L'Encinémathèque explore le temps

Tableau n° 3

François Chaumette
Michel Etcheverry
Daniel Ivernel
Jacques Monod

Ils firent les beaux jours du théâtre pendant de longues années, et de la télévision aux riches heures des sixties. Certains d'entre eux furent de l'heureuse aventure de «La Caméra Explore le Temps», d'autres nous divertirent au «Théâtre de la Jeunesse», etc. Pour les téléspectateurs, jeunes ou vieux, "C'était un temps béni que ce temps-là", comme chantait un certain…

Leurs prestations demeurent à jamais ancrées dans nos souvenirs de vieux téléspectateurs, lorsque la petite lucarne n'affichait ses couleurs que dans les pages des magazines.

A l'époque, nous aurions été gêné de dire ce qu'était le talent. Nous n'aurions su répondre que par des noms : François Chaumette, Michel Etcheverry, Daniel Ivernel, Jacques Monod…

Nous aurions pu en citer d'autres. Laissons notre Collectionneuse, qui les chante si bien, s'occuper de ces dames. Nous reviendrons sur ces messieurs dès que le temps nous en sera donné.

Bonne lecture à tous !

Christian Grenier, janvier 2006
… le théâtre avant toute chose
Daniel IvernelDaniel Ivernel

Né le 3 juin 1918, à Versailles, Daniel Ivernel est le frère aîné du futur réalisateur Victor Ivernel, dit “Vicky”, prématurément décédé en 1962.

Issu d'une famille de commerçants, il est élevé par sa grand-mère dans la charmante localité de Chaumont-en-Vexin( Oise). C'est là qu'il assiste à une représentation des «Cloches de Corneville» par une troupe de théâtre itinérante. Subjugué, l'enfant passe toute la soirée avec ces gens du voyage et racontera plus tard que, de ce souvenir, devait naître sa vocation : "Depuis, je n'ai jamais eu qu'une idée : faire comme eux !".

Élève du Conservatoire National d'Art Dramatique de Paris, il débute au théâtre des Mathurins, à Paris. Il est bientôt le partenaire d' Arletty dans la pièce de Tennessee Williams, «Un tramway nommé désir». Membre du Théâtre National Populaire de Jean VilarJean Vilar depuis 1947, avec lequel il participe au premier Festival d'Avignon (été 1947), il interprète encore pour cette troupe «La mort de Danton» (1953).

Pensionnaire de la Comédie Française dès septembre 1947, il quitte bien vite la glorieuse maison (décembre 1947), où il reviendra une seconde fois en février 1961. Nouvel engagement tout aussi court, puisqu'il refait son baluchon 5 mois plus tard !

En 1953, il épouse la comédienne Christiane Lasquin, rencontrée sur les planches, et que l'on vit plus tard à ses côtés dans le film d'Alain Cavalier, «Mise à sac».

A cette époque, Daniel Ivernel est déjà connu au cinéma, où il a débuté en 1947 dans «Le beau voyage», de Louis Cuny. Après une courte apparition aux côtés de Michèle MorganMichèle Morgan et Jean MaraisJean Marais («Aux yeux du souvenir», 1948), il est plus généreusement distribué, face à Pierre Fresnay, par Georges Lampin («Dieu a besoin des hommes», 1950), ou encore par Henri Calef face à Henri VidalHenri Vidal («La passante», 1950). Il fait même partie du casting de Julien Duvivier pour «La fête à Henriette» (1952), film dans lequel il interprète un inspecteur de police.

Un acteur reconnu…

Daniel IvernelDaniel Ivernel

Car, contrairement à de nombreux grands comédiens de théâtre des années cinquante/soixante, Daniel Ivernel n'a pas à se plaindre de ses premières années cinématographiques. Interprète de Caderousse dans «Le comte de Monte Cristo» de Robert Vernay (1953), il est également l'époux complaisant de Martine Carol dans «Madame Du Barry» (1954). Titulaire d'un des rôles principaux de «S.O.S. Noronha», il est du voyage en Espagne de Julien Duvivier lorsque celui-ci réalise «La femme et le pantin» (respectivement Brigitte BardotBrigitte Bardot et Antonio VilarAntonio Vilar !). Membre du Réseau Octobre éclairé par l'aura de son égérie Danielle Darrieux («Marie-Octobre», 1958, encore Julien Duvivier), il tient même les premiers rôles dans la réalisation de son frère Victor/Vicky Ivernel, «Le puits de Salomon» (1961), et le magnifique (télé-) film de Jacques Gaillard, hélas depuis longtemps invisible, «La ligne droite» (je l'ai vu quand j'étais petit, bisque-rage !).

De la décennie suivante, nous retiendrons avant tout sa participation au célèbre film de Luis Bunuel, «Le journal d'une femme de chambre», avec Jeanne Moreau et Michel PiccoliMichel Piccoli, point culminant d'une carrière cinématographique, que le comédien verra décliner avec beaucoup d'amertume. En effet, après avoir tenu quelques seconds rôles dans plusieurs succès des années soixante-dix, («L'attentat», «L'affaire Dominici», «Le corps de mon ennemi», «Le juge Fayard, dit le shérif»), Daniel Ivernel ne devait plus apparaître sur nos écrans.

Il lui reste alors la télévision («La guerre de Troie n'aura pas lieu», œuvre de Jean Giraudoux mise en scène par Marcel Cravenne en 1967) et surtout le théâtre, auquel il s'adonnera jusqu'au bout. En 1991 encore, il monte un spectacle autour de la personnalité de Louis-Ferdinand Céline. En 1995, il fait sa dernière apparition au théâtre Saint-Georges dans «Le martin-pêcheur», une pièce de Douglas Home.

Seul depuis le décès de son épouse, dépressif parce que le rideau ne s'ouvrait plus devant lui, Daniel Ivernel, se donne la mort dans son appartement de Montmartre. Il décède à l'hôpital le 11 novembre 1999.

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Christian Grenier (janvier 2006)
Ed.7.2.2 : 19-10-2016