James MASON (1909 / 1984)

Un acteur britannique…

James MasonJames Mason (1942)

James Neville Mason naquit le 15 mai 1909 à Huddersfield, Yorkshire (Angleterre), fils de John et de Mabel, marchands de textile astucieusement installés dans une contrée où le riche pelage des moutons assure la production d'une laine de grande qualité. On lui connaît trois frères.

Les enfants Mason, d'une intelligence précoce, ne tardèrent pas à briller au collège du district. Celui qui nous intéresse poursuivit sa formation par des études d'architecture à l'Université de Cambridge. Diplôme en poche, il n'usa de ses connaissances techniques que pour répondre à ses besoins primitifs, étant davantage attiré par les activités artistiques. Tout aussi brillant sur la scène que devant une planche à dessin, il ne tarda pas à se faire remarquer, suffisamment pour faire de rapides débuts à l'Old Vic Theater, interprétant avec la joie que l'on devine quelques oeuvres de Maître Shakespeare en compagnie de Charles Laughton et de Flora Robson.

Dans la foulée, il intégra la compagnie du Gate Theatre de Dublin, unanimement reconnue par le monde du théâtre. Avide de rencontres enrichissantes, il en fit de merveilleuses, et notamment celle de Noel Coward et de sa troupe itinérante qui lui ouvrit définitivement les scènes d'une brillante carrière sur les planches. Tout naturellement, il s'exporta au septième art où il récolta rapidement les premiers rôles avant de se permettre de rares expériences de scénariste («Face to Face» de John Brahm en 1952,…), de réalisateur (de courts métrages et de télévision), et même de producteur («L'île de la violence» en 1962,…), pour son plus grand ravissement tout autant que le notre.

En 1935, foulant le plateau de «Troubled Waters» (1936), James Mason fit la connaissance de Pamela Kellino, fille du banquier Isidore Ostrer et épouse de Roy Kellino, le directeur de la photographie à l'affût derrière les caméras. Cette présence n'empêcha pas les jeunes gens de ressentir une délicieuse attirance l'un pour l'autre. Divorcée en 1940, Pamela épousera son partenaire dans la foulée. Le trio ne se fâchera pas pour autant et Roy Kellino – une fois devenu réalisateur – dirigera à deux reprises les deux comédiens d'une baguette consentante dans les années cinquante : «L'envoûtée» (1951) et «Charade» (version britannique de 1953, produite par Mason et sans rapport avec le film de Stanley Donen). Le couple aura deux enfants, Portland (1948/2004) et Alexander-Morgan (1955). Prenant la direction de la Gaumont British Pictures, la maman portera le nom de Pamela Mason jusqu'à son divorce, prononcé le 31 août 1964.

Après avoir débuté à l'écran dans quelques titres à peu près partout oubliés («Late Extra» en 1935, «The Secret of Stamboul» en 1936,…), James Mason prit place à bord d'une grosse machine, «L'invincible armada» (1937), en compagnie de Flora Robson et Vivien Leigh, apparaissant en aristocrate juvénilement barbu au service de Sa Majesté Elizabeth, première du nom. La même année, «Le chevalier de Londres» lui offre un rôle bien plus important qui devait le plonger tête première au coeur de la Révolution Française.

Ayant tenu sa future épouse dans ses bras dans «I met a Murder/J'ai rencontré un assassin» (1939), il participa à sa manière à l'effort de guerre, menant notamment une dangereuse mission au sein du «Service secret» dans un thriller de la Seconde Guerre Mondiale (1942), une affaire rondement menée au coeur de la résistance française en compagnie de Michael Wilding et du tout jeune Stewart Granger. Plus tard, il eut à faire face, officier imprudent, aux fonctionnaires du «Contre-espionnage» (1943) à la suite de sa liaison avec une charmante demoiselle à la solde de l'ennemi. «The Man in Grey» (1943), fantaisie dramatique franchissant allègrement les époques, le plongea en plein XIXème tandis que ses principaux partenaires, faisant fi de tout anachronisme, se trouvaient confrontés au conflit des temps présents !

Désormais reconnu par les plus grands metteurs en scène de l'écran britannique d'avant-guerre, James Mason joue les aristocrates offusqués dans «Fanny by Gasight/L'homme fatal» de Ken Annakin (1944) où il retrouve un Stewart Granger qui a prit quelques centimètres. Misanthrope et insensible sous l'oeil directeur de Compton Bennett, le voici qui torture sa pianiste de cousine dans «Le septième voile». Enfin, en tant que chef d'une organisation irlandaise clandestine, Carol Reed lui accorde «Huit heures de sursis» (1947) dans les rues sombres de Belfast à la suite d'un holdp-up raté destiné à alimenter les caisses de sa troupe rebelle.

Cette dernière oeuvre projette l'acteur vers la célébrité, et lui considèrera ce rôle comme le meilleur de sa carrière. Mais, élu meilleur “performer” britannique de l'année, il ne s'entend plus avec J. Arthur Rank, le directeur de la compagnie éponyme, et rompt le contrat de six films qui les lie encore pour s'exiler aux États-Unis et Los Angeles, une côte davantage favorable aux esprits soucieux d'indépendance, du moins l'espère t-il…

Un acteur américain…

James MasonJames Mason (1952)

À la suite du procès qui l'opposa à la Rank Organisation, James Mason dut attendre deux années avant de pouvoir travailler à Hollywood. Il le fit alors sous la direction du nouvel ami de sa seconde vie, Max Ophüls, qui le dirigea dans son premier film américain, «Pris au piège» (1949) : médecin des pauvres, il reçoit en  son cabinet Barbara Bel Geddes, femme d'origine modeste rapidement délaissée par un époux qu'il ne va pas tarder à remplacer. Convoqué, sous les traits de Gustave Flaubert, devant un tribunal pour avoir écrit un roman licencieux intitulé «Madame Bovary» (1949), l'auteur en rejette la faute sur une société hypocrite et injuste qu'il s'est contentée de décrire, laissant le soin à Vincente Minnelli de la mettre en images et à Jennifer Jones de personnifier l'archétype de la femme adultère.

Trois années après son arrivée dans la Mecque du cinéma, l'acteur a le privilège d'en côtoyer l'une de ses plus grandes icones en la personne d'Ava Gardner, sublime «Pandora» pour le compte d'Albert Lewin (1951) dans un drame passionnel où, peintre mystérieux, il longe avec son yacht, "Le hollandais volant", les plages du fantastique et du merveilleux. Mais pour nombre de ses admirateurs, James Mason est à jamais la meilleure incarnation du «Renard du désert» (1951), alias GeneralFeld Marshal Erwin Rommel, héros de la bataille d'El Alamein, tardivement envoyé en Normandie afin d'y mettre de l'ordre avant d'être contraint au suicide pour sa sympathie envers les comploteurs du 20 juillet 1944. Magnifique de réalisme et de sobriété, il en reprendra la redingote dans «Les rats du désert» (1953) pour mener le siège de Tobrouk pendant 240 jours, laissant sur le terrain près de 50 000 victimes mortes ou blessées, toutes nationalités confondues. Mais ceci est une autre Histoire !

Ce n'est pas sans surprise que nous vîmes notre homme donner la réplique à Danielle Darrieux dans «L'affaire Cicéron» de Joseph L. Mankiewicz (1952), ce valet de chambre de l'ambassade d'Angleterre à Ankara (Turquie) qui vendit aux Allemands des informations sur les projets de débarquement en Normandie, scénario inspiré d'une histoire véritable dont les tenants et aboutissants n'ont jamais été pleinement éclaircis. À cette époque, James Mason, au sommet de son art, est distribué dans quelques unes des plus grandes productions de la machine cinématographique de l'Oncle Sam, comme «Le prisonnier de Zenda» (1952) où, machiavélique à souhait, il s'oppose à deux de ses compatriotes exilés comme lui, l'inévitable Stewart Granger – qui lui arrive désormais à l'épaule mais ne le dépassera jamais – et l'éblouissante Deborah Kerr, trois belles pépites entre les mains de Richard Thorpe et source d'une des plus belles recettes de la gigantesque Metro-Goldwyn-Mayer.

«L'homme de Berlin» de Carol Reed (1953) le ramène vers les studios européens où il se partage entre Claire Bloom et Hildegard Knef, le temps de participer à cette guerre que l'on dira froide, décrochant à cette occasion le prix du meilleur acteur attribué par le National Board Review (USA), honneur dont il héritera à quatre reprises. Impérial ou rêvant de l'être, le voici revenu vers ses studios d'adoption pour assassiner «Jules César» (1953) en Brutus de carton-pâte et selon les rites de Saint Shakespeare, avant que Marlon Brando en Marc Antoine, ne retourne le peuple romain contre lui. Franchissant les siècles pour tomber dans l'imagerie d'Épinal, le voici à nouveau décidé à usurper le trône du roi Arthur avant que «Prince Vaillant» (1954) ne se mette en travers de son noble chemin !

Après avoir refusé un nouveau rôle de vilain dans «La comtesse aux pieds-nus» (Joseph Mankiewcz, 1954), il eut la meilleure idée d'accepter la proposition de George Cukor, qui s'apprête à mettre en chantier «Une étoile est née» (1954), une oeuvre qui semble avoir été érigée à la gloire de Judy Garland, mais dans laquelle il brilla dans un rôle pourtant sombre, preuve s'il est nécessaire de tout l'éclat de son talent.

«Derrière le miroir» de Nicholas Ray (1956), oeuvre originale qui le met en scène en père de famille subissant une accoutumance à la cortisone, lui permet de poser son empreinte à la fois comme producteur, co-scénariste et interprète, un polymorphisme qui ne suffira pas à lui attirer l'agrément du public. Le sort lui fut plus souriant pour «La mort aux trousses» (1959), une course-poursuite admirablement menée par Alfred Hitchcock au fil d'une aventure totalement rocambolesque, agrémentée de belles bagarres autour du Mont Rushmore, d'un Cary Grant pris pour cible depuis un aéroplane dans une scène devenue culte et d'un James Mason déguisé en dangereux trafiquant. C'est par un «Voyage au centre de la Terre» (1959), extraordinaire périple imaginé par Jules Verne, et «Un brin d'escroquerie» (1959), une belle filouterie qui le voit à nouveau incarner un agent double, que l'acteur achèvera la plus belle partie de son parcours professionnel. Hélas, sur le plan médical, il en fut tout autrement, une sévère attaque cardiaque le frappant au terme d'une décennie sans doute trop féconde.

Un acteur cosmopolite…

James MasonJames Mason (1964)

En 1962, James Mason tourne son dernier film en terre hollywoodienne, et sans le savoir son dernier grand rôle. Professeur de littérature au maintien aristocratique, il s'amourache d'une «Lolita» aguicheuse, personnage recomposé par Stanley Kubrick d'après l'éponyme roman sulfureux de Nabokov, écrivain américain d'origine russe dont il était déjà un admirateur et un compagnon de table occasionnel. Certes, l'acteur quitte La Mecque du cinéma, mais nous le reverrons dans des productions américaines dès 1964, année où il assistera, esclave affranchi, à «La chute de l'empire romain» (1964) organisée par Anthony Mann et orchestrée par quelques pointures de l'époque, comme Alec Guinness, Omar Sharif,Mel Ferrer… sans oublier Sophia Loren qui, en terme de pointure, devançait tout le monde : curieux tout de même que la capitale des Gaules fut, pour l'occasion, reconstituée en Espagne, mystère insondable des co-productions internationales.

Tandis que le couple James/Pamela se déchirait sur fond d'un adultère reproché à sa branche masculine, celle-ci se dispersa en diverses régions asiatiques. Mercenaire manipulateur, bible en mains et barbe au menton, le comédien tenta de tirer parti de la rédemption de «Lord Jim» (1965), un capitaine sorti tout droit de l'imagination débordante de Joseph Conrad, renvoyé de la marine britannique pour lâcheté devant les profondeurs de l'océan.

Nous retrouvons James Mason, romancier français prisonnier de la page blanche, sur la Costa Brava où Juan Antonio Bardem a placé ses «Pianos mécaniques» (1964) pour accompagner un chassé-croisé d'âmes en peine sur une partition envoûtante de Georges Delerue. «Le crépuscule des aigles» (1966) l'élève au grade de général commandant l'escadrille au sein de laquelle le Lt.Stachel (George Peppard), élément dynamique de la jeune génération lors du Premier Conflit Mondial, ne rêve que de victoires et de gloire pour mieux prendre sa place, faisant fi de la mort. Si «Stranger in the House» (1967), adaptation britannique des «Inconnus dans la maison» identifiés par Georges Simenon, ne bénéficia que tardivement d'une distribution en salles françaises, il en fut tout autrement de «Mayerling» (Terence Young, 1968), petite localité autrichienne où le prince héritier Rodolphe de Habsbourg, fils unique de l'empereur François-Joseph et de l'inévitable Sissi, se donna la mort en compagnie de sa maîtresse Marie Vetsera.

Disons-le, pour l'essenitel, James Mason a perdu, en quittant les Amériques, l'accès aux premiers grands rôles, même si la suite de sa carrière fut loin d'être insignifiante. Habitué des super-productions, il apportera son aura dans des oeuvres aux succès acquis, comme le «Marseille contrat» (1974) de Robert Parrish dominé par Michael Caine et Anthony Quinn, «Le ciel peut attendre» (1978) qui occupa Warren Beatty des deux côtés de la lorgnette, «Ces garçons qui venait du Brésil» (1978) où, responsable mais pas coupable, il ne fit que superviser les heures supplémentaires du docteur Josef Mengele… Quelques exceptions tout de même, comme «Les yeux de Satan» de Sidney Lumet (1972) qui le voient en enseignant aux méthodes rigoureuses, imbu de panthétisme et de son alter ego, l'indissociable satanisme.

Le cinéma britannique lui fera quelquefois les honneurs d'une fort honorable distribution. «Murder By Decree» (1978) lui permit ainsi de seconder le célèbre Sherlock Holmes sous le chapeau rond du Dr. Watson. «Liés par le sang» (Terence 1979), production américaine essentiellement tournée en Europe – et notamment à Londres –, lui permet de retrouver quelques collègues et amis avec le plaisir que l'on devine. Quant à «La partie de chasse» (1984) qu'il organisera pour un groupe d'aristocrates et de représentants de la haute-bourgeoisie dans les brumes de la campagne anglaise, elle respectera étroitement «La règle du jeu» établie par Jean Renoir près d'un demi-siècle auparavant. Bouclant la boucle, «The Assisi Underground», sorti un an après sa mort, nous ramène en 1943, période sombre durant laquelle la Sainte Église Catholique et Romaine prit le fâcheux parti de s'imposer cette même pratique des yeux mi-clos…

Un acteur en Paradis…

James MasonJames Mason

James Mason ne dédaigna pas le petit écran, et l'on put le voir traverser nos étranges lucarnes aux premières heures de la télévision britannique dans «Cyrano de Bergerac» ou encore «The  Moon in the Yellow River» (1938). Il y donna même un unique «James Mason Show» (1956) en compagnie de son épouse. Il apparut également dans de nombreuses séries plus («The Alfred Hitchcock Hour» en 1962,…) ou moins («The Tormentors» en 1966,…) célèbres et participa à de nombreux téléfilms («Frankenstein, the True Story» en 1973, «Les grandes espérances» en 1974, «Jésus de Nazareth» en 1976, tous trois distribués en salles dans certains pays…), etc.

Il se produisit également sur les planches de Grande-Bretagne, de Hollywood, de New York… faisant scène de tout bois un peu partout sur la planète ! Au milieu d'une multitude de grands moments, il se souvint longtemps du four monumental rencontré en mars 1947 au Theatre Ethel Barrymore avec «Bathsheba», un drame biblique dans lequel Pamela faisait ses débuts sur une scène d'outre-Atlantique : 29 représentations et puis s'en vont, à peine le temps de lire la fameuse lettre !

Grand amoureux des chats, le couple Mason publia une paire de livres sur le sujet avant que l'acteur ne s'attaque à son autobiographie, «Before I Forget», pour laquelle il eut des difficultés à trouver un éditeur, l'ouvrage étant aujourd'hui relativement bien côté.

Le 8 août 1971, James Mason prit pour seconde épouse Clarissa Kaye, une actrice australienne née le 2 août 1931 à Sydney, avec laquelle il partagea quelques plans de «Frankenstein, the True Story» (1973). Le couple, qui n'eut pas d'enfant, vécut longtemps dans la localité suisse de Corseaux (2 700 habitants) sur les rives du Lac Léman. Cette union perdura jusqu'à la disparition de l'acteur, le 21 juillet 1994, au terme d'une seconde attaque cardiaque. Ce dernier ayant testé en faveur de Clarisse, un procès s'ensuivit, à l'instigation des enfants de son premier lit, dont les conclusions, à ce jour, ne furent pas respectées, l'héritière ayant disparu sans laisser ni adresse, ni cassette !

Voyageur, si vous passez près de Corsier-sur-Vevey, visitez le Manoir de Ban où vint s'éteindre avant lui un petit homme au chapeau rond et au parapluie assassin, avant de vous rendre au cimetière local pour rendre hommage à leur propriétaire, Charlie Chaplin (décédé le 25 décembre 1977 à 88 ans), à son épouse Oona (décédée le 27 septembre 1991 à 66 ans) et à Sir – L'Encinémathèque s'arroge le droit d'anoblissement en cas de défaillance de la Maison Royale d'Angleterre – James Mason, leurs trois sépultures se tutoyant sous les cyprès de cette charmante cité du canton de Vaud. En terme de célébrités au mètre carré, à part Le Père Lachaise, on ne saurait faire mieux !

Documents…

Sources : documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

"Le ciel peut attendre…"

Citation :

"Méchant, bon ou trouble, James Mason, dont on peut regretter qu'il n'ait pas travaillé avec Joseph Losey, fut un acteur complet qui représenta un homme total. Les rôles qu'il nous laisse échappent à toute mythologie figée, sont au-delà du firmament mythologique des stars"

Michel Cieutat (collaborateur des revues Positif et CinémAction)
Yvan Foucart (décembre 2017)
Éd.8.1.3 : 20-12-2017