Ces jeunes talents fauchés par la mort

Tableau n° 1

Bella Darvi
Corinne Luchaire
Robert Lynen
Annie Vernay

Quelles auraient été la carrière et la vie de James Dean si son amour de la vitesse ne l'avaient emporté dans le Cercle des Etoiles Disparues, à l'aube de ce funeste automne 1956?

Hélas, La Camarde n'a pas attendu ce jour fatidique pour commettre ses premiers méfaits à l'encontre des cinéphiles du monde entier.

Cette planche est là pour nous remettre en mémoire quelques coups de faux malheureux que nous autres, spectateurs français en particulier, qualifieront éternellement de faute professionnelle.

Qu'il me soit permis de réunir dans le cadre restreint d'une page hypertexte les trop courtes histoires de Bella Darvi, Corinne Luchaire, Robert Lynen et Annie Vernay.

Christian Grenier, janvier 2005
… une insouciance lourde de conséquences
Corinne LuchaireCorinne Luchaire

Rosita Luchaire est née 11 février 1921, à Paris, dans une famille d'intellectuels : un arrière grand-père historien (Achille Luchaire), un grand-père peintre (Armand Besnard), un autre auteur de pièces de théâtre à succès et co-fondateur de l'UNESCO (Julien Luchaire). Ajoutons, et c'est plus connu, un père journaliste de renom, Jean Luchaire, disciple d'Aristide Briant.

Enfant, en compagnie de ses frères et soeur, elle partage souvent ses vacances avec la petite Micheline Chassagne dont la famille entretient des relations amicales avec la sienne, et qui deviendra Micheline PresleMicheline Presle.

Âgée d'une quinzaine d'années, la jeune fille, fait ses débuts sur les planches dans une pièce de grand-papa, «Altitude 3200», sous le nom de Rosine Davel. Elle s'y fait remarquer par le réalisateur Léonide MoguyLéonide Moguy. En 1937, après une petite apparition au cinéma («Les beaux jours», 1935), ce dernier lui offre son premier vrai rôle à l'écran dans «Prison sans barreaux» qui lui vaut une renommée européenne. Au Festival de Venise 1938, la réalisatrice allemande Leni RiefenstahlLeni Riefenstahl lui remet la Coupe du Jury International.

Ainsi, à 17 ans, la jeune actrice, rebaptisée Corinne, est déjà une vedette très sollicitée. Dans les années qui précèdent la guerre (1937/1939), elle ne tourne pas moins de 7 films, dont «Conflit» du même Moguy et «Le dernier tournant» de Pierre Chenal restent aujourd'hui les plus connus.

En 1940, elle apparaît dans un sombre film italien «Abbandono/L'intruse».

Les heures troubles…

La guerre est là, qui entre dans Paris. Les activités de son père, devenu patron du Syndicat du Livre Parisien, un organisme collaborationniste, laissent à penser que rien ne pourra entraver la carrière de la jeune fille.

Corinne LuchaireCorinne Luchaire

Mais la vie et l'Histoire en décidèrent autrement. Corinne Luchaire ne fera parler d'elle que par les excès de sa vie tumultueuse. On la dit fiancée à Charles Trénet, voilà qu'elle se marie avec un obscur aristocrate, le comte Guy de Voisin-Lavernière, dont elle divorce très rapidement.

Insouciante et inconsciente, Corinne Luchaire, traverse l'Occupation dans la frivolité, fréquentant plus qu'il n'est nécessaire les représentants des forces allemandes. Maîtresse d'un officier autrichien, elle donne naissance à une petite fille, Brigitte (1944). Toutefois, affectée des premières traces de la maladie qui devait l'emporter, l'actrice se tient à l'écart des studios.

La guerre se termine. Les Luchaire s'enfuient, comme de nombreux collaborateurs, à Sigmaringen. La famille est finalement arrêtée à Merano, en Italie. Jean Luchaire sera exécuté en février 1946, tandis que sa fille se voit frappée de dix années d'indignité nationale, passant même plusieurs mois en prison. Elle avait surtout le tort d'être la fille de Jean.

En 1949, Corinne Luchaire publie son autobiographie, «Ma drôle de vie» (dont on apprendra plus tard qu'elle fut réellement écrite par un journaliste). Elle décède le 22 janvier 1950 dans une clinique parisienne, victime de la tuberculose.

En 2008, la réalisatrice Carole Wrona la fait ressortir de l'oubli au travers d'un documentaire touchant, «Corinne L., une éclaboussure de l'Histoire», que viendra compléter, en 2011, un ouvrage plus complet, «Corinne Luchaire, un colibri dans la tourmente».

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Christian Grenier (janvier 2005)
Ed.7.2.1 : 4-8-2015