur les épaules duquel tout repose et qui démontre une force, une vigueur, une solidité dignes d'admiration…"

Critique de Jean-Jacques Gautier ("Le Figaro") pour «Soleil de minuit» (1959) au Vieux Colombier
Yvan Foucart (février 2017)
Ed.8.1.2 : 25-2-2017